Dans l’Espagne des années 80, un journaliste plonge dans le passé de son père, haut dignitaire franquiste, dans une intrigue digne des romans de John Le Carré. Épilogue de Pablo Velarde, Chez Paquet.

Rodrigo Mendoza, journaliste spécialisé dans les sujets culturels, est attiré par l’exposition d’un photographe témoin des heures les plus sombres de l’Espagne de Franco. Il va y découvrir un cliché lié à l’histoire de son père disparu, ancien responsable de la censure sous la dictature. Débute alors une enquête qui impliquera un producteur de théâtre passionné d’espionnage et une jeune fille mystérieuse qui semble avoir un lien avec le passé de sa famille.

C’est un quasi-inconnu du monde de la bande-dessinée, le sévillan Pablo Velarde, qui est l’auteur d’Épilogue, formidable album au récit haletant mené avec tout l’art du meilleur scénariste de romans d’espionnage. Flash-backs et personnages divers sont introduits d’une manière remarquable qui ne nuit jamais au rythme de cet album de 350 pages. Le tout à l’aide d’un noir et blanc à la fois limpide et rustique, servi par un trait qui va à l’essentiel avec beaucoup de style ; uniquement à travers le dessin, Pablo Velarde parvient à donner à chaque personnage sa personnalité propre. Inspiré par les images oubliées du photographe Antoni Campaña pendant la guerre civile, Épilogue n’est pas un récit historique. On ne retrouve la brutalité de l’Espagne franquiste qu’entre les lignes, à travers une histoire où les doutes ne cessent de se multiplier au fil des investigations du personnage principal. Jusqu’à la fin, le chemin pris par Rodrigo Mendoza sur les traces de la grande et de la petite Histoire est avant tout un parcours personnel, une remise en question qui ne peut s’opérer qu’au sein des rouages pièges de la dictature, qui continue à semer dans tous les esprits les dissimulations et les incertitudes.