SORTIE LE 12 DÉCEMBRE

À l’instar d’autres tueries de masse, le massacre perpétré par Anders Breivik en 2011 sur une petite île de Norvège a droit à son adaptation au cinéma. Réalisé par Erik Poppe, Utøya, 22 juillet a pour particularité d’avoir été tourné en un seul plan-séquence de 72 minutes. Le résultat s’avère tétanisant.

« La raison pour laquelle j’ai aidé ce film, c’est parce qu’il raconte une histoire que beaucoup d’entre nous n’arrivons toujours pas à raconter. C’est la forme la plus pure de la haine, et en tant que société, nous devons nous ériger ensemble contre ça. »

« Erik Poppe a pris le pire cauchemar de ma vie pour en faire un divertissement. »

À l’image du témoignage de ces deux survivants de la tragédie du 22 juillet 2011 en Norvège, le nouveau film d’Erik Poppe (En eaux troubles, Ultimatum) a semé la controverse, divisant autant le public que la critique, comme lors de la dernière Berlinale, où il avait créé un malaise. Le cinéaste norvégien a décidé de porter à l’écran le massacre perpétré par l’extrémiste de droite Anders Breivik, condamné à 21 ans de prison. Le drame s’était déroulé sur la petite île d’Utøya, où des dizaines de jeunes du parti social-démocrate s’étaient réunis pour un camp d’été. Après avoir fait exploser une bombe dans le quartier des ministères à Oslo, faisant 8 victimes, le tueur avait pris tout son temps pour exécuter froidement 69 personnes sur cet îlot de 10 hectares planté de sapins.

Qu’un film inspiré d’une telle tragédie provoque des remous n’est pas surprenant, surtout sept ans à peine après les faits. Hommage aux victimes pour les uns, voyeurisme indécent pour les autres, « On en ressort essoufflé, essoré, avec l’étrange impression d’avoir survécu au massacre ».la fin du débat n’est pas pour demain. Les blessures infligées sont si profondes qu’il paraît impossible de faire consensus avec ce type de production. Au Québec, la sortie de Polytechnique, signé Denis Villeneuve (Incendies, Blade Runner 2049), avait provoqué un torrent de réactions et ravivé des plaies dans une société marquée au fer rouge par une tuerie ayant pris pour cible des femmes en 1989 (lire ci-dessous). Les 23 ans qui séparaient les faits de la sortie du long-métrage n’avaient rien changé. La douleur suintait toujours.

Dans ce long-métrage âpre et tétanisant, Erik Poppe s’est attaché au point de vue des victimes, en évitant l’ornière du mélodrame dégoulinant, résumant le tueur à une simple silhouette… et au son épouvantable de ses balles. Le réalisateur, qui s’est appuyé sur le témoignage de survivants, braque surtout sa caméra sur une jeune femme, Kaya (Andrea Berntzen), véritable fil conducteur dans le sauve-qui-peut ambiant. Recherchant sa petite sœur, elle entend le bruit des détonations, sans savoir ce qui est en train de se passer. C’est aussi elle qui aidera un garçonnet à se cacher et réconfortera une fille mortellement atteinte.

Utøya, 22 juillet constitue aussi un véritable tour de force technique. Il restitue en un seul plan-séquence de 72 minutes la terreur vécue par ces jeunes travaillistes devenus des proies. « On en ressort essoufflé, essoré, avec l’étrange impression d’avoir survécu au massacre qui vient de se dérouler sous nos yeux », a écrit le journaliste Pascal Gavillet dans La Tribune de Genève, pour qui la radicalité de cette fiction immersive prend à l’estomac. Un film coup-de-poing. 


Revisiter l’horreur

Avant Utøya, 22 juillet, d’autres tueries de masse ont été adaptées au cinéma :

Elephant, de Gus Van Sant (2003) : Palme d’or au 56e festival de Cannes, ce film glaçant revient sur la tuerie qui a frappé le lycée Columbine (Colorado) le 20 avril 1999. Deux adolescents avaient abattu froidement 13 personnes avant de se donner la mort. Michael Moore en avait fait le sujet de son documentaire Bowling for Columbine, sorti un an plus tôt.

En 2009, Polytechnique, de Denis Villeneuve, tourné en noir et blanc, ce long-métrage à la mise en scène épurée retrace le drame qui a endeuillé le Québec le 6 décembre 1989. Ce jour-là, Marc Lépine exprimait sa haine des féministes en abattant 14 femmes à l’École Polytechnique de Montréal, avant de se suicider.

Dark Night, de Tim Sutton (2017) : ce film retrace la journée tragique du 20 juillet 2012, à travers le destin de 6 personnes. James Holmes avait fait irruption dans une salle d’un cinéma à Aurora (Colorado) qui projetait pour la première fois le film The Dark Knight Rises, de Christopher Nolan. Douze personnes avaient trouvé la mort, dont une fillette de 6 ans.