(© Aziz Mébarki)
Depuis douze ans, colline Sainte-Croix à Metz, les sculpteurs Philippe Buiatti et Jean-Marie Wunderlich cohabitent au sein de leur atelier. En décembre, ils en ouvrent les portes pour présenter le travail d’une année et provoquer des échanges avec le public.

C’est un « petit Montmartre » qui s’est formé autour d’artistes établis à quelques mètres les uns des autres au cœur de la vieille ville messine. Pour Philippe Buiatti et Jean-Marie Wunderlich, l’atelier est davantage qu’un lieu de travail : c’est une philosophie, une base de rayonnement et un espace d’accueil et d’échange. « Ici, on conseille, on reçoit, notamment des artistes en résidence, une cinquantaine depuis que nous sommes installés, décrit Jean-Marie. Même si on ne donne pas de cours, car c’est une autre démarche, ce qui nous plaît le plus c’est le contact. »

L’atmosphère est à la fois brute et chaleureuse : matériel et œuvres habitent l’endroit, constitué également d’une cuisine décorée d’affiches et d’un petit espace d’exposition où séjournent aussi les œuvres d’un pilier historique du lieu, le peintre Philippe Detzen. « Son travail suggère le retrait et le silence de la méditation intérieure » évoque Philippe. « On nous dit « vous avez de la chance d’avoir un lieu à vous », mais ce n’est pas une chance, c’est un investissement, un bonheur qui se provoque » poursuit-il. En ouvrant les portes de leur atelier durant le mois de décembre, Philippe et Jean-Marie mènent la même démarche que lorsque l’événement Parcours d’artistes était organisé par l’association Sainte-Croix des arts. « On ne veut pas être dans le discours, plutôt dans une approche directe et sincère avec le public » expliquent-ils.

Mieux que si l’on avait seulement défilé quelques secondes devant leurs sculptures au sein d’une exposition…Ces amis de 35 ans restent « indépendants artistiquement » mais se rejoignent sur un intérêt commun pour le bestiaire médiéval : Jean-Marie Wunderlich a travaillé aux ateliers de restauration de la cathédrale de Strasbourg, tandis que l’on distingue, dans l’atelier de Philippe, des figures mi-homme mi-animal, cerf, faune et centaure. Autre point commun : tous deux ont fait leur apprentissage essentiellement au sein d’ateliers et au contact de ceux qui les peuplent… Pour eux, autant de lieux déclencheurs.

On poursuit la visite guidée auprès des artistes : les Hommes debout de Philippe semblent tenter de s’élancer sur leurs socles, figures marquées, incomplètes mais expressives, dont la torsion est le mouvement. Plus loin, des danseurs dont les membres inscrivent dans l’espace un élan, se confrontent et se rapprochent, comme dans une chorégraphie. « La danse est un beau sujet, faite de tensions et d’équilibre, explique Philippe, qui manipule résines, plâtres et enduits, donnant une texture vivante à ses réalisations. J’ai délaissé la pierre car je voulais plus de légèreté, d’ouverture. »

Jean-Marie, tailleur de pierre de formation, a lui aussi voulu se dégager de la gravité, et s’intéresse aujourd’hui au métal. Il y introduit lui aussi une véritable fluidité, moins accidentée que celle de son ami. Visages et formes s’inscrivent harmonieusement sur les pièces, dont ce « jeu d’enfant » aux éléments mobiles baptisé Les Trois frontières, symbolisant les interactions d’un territoire. « J’aime la relation avec les artisans avec qui je suis en relation pour mes sculptures. Ils ont un savoir-faire, un regard qui m’intéresse beaucoup » indique Jean-Marie. Il travaille aussi la terre, la gravure, le bois, de petites sculptures aux formes généreuses évoquant un peu les arts primitifs, et qui rappellent son attachement à « un érotisme joyeux » exprimé aussi à travers des dessins au tampon et des livres, dont Dina 93, publié ce mois-ci.

En quittant l’atelier, on a le sentiment d’avoir fait un pas dans l’œuvre des deux artistes, de la percevoir un peu mieux que si l’on avait seulement défilé quelques secondes devant leurs sculptures au sein d’une exposition. L’occasion d’instaurer avec eux une relation particulière, une compréhension de leur sensibilité et de leur pratique, et aussi de vivre une belle rencontre humaine. À vous de tenter l’expérience. 

4 week-ends d’art à l’atelier Sainte-Croix des arts avec Philippe Buiatti, Jean-Marie Wunderlich et Philippe Detzen : de 15h à 19h les vendredi, samedi et dimanche des trois premières semaines de décembre, ainsi que le 23 décembre
2 rue des Écoles à Metz.