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Un Sommet Franco-Luxembourgeois s’est tenu à Paris, courant mars. L’occasion pour le gouvernement grand-ducal de faire quelques annonces en matière de mobilité transfrontalière. Mais de ne rien céder sur l’essentiel à savoir sur la question cruciale des rétrocessions fiscales.

« Je n’ai pas envie de payer la décoration de Noël d’un maire, j’ai envie que cet argent serve à aider dans la vie du frontalier qui fait ce transport tous les jours pour qu’il y ait une amélioration de sa vie au quotidien ». Interrogé sur RTL, lors du sommet Franco-Luxembourgeois qui s’est tenu courant mars à Paris, Xavier Bettel, le premier ministre luxembourgeois a été clair : pas question comme le demande différentes communes lorraines, de leur reverser une quelconque « rétrocession fiscale » à l’image de ce qui se pratique entre la Suisse et la France ou le Luxembourg et la Belgique. Si l’humour de Xavier Bettel n’a pas forcément été apprécié par les intéressés (par le maire de Metz Dominique Gros notamment), le commentaire a le « mérite » d’être clair.

Et définitif ? L’avenir le dira. Le contexte électoral luxembourgeois pourrait expliquer en partie le mordant bien au delà de la taquinerie de la réponse du premier Ministre.

À défaut de distribuer des « étrennes », le Luxembourg a pris, très a minima, différents engagements et signé plusieurs accords dans le domaine du transport avec pour ambition de faciliter la mobilité des (près de) 100 000 frontaliers lorrains qui franchissent quotidiennement la frontière. 110 millions d’euros seront investis, à partir de 2022 et pour une dizaine d’années, afin de favoriser le transport ferroviaire (l’Etat français fera de même). S’y ajoute une enveloppe d’une dizaine de millions destinés à financer des park&ride, notamment du côté de Longwy ainsi que des parkings relais le long de l’A 31 afin de favoriser le covoiturage. Soit, au total, onze très symboliques petits millions d’euros par an si on ose les comparer avec ce qu’une réelle rétrocession fiscale pourrait faire ruisseler côté français…

L’A 31 bis

Rien de neuf sur ce dossier. Le Grand-Duché, par l’intermédiaire de François Bausch, ministre du Développement durable et des Infrastructures, a toujours dit et répété qu’il était hors de question de participer à son financement. L’un des arguments récurrents en la matière consiste à dire qu’investir dans cette autoroute revient à renforcer encore les difficultés de circulation que connait déjà le Grand-Duché. L’État investit d’ailleurs largement dans les infrastructures de mobilité douce (train, tram, covoiturage avec lancement du portail CoPilote et voie réservée sur l’A3) pour tenter de décongestionner ces routes et notamment celles (très encombrées) de la capitale.

Alors ?

Eh bien, le bilan s’avère contrasté. Si le fait de bénéficier d’un coup de pouce de 120 millions sur le rail est une bonne nouvelle, cela ne règle en rien les problèmes des usagers, les difficultés présentes et à venir puisque le nombre de frontaliers va encore notablement progresser dans les années futures. Comprendre que les trains continueront d’être… bondés. En ce qui concerne les parkings-relais, les co-financements ne sont pas nouveaux, ils sont prévus depuis de nombreux mois. Quant à l’A 31 bis qui ne verra de toutes façons pas le jour avant 10 ans, il faudra donc que la France se débrouille et règle la question de son financement : une autoroute à péage ou pas.

Mais si la rencontre des deux voisins n’apporte pas de réponses immédiates à la hauteur des enjeux liées à la mobilité et donc à l’économie – et si tout cela perdure, cela s’avèrera dommageable pour la Lorraine comme pour le Luxembourg d’ailleurs -, le fait même que la France et le Luxembourg se rencontrent est in fine plutôt une bonne chose. Cela fait 20 ans que les politiques régionaux expliquent à qui veut l’entendre que si la coopération franco-luxembourgeoise n’avance pas c’est parce que le gouvernement grand-ducal n’avait pas d’interlocuteurs. À Paris, on sait désormais que le Luxembourg ce n’est pas seulement un jardin et, grâce à Bettel, que ce n’est pas non plus le pays du Père Noël. Pas vraiment le costume qu’il lui était d’ailleurs demandé d’endosser même en termes diplomatiques. Le meilleur n’est donc pas vraiment à venir même s’il faudra assurément laisser du temps au temps…