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Passionné par la face cachée des villes et celle des images, Didier Grasiewicz a exploré Chicago à travers sa photographie augmentée, analysée, manipulée par la main et l’ordinateur et visitée par les symboles. Ce féru d’architecture multiplie les dimensions autour de ces formes monolithiques au sein d’une série inédite pour la galerie messine Art’gone.

Didier Grasiewicz a des images plein la tête, un appétit permanent de formes, d’esthétiques et de connaissances, des références diverses qui se télescopent et se superposent dans son esprit, et que l’on retrouve dans ses œuvres. Lorsqu’il fréquente les Beaux-arts de Metz, puis ceux de Nancy, sa ville natale, avant de poursuivre un cursus à l’Université de Paris 1-Sorbonne, il trace avec gourmandise un cheminement entre architecture et arts plastiques. Ses échanges avec Yannis Xenakis, compositeur, ingénieur et architecte, dont il a suivi les cours à Paris, l’enseignement du biologiste et botaniste Jean-Marie Pelt, la complicité avec l’écrivain Michel Butor avec qui il a réalisé plusieurs carnets de voyage en Chine ou aux États-Unis, ainsi que les œuvres Les Échos de Metz et Les Fontaines de Nancy… toutes ces rencontres reflètent bien le goût de Didier Grasiewicz pour la transdisciplinarité, valeur cardinale de l’architecture. « Il faut être curieux et penser de façon systémique en arts plastiques comme en architecture » prévient-t-il. La ville dépeinte par Didier Grasiewicz est bien mutante, mais pas monstrueuse.À l’image de ses photographies qui semblent contaminées par le numérique, la couleur, le geste, l’alphabet, Didier Grasiewicz est habité par de nombreux « virus ». Celui des États-Unis en est un autre : transmis par un grand-père diplomate au Consulat général U.S. (qui lui rapporte des comics dont les figures super-héroïques se nichent parfois dans ses réalisations), il amène l’artiste à explorer Washington, New York ou encore Chicago, objet de son travail le plus récent. « Les États-Unis ont toujours aiguisé mon intérêt : c’est le pays ultime pour la représentation de l’urbanité, explique celui-ci. L’incendie de 1871 a été l’occasion pour Chicago de se reconstruire et de se redessiner. C’est dans cette ville qu’ont émergé les premiers buildings, et que l’on a utilisé des technologies naissantes comme l’ascenseur. » Vue comme tentaculaire et écrasante pour celui habitué à des cités d’envergures plus modestes, la ville dépeinte par Didier Grasiewicz est bien mutante, mais pas monstrueuse : il l’apprivoise en capturant ses contours par l’appareil photographique, puis par l’ordinateur. Sur ses œuvres se juxtaposent les couleurs, des lettres rappelant les sigles omniprésents dans l’espace urbain, les cadrages et les agrandissements numériques, placés en parallèle de la photo et à l’aspect de « glitchs » a priori indéchiffrables : ces images-là sont emplies de codes. « J’aime disséminer des fragments, par des retouches manuelles, des références, comme ces figures cinétiques inspirées par Vasarely… Ces images constituent un labyrinthe, comme la cartographie d’une ville : on peut s’y perdre, pour mieux y retrouver d’autres repères. » Le lac Michigan (en instantanés pixelisés fixés sur des plaques de métal, leur conférant encore un grain particulier), le métro aérien ou le pavillon Jay Pritzker exposent leurs contours retravaillés par la main de l’artiste. La lumière du jour, du crépuscule, des éclairages nocturnes, les aplats de couleur sont d’autres éléments habitant l’œuvre de Didier Grasiewicz, faite d’accidents déclenchés. Autant de jeux avec ces représentations du gigantisme et de la volonté de puissance qui font l’identité d’une ville comme Chicago. « Créer les conditions de l’accident ne suffit pas, tout comme il ne faut pas se laisser griser par l’utilisation des effets numériques et des logiciels : il faut prendre le dessus, structurer, faire des choix, pour savoir où l’on se trouve. » 

Chicago (Transformations)
Jusqu’au 30 septembre à la galerie Art’gone
3 rue de l’Argonne à Metz
Du lundi au vendredi de 14h30 à 18h sur rendez-vous Contact au 03 87 50 52 09 ou 06 89 65 58 76