Penss et les plis du monde de Jérémie Moreau, nous emmène en pleine Préhistoire, où le jeune et rêveur Penss tentera de dompter la nature et ses réticences à se lier à d’autres être humains dans un monde aussi beau qu’impitoyable. Chez Delcourt.

Un excellent conteur est capable de nous emporter quel que soit le sujet, le lieu, le personnage de son histoire. Jérémie Moreau est de ceux-là : après le récit d’un prodige du tennis (Max Winson), d’un primate au temps de Napoléon (Le Singe de Hartlepool) ou d’un Hercule orphelin dans l’Islande du XVIIIe siècle (La Saga de Grimr, meilleur album à Angoulême en 2018), l’auteur nous emmène aux origines de l’humanité dans un nouvel album étonnant. Ici point de batailles épiques avec de furieux mammouths ou de Cro-magnon courbés sur leurs massues, Penss et les plis du monde nous transporte à d’autres échelles, celles de l’infiniment grand et de l’infiniment petit. Et dans les cœurs de ses personnages.

Au sein de sa tribu en lutte permanente pour la survie, Penss le contemplatif n’a pas sa place. Inapte à la chasse, le jeune homme est abandonné par les siens aux caprices d’une nature sans pitié. Il décidera de la dompter, car à force d’observation il en est persuadé : on peut cultiver cette terre mystérieuse rétive à la domestication. On retrouve les étendues sauvages tracées vivaces à l’aquarelle déjà présentes dans La Saga de Grimr. Blancs et noirs tranchants de l’hiver, couleurs innombrables du printemps, lumières ténues des cavernes… l’album est une merveille graphique, porté par un découpage dynamique en mouvement permanent. C’est aussi un grand récit humain et métaphysique : Penss cherche à dépasser sa condition, à comprendre le monde qui l’entoure ; il devra aussi se réconcilier avec ce dernier et avec les hommes qui le peuplent. Album du retour aux sources, du cycle de la vie et de l’harmonie avec la nature, Penss et les plis du monde apparaît comme un manifeste à l’heure de l’exploitation et de la destruction d’une terre nourricière.