Cuirasse dite de Naples © Expo Des offrandes aux Dieux

Avec Des offrandes pour les Dieux, à voir jusqu’au 15 octobre, le musée de la Cour d’Or de Metz Métropole éclaire le visiteur sur la vie à l’Âge du bronze, il y a près de 4 000 ans. De petits objets pour accomplir un grand bond dans l’Histoire, notamment celle de la Lorraine et de la Sarre.

Depuis le printemps 2018, c’est par la chapelle des Petits Carmes – un joyau du XVIIe siècle – que le visiteur pénètre dans le musée de la Cour d’Or à Metz, à quelques pas de la cathédrale mais aussi au cœur de la colline Sainte-Croix, le berceau de la cité. Pour entrer dans ce formidable concentré d’histoire(s) et entamer un voyage à travers plusieurs millénaires, il faut donc arpenter un escalier à lui seul remarquable qui, au prix d’une montée en colimaçon, mène sous un lustre créé par un artisan ferronnier local, Jean-Pierre Hugon, cinquante mètres d’aluminium disposés en spirale, 575 kilogrammes de technicité suspendus au plafond. Le visiteur qui vient là pour la première fois en a déjà le souffle coupé, à peine entré dans le musée. Ce n’est que le début : jusqu’au 15 octobre, ce passage sous un trésor de métal et de modernité mène (presque) tout droit à l’Âge du bronze, dans ce musée qui ne manque décidément pas d’ères.

L’exposition, inaugurée en mai, se penche sur les dépôts d’objets métalliques à l’âge du Bronze, c’est-à-dire entre 2 300 et 800 avant J.-C., particulièrement en Sarre et en Lorraine. La genèse du projet se situe à quelques kilomètres de Metz, à Pierrevillers, par la découverte fortuite, en 2014, par un promeneur, de 17 objets métalliques enfouis depuis environ 3 000 ans : des bracelets, une gouge, un couteau, des pendeloques-disques, des tubuccins, une fibule… Autant d’éléments (de parure, d’harnachement, de char…) qui, tout sauf anodins, ont permis de fournir de précieux renseignements, notamment sur les échanges entre les populations vivant à proximité de la Moselle et celles du Nord de l’Europe durant cette période. « Une découverte exceptionnelle, tant par sa rareté que par les renseignements apportés par ces objets », souligne Kévin Alexandre Kazek, conservateur des collections archéologiques du musée de la Cour d’Or, commissaire de l’exposition.

Présenté pour la première fois au public, ce désormais fameux dépôt de Pierrevillers résume parfaitement l’intention de l’événement messin : une manière instructive, parfois même stupéfiante, d’explorer la vie quotidienne de celles et ceux qui nous ont précédés il y a près de 4 000 ans, leur habitat, leurs croyances, leurs mouvements et, avec l’apparition des premiers objets en fer, celle d’un art – la métallurgie – ayant tout bouleversé sur son passage, y compris l’organisation sociale d’une société qui devient hiérarchisée, dans laquelle les échanges commerciaux se développent. Ainsi, plus de 700 objets (parure, armes, cuirasses, cônes rituels en or, mais aussi cochet destiné à la manipulation de la viande ou biberon…) sont issus de 18 musées (de France, d’Allemagne, des Pays-Bas). Appuyés par la clarté des explications ainsi que par les dessins grand format de Pierre-Yves Videlier, ils permettent au visiteur de mieux se représenter le cadre de vie à l’Âge du bronze, grâce aux dernières avancées de la recherche sur cette période.

Le phénomène même des dépôts (plus de 300 recensés dans le quart Nord-Est de la France dont une trentaine en Lorraine) est abordé avec les précautions d’usage : un point d’interrogation termine même l’intitulé de l’exposition, Des offrandes pour les dieux ?. Et pour cause : longtemps considérés comme des cachettes pour les stocks des marchands, ces dépôts ne se résument pas à une simple dimension utilitaire. « Il faut voir dans ces assemblages les vestiges de pratiques symboliques, en lien avec les statuts des puissants et les croyances de ce temps », précise le commissariat de l’exposition. La présence de trésors d’orfèvrerie, comme le cône d’or d’Avanton ou le chapeau rituel de Schifferstadt, en Rhénanie-Palatinat, renvoient aussi aux questions spirituelles de l’époque. Car s’intéresser aux modes de vie, c’est aussi pénétrer le monde des morts et constater l’évolution des pratiques funéraires : tantôt inhumation, tantôt incinération, et ainsi de suite. La mort comme un éternel recommencement.

Jusqu’au 15 octobre
au musée de la Cour d’Or
de Metz Métropole, 2 rue du Haut Poirier
Ouvert chaque jour de 9h à 12h30
et de 13h45 à 17h, sauf le mardi
musee.metzmetropole.fr