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Un revenu minimal, de base ou universel pour tout le monde, sans condition. L’idée semble enregistrer un regain d’intérêt ces derniers mois. Des expérimentations sont lancées dans plusieurs pays d’Europe. En France, ça phosphore aussi. Il est vrai que la révolution numérique risque fort d’entraîner la suppression de millions de jobs dans les années à venir.  Il va bien falloir repenser le rapport au travail et la redistribution des richesses.

C’EST QUOI ?

L’idée consiste à verser à l’ensemble des citoyens un revenu minimal et cela sans aucune contrepartie ou condition. Riche ou pauvre, salarié, indépendant ou sans emploi… Tout le monde aurait droit à ce revenu censé permettre de vivre dignement, chacun ayant en la matière une idée d’où il convient de situer le curseur : 400, 600, 1000 euros…

COMMENT LE FINANCER ? 

Ce revenu qui serait alloué pour toute la vie, dès la naissance (insistent ces défenseurs) pourrait être financé en le substituant à toutes les allocations existantes : logement, famille, chômage en tout cas partiellement, etc… C’est l’option la plus régulièrement évoquée. D’autres pistes comme l’augmentation de la fiscalité, de la TVA ou des taxes sur les chiffres d’affaires des entreprises ou sur les transactions financières, sont également avancées.

QUEL INTÉRÊT ?

Cela permettrait à tout le monde de vivre dignement (d’où la nécessité d’un revenu minimal qui tienne la route), ce qui participerait également à réduire les tensions sociales et la criminalité. Cela offrirait la possibilité de vivre comme on l’entend, y compris d’enquiller les grasses matinées pour celui qui le souhaite. Face à un employeur, chacun aura également plus de latitude pour refuser un job si cela ne l’intéresse pas. Les jobs sympas seraient forcément moins bien rémunérés tandis que les salaires des emplois peu attractifs seraient réévalués afin de séduire. Assurés de ne pas se retrouver dans la mouise, les candidats à la création d’activités ou d’entreprises seraient également plus nombreux. Les étudiants pourraient pleinement se consacrer à leurs études, les salariés s’octroyer des temps de formation et ceux qui le souhaitent (ou le doivent) pourraient s’occuper de leurs proches. Et puis le revenu universel est un élément de réponse permettant d’adoucir les conséquences d’un monde du travail qui va assurément évoluer vers plus de flexibilité avec le développement du travail à temps partiel, des missions, de l’auto-entrepreneuriat…

DES INCONVÉNIENTS ?

Le coût tout d’abord puisque cela coûterait une fortune, certainement plus cher que l’ensemble des allocations susceptibles d’être remplacées. Les détracteurs estiment également que cela encouragerait la glandouille (avec 500 euros, cela reste à voir) alors que dans le même temps il faudra bien, aussi, générer des richesses (donc que d’autres travaillent). Au registre de la moralité, il convient aussi de se méfier de l’oisiveté. À l’heure où l’Europe tente de s’organiser pour gérer le flux de migrants, des voix s’élèvent également pour souligner qu’un tel revenu devra être sérieusement encadré pour ne pas accueillir toute la « misère du monde ».

OÙ EN EST-ON ?

En France, nulle part ou presque. Un embryon de revenu de base est initié en région Aquitaine avec le lancement d’une étude visant à expérimenter un RSA inconditionnel. Un premier pas. L’idée d’un revenu universel est dans l’air depuis des années et refait régulièrement surface. Il est vrai, compte tenu de l’évolution du chômage et de la pauvreté, depuis des décennies, mais également des révolutions induites par l’économie numérique (ou collaborative) qui vont générer de nouvelles pertes d’emplois, il importe de réfléchir et d’imaginer des alternatives aux systèmes (notamment sociaux) en place. La facture sociale va exploser. Pas simple à l’heure où les caisses publiques sont vides. La démarche divise. Elle compte des supporters et des opposants à droite comme à gauche, dans les milieux intellectuel, scientifique, économique… Il existe notamment un Mouvement Français pour un Revenu de Base (revenudebase.info). On en parle également beaucoup en ce moment car des initiatives sont prises dans d’autres pays et parce que le Conseil National du Numérique a demandé la mise en place d’une étude de faisabilité dans un rapport qu’il a remis, en début d’année, à la ministre du Travail, Myriam El Khomri.



CHANGER DE PARADIGME UNE OBLIGATION…

changer-de-paradigme-(©-123RF)« C’est la première fois qu’un rapport d’une commission publique évoque le revenu de base en lien avec la métamorphose numérique. Nous avons fait le choix de proposer des méthodologies pour en examiner les composantes (financement, faisabilité, articulation avec d’autres politiques publiques) et les conséquences sur la construction des politiques publiques. Les pouvoirs publics doivent s’en emparer pour accompagner le renouvellement de nos modèles de solidarité et de redistribution. Des expérimentations sont menées dans plusieurs pays, nous ne pouvons pas ignorer ce mouvement », souligne Benoît Thieulin, le président du Conseil National du Numérique dans le dossier de presse qui a accompagné les 20 propositions développées par le CNNum pour l’emploi et le travail à l’heure du numérique (propositions liées au rapport Travail, Emploi, Numérique, les nouvelles trajectoires remis à Myriam El Khomri). Pourquoi cette proposition ? Tout simplement parce que repenser la relation entre le travail et la (re)distribution des richesses est une nécessité. « S’il est impossible de prédire l’avenir de l’emploi face à l’automatisation, les acteurs publics doivent anticiper l’éventualité d’un chômage structurel persistant et d’une montée des inégalités du fait de l’automatisation » précise le CNNum. Une évolution que met également en lumière différentes études. Le Centre de recherche du Forum économique mondial de Davos évoque la perte de 7,1 millions emplois, surtout chez les cols blancs et les tâches administratives, d’ici 2020. (Voir également le magazine lorrain STUDI de ce mois-ci qui traite des effets de la robotisation).


DES EXPÉRIMENTATIONS EN EUROPE

Papillons revenus universels (© 123RF)La Finlande est le premier pays européen a tenter l’expérience du revenu universel. L’expérimentation débutera dès 2017, sur une petite partie de la population, pour commencer. L’idée est donc de leur verser un pécule de 550 euros par mois avec pour ambition qu’il passe à 800  euros. La Finlande entend ainsi expérimenter une piste nouvelle de société alors que son taux de chômage culmine à 10% depuis plusieurs années déjà. Des expérimentations sont également initiées dans d’autres pays, à l’échelon de la commune. C’est notamment le cas aux Pays-Bas où une vingtaine de villes sont engagées dans une grande expérimentation. Utrecht, ville de 300 000 habitants, est notamment impliquée. 300 citoyens sans emplois et bénéficiant des minima sociaux, ont été sélectionnés. Le principe est de leur verser un revenu de 900 euros (1300 euros pour un foyer avec enfants) à la place des aides sociales. L’expérience est actuellement en cours. L’un des objectifs est de voir si ces personnes se contentent de rester à la maison ou profitent effectivement de ce revenu pour se bouger et dégotter un job qui leur plait (donc durable car épanouissant). En Suisse, un projet similaire est dans les tuyaux. L’idée est que chaque habitant touche 2 300 euros mensuels de « revenu de base inconditionnel » (RBI). Le projet fera l’objet d’un référendum en juin prochain. En dehors de l’Europe, des démarches sont lancées au Canada, en Inde, au Brésil…