Aziz Mébarki © DR

Vadim Korniloff et Dominique Cervantès sont deux artistes messins aux univers et aux pratiques dissemblables mais qui cultivent tous deux un attrait pour la liberté qui a tout d’une quête : celle de sortir des cadres. Ils exposent ensemble à la galerie et boutique Froufrouthé à Metz du 29 novembre au 11 janvier.

L’exposition s’appelle Combats enchantés, surmontée de la mention Korniloff VS Cervantès, comme l’affiche d’un improbable combat de catch. Pourtant les deux artistes ne sont pas dans la lutte, en tout cas pas l’un envers l’autre. Vadim Korniloff et Dominique Cervantès ont choisi de s’exposer ensemble par amitié et par intérêt pour leur travail respectif mais ont surtout été séduits par l’idée de confronter deux cheminements artistiques fort différents l’un de l’autre. « Deux artistes comparables exposés ensemble, ce n’est pas très intéressant » note Korniloff. « On parle de la même chose mais de manière différente » formule Cervantès. En parcourant les appartements des deux artistes, qui leur servent de galerie d’exposition, on découvre les créations qui habiteront bientôt le bel espace à l’étage de la galerie et boutique Froufrouthé, 2 rue Ambroise Thomas au centre-ville de Metz.

Chez Vadim Korniloff, on trouve de nouvelles toiles de ses emblématiques personnages aux visages tristes, pensifs, rigolards, aux membres effilés qui se contorsionnent, comme trop contenus entre les limites de la toile. Sa peinture expressionniste rappelle Otto Dix ou Egon Schiele. Autodidacte, il explore les formats et les matières pour affûter son esprit et son trait : Korniloff aime réaliser des dessins à la chaîne pour travailler sa technique et sortir les images de son esprit… une pratique « libératoire » qui aboutit à des peintures en petits ou grands formats, ces derniers révélant tous les détails sur lesquels il s’applique, lumières et ombres, nuances et contours en évolution permanente. « Tout le monde rêve, la difficulté c’est de réussir à sortir ces rêves de soi et d’avoir la technique pour l’exprimer » dit-il. On retrouve une certaine idée de la dévoration dans ses toiles, où les bras, les jambes et les têtes, voire même des corps culs par-dessus têtes proposent une vision grotesque, perturbée de l’enveloppe charnelle et de l’esprit humain… et côtoient des figures animales :oiseaux et chiens accompagnent ses personnages dans une danse étrange.

Dans le salon de Dominique Cervantès, les animaux ont également envahi les cadres : les réalisations les plus récentes de l’artiste, qui se détachent à l’encre, acrylique et eau sur des plaques de verre. Rhinocéros à terre, insectes, scorpion, oiseaux et poissons sur les murs. Il parle du cheminement, de sa pensée « qui voyage » puis des mots qui la suivent, « trébuchent » dans son esprit. Ne cherchez pas à le suivre, suivez votre propre chemin, semble-t-il conseiller en glissant « c’est l’œil qui fait l’image ». Il livre tout de même : « la mouche, c’est celle de Beckett » en référence à la pièce du dramaturge. « Cette femme au chapeau, j’ai voulu y évoquer Matisse, tant pis si l’observateur ne saisit pas cela, ça n’a pas d’importance. » Cervantès a marqué les esprits avec des sculptures aux allures provocantes : phallus, pistolets braqués, doigts d’honneur frappés des couleurs nationales, avant de s’attacher aujourd’hui à ces formes légères, ludiques et poétiques. Pendant l’exposition, ses dessins sur verre côtoieront deux pièces plus massives : des sculptures colorées mixant le futile, l’enfantin et le surréaliste qui symbolisent plutôt bien l’état d’esprit joueur de Dominique Cervantès… le « bac à sable » où elles s’installent en étant l’illustration parfaite.

À l’exercice de la critique mutuelle, Cervantès « retrouve une légèreté, un humour chez Vadim » tandis que ce dernier apprécie « la dérision et aussi l’autodérision dans le travail de Dominique ». Opérer une plongée dans leurs univers respectifs invite à s’attarder sur leurs techniques distinctes mais surtout à profiter d’une forme de douce folie, domestiquée dans le cadre mais qui s’en échappe volontiers pour mieux nous atteindre.

Du 29 novembre au 11 janvier / Vernissage le 29/11 à 19h30
Chez Froufrouthé, 2 rue Ambroise Thomas à Metz.