© Éric Didym

Au Théâtre de la Manufacture à Nancy, Michel Didym propose une nouvelle version de son Voyage en Italie, inspiré de Montaigne. En plus de la langue unique du penseur bordelais, c’est un éloge de la tolérance et de la diversité que le metteur en scène a voulu nous faire retrouver.

’est l’éternelle actualité de leur propos qui fait les grands classiques de la littérature et du théâtre. Cet état de fait s’est rappelé plutôt cruellement à l’esprit de Michel Didym, directeur du Centre Dramatique National La Manufacture à Nancy : après les attentats qui ont frappé Charlie Hebdo en 2015, il lui est apparu nécessaire de remettre en scène l’humanisme de Montaigne et son Journal de voyage, récit d’un périple à travers l’Europe effectué en 1580, en pleines Guerres de religion : « Montaigne était un homme pour qui le respect des religions et de la liberté d’expression étaient des valeurs cardinales, qu’il a exprimé notamment dans son Journal de voyage et ses Essais. Il était un exemple de raison et de tolérance, et notre spectacle s’engage autour de ces valeurs. »

Déjà mis en scène en 2013 par Michel Didym, Voyage en Italie nous est aujourd’hui proposé dans une version comprenant de nouveaux fragments des deux œuvres pré-citées. La première relate les rencontres et découvertes effectuées par Montaigne au fil d’un périple de dix-sept mois et de larges détours, de Bordeaux à la Lorraine en passant par la Suisse multiculturelle jusqu’à la catholique Italie et le Vatican, où Montaigne souhaitait obtenir l’autorisation de publication du Pape pour ses Essais. La pièce de Michel Didym met donc en parallèle le Journal de voyage avec les réflexions réunies dans Les Essais. Le mouvement « irrégulier, perpétuel, sans patron et sans but » y reflète la pensée : on prend le temps, au côté de l’auteur incarné par Luc-Antoine Diquéro, de s’arrêter, de converser, de réfléchir à des questions humanistes et sociétales. « Montaigne se rend compte que le contact avec de nouvelles cultures constitue un élan vers la tolérance, à une époque où protestants et catholiques se déchirent, explique Michel Didym. Après ce voyage, il décide de préparer une nouvelle édition de ses Essais, augmentée du fruit de ces expériences »

C’est toute une population que l’on croise au fil des récits successifs du secrétaire de Montaigne, qui l’accompagnait au sein d’un grand équipage, et de celui-ci. Dans une langue toujours inventive, écrivant en français, en toscan, en italien, Montaigne décrit les mariages inter-religieux en Suisse comme les hommes brûlés vifs pour s’être mariés entre eux, des procès de cannibales, une ville picarde assiégée par les catholiques mais aussi les femmes italiennes ou les touristes qui l’horripilent. « Des choses bouleversantes et très contemporaines, selon Michel Didym. Dans ce voyage, tout est prétexte à réflexion, c’est une quête de soi où Montaigne est également dans l’action, car il est investi dans la chose religieuse et politique. C’est un homme qui, au sortir du Moyen-âge, a défini les origines de notre modernité. Tous ceux, et notamment les jeunes, qui comme lui ont envie de trouver des clés à l’existence peuvent être intéressés par ses textes, et par ce spectacle. »

Cette nouvelle version de Voyage en Italie va comme il se doit sortir des frontières lorraines et françaises. Une tournée est prévue dans toute la France et passera par Bordeaux, ville d’origine de Montaigne, dont il fut maire, avant des représentations en Belgique, en Suisse, sur les lieux cités dans l’ouvrage. « Ce spectacle s’inscrit dans un vaste projet autour de Montaigne qui nous occupera pendant trois ou quatre ans, précise le metteur en scène. Nous avons réuni un poète, une écriture, un théâtre qui prend le temps de la complexité et qui incite à s’ouvrir à la multiplicité sans vouloir tout globaliser : c’est un exemple, une inspiration, un théâtre en prise directe avec les citoyens et la société. »

Du 12 au 22 mars au Théâtre de la Manufacture à Nancy
www.theatre-manufacture.fr