Valérie et Jean-Yves Hanania sont à la tête d’une boutique raffinée, « Styles et Décoration », située dans une ancienne usine de meubles, au cœur d’une ville quasiment dédiée à l’ameublement, à l’agencement et à la décoration : Liffol-le-Grand. 
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À la fin XIXème siècle, « les artisans de Liffol -le-Grand fabriquaient entièrement les chaises qu’ils allaient vendre eux-mêmes au Faubourg ou ailleurs. » (© DR)

Quelle histoire ! Cette petite ville, accrochée sur une intersection, celle qui unit les Vosges, la Meuse et la Haute-Marne, baigne dans une histoire richissime. On y croise celle du bois, du meuble, du chemin de fer, de l’électricité, et même de la Commune de Paris. Jean-Yves Hanania est l’arrière arrière petit-fils de Nicolas Buron, fondateur de l’entreprise qui a d’abord compté une usine de meubles et une scierie. Nous sommes en 1884. Liffol-le-Grand, par la proximité de grandes forêts, notamment de hêtres, tient une belle opportunité et le rang de capitale du meuble. Avant cette époque, déjà, Liffol rimait avec meubles, sièges, décorations : « C’étaient surtout des petits artisans qui fabriquaient des pièces de bois tourné qu’ils allaient ensuite vendre au faubourg Saint-Antoine, à Paris, pour faire les bobines des chaises Henri II. Puis ils ont décidé de fabriquer entièrement les chaises, qu’ils sont allés vendre eux-mêmes au Faubourg ou ailleurs » (1). À cette époque, la contrainte principale, pour les artisans du meuble de Liffol, est l’alimentation lacunaire en électricité. Ils vont donc partiellement la produire eux-mêmes, selon un système ingénieux, nourri entre autres par les copeaux. En 1936, c’est une main d’œuvre inattendue qui arrive à Liffol : quelques enfants et petits-enfants des insurgés de la Commune de Paris. Leurs parents avaient été déportés à Cayenne, d’autres s’étaient retrouvés à Saint-Loup-sur-Semouse, l’autre « cité du meuble », en Haute-Saône. À l’issue des grandes grèves de 1936, ceux qu’on appelait « les becs-bois » refusent le retour au travail aux conditions patronales et s’expatrient à Liffol. L’entreprise Buron va se développer, jusque dans les années 90, avec une main d’œuvre réputée, renforcée par l’image d’un des plus importants pôles français en ameublement, agencement et décoration d’art : Redonner une nouvelle vie aux sièges et meublesdepuis 1975, l’AFPIA forme, à Liffol-le-Grand, « en contrat d’apprentissage ou de professionnalisation, aux métiers de l’ébénisterie, de la menuiserie d’agencement, de la tapisserie garnissage ou décor, et de la finition » (2). C’est finalement de toutes ces traditions forestières, ouvrières, artisanales, dont héritent aujourd’hui Liffol, ses artisans du meuble, et Valérie et Jean-Yves Hanania (dont l’arrière grand-père, Félix, fonda l’Union des Fabricants de Sièges et Meubles Liffolois). Jean-Yves réintègre l’entreprise, à son retour de l’École Supérieure du Bois de Paris. Puis, en 1993, avec Valérie, il reprend l’entreprise. Ils allègent la structure et réorientent les activités. La partie production, pour des raisons de coût de mise aux normes des machines, est abandonnée. « Styles et Décoration » est née. Valérie pilote davantage le côté déco, mise en scène, conseils. Jean-Yves supervise la partie rénovation, création, relookage, ainsi que la distribution, essentiellement de marques haut-de-gamme.

(1) Sources « L’enthousiaste et Vous », N°9, 2015
(2) http://www.afpia-estnord.fr/