© Luc Bertau

Daniel Hartmann publie un premier recueil de poésie chez Indola Éditions. Fruit d’une longue maturation, Dans la vallée où flamboie le diamant bleu-noir est autant un hymne à la vie et à la nature qu’un hommage au compositeur Robert Schumann, à qui le Messin voue une grande admiration.

Il n’est jamais trop tard pour publier un ouvrage. Daniel Hartmann est bien placé pour en témoigner, lui qui, à 64 ans, a accepté de quitter l’ombre des modestes (même s’il dit ne pas aimer ce terme), où il se sent si bien, pour un peu de lumière. Paru chez Indola Éditions, son recueil de poésie Dans la vallée où flamboie le diamant bleu-noir est le résultat d’une longue gestation. Longue, c’est le mot. « Les premiers écrits datent d’il y a une vingtaine d’années », sourit ce natif de Metz qui aurait fait un très bon vigneron, à en juger par sa propension à laisser mûrir sa prose. L’homme, qui vit son amour pour la poésie drappé d’une discrétion monacale, a donc finalement franchi le pas, dans une sorte de coming out littéraire, poussé par quelques personnes de son entourage, mais aussi par le chansonnier et ami Jacky Petitjean, disparu le 13 janvier dernier, qui l’a beaucoup influencé dans sa démarche de partage et d’ouverture vers les autres.

Son œuvre emprunte les chemins profonds et sinueux de l’être, dans une présentation moderne et éclatée où apparaît parfois un calligramme. L’introspection rythme les vers et les errances du contemplatif Daniel Hartmann – tout comme le bleu, sa couleur préférée – au fil d’un ouvrage teinté de romantisme scindé en trois parties et précédé d’un préambule sous forme d’hommage (cf. ci-dessous). Véritable hymne à la nature, Dans la vallée où flamboie le diamant bleu-noir est également une ode à la vie et au moment présent, avec juste ce qu’il faut de méditation pour retenir la leçon. Comme à la page 173, où l’auteur nous convie à un festin mitonné par l’essentiel : « Hume les senteurs de l’air et du sol éventré / Écoute le chant immémorial du vent / Pressens l’éclosion du printemps / Dévore le pain de la joie / Enivre-toi des battements de ton cœur éperdu. »

La suite, ce sera sans doute, plus tard, un second ouvrage, nourri lui aussi de textes affinés comme de bons fromages et de cette nécessité « d’exprimer des choses extrêmement profondes que je porte en moi ». Pour Daniel Hartmann, la poésie est capable de transcender sa propre personne pour parvenir à quelque chose de métaphysique et d’intime. Mélomane assoiffé, capable de passer de la musique classique aux contorsions psychédéliques des années 60-70, mais aussi abreuvé d’illustres influenceurs littéraires (Yourcenar, Dostoïevski, Char, du Bouchet, Verlaine et Rimbaud pour ne citer qu’eux), notre poète solitaire n’en a donc pas fini avec les mots et l’écriture, à qui il consacre une grande partie de son temps libre, heureux de pouvoir laisser divaguer son esprit ailé « dans les prairies de l’imagination ».

Dans la vallée où flamboie le diamant bleu-noir
Indola Éditions, 176 pages
Pour contacter Daniel Hartmann : 06 29 33 34 48

L’hommage et l’émotion

Daniel Hartmann débute son recueil de poésie avec un texte évoquant un être aimé qui n’est jamais cité. Il préfère laisser au lecteur le soin de deviner l’identité de ce personnage dont on comprend qu’il est allemand. Au risque de gâcher tout suspens, il s’agit du pianiste et compositeur Robert Schumann (1810-1856), auquel notre mélomane invétéré voue une grande admiration, au point d’avoir tenu à lui rendre un « vibrant hommage » sur une dizaine de pages. Daniel Hartmann n’hésite pas à parler de déclaration d’amour à propos de ce préambule qui introduit tous les éléments constitutifs de ses errances poétiques scindées en trois parties, à commencer par le diamant bleu-noir, mais aussi la nature ou encore la rêverie… « Un musicien dont l’œuvre me touche au plus profond de mon être », ajoute encore celui qui a appris le piano en autodidacte… et qui faisait justement courir ses doigts sur les touches noires et blanches de son instrument avant de nous accorder une entrevue. « Je jouais un morceau de Schumann. » Forcément.