par Sylvain Villaume

Alléluia : tous les podcasts de l’audiovisuel public sont désormais disponibles sur l’application Radio France, ce qui donne envie d’arriver vite à la retraite, et d’y rester longtemps. Joie, bonheur : grâce au dessinateur (messin) Charlie Zanello, on pénètre les coulisses de la Maison Ronde, et quelques secrets. Bonnes ondes.

Un beau jour (ou peut-être une nuit), l’amoureux éperdu de radio à qui le directeur de L’Estrade accorde mensuellement et généreusement cette carte blanche a découvert, avec l’ébahissement d’une poule trouvant un réveil, que l’application qu’il chérit par-dessus toutes sur son téléphone portable venait d’atteindre le saint graal. Pour le dire un peu plus clairement : en fin d’année maudite dernière, Radio France a annoncé que sa propre plateforme mobile allait désormais permettre de trouver et d’écouter au même endroit, dans le même geste, dans un même élan, absolument TOUS les podcasts produits par TOUT l’audiovisuel public !

Cette nouvelle a eu le don, assez messianique par les temps qui courent, de faire entrer l’auditeur forcené en transe. Pensez donc ! En plus de pouvoir écouter sa radio préférée à tout moment et de n’importe où, en plus de pouvoir passer d’Inter à Culture ou de Musique à Info au gré des humeurs, des besoins, des moments ou des envies, en plus de rattraper son retard du Masque et la Plume dominical, de stocker des Pieds sur terre à foison, de retrouver cet épisode d’Affaires sensibles écouté d’une oreille distraite, une Heure bleue manquée parce qu’à cette heure-là, justement, c’est plutôt une histoire et Oli, en plus de tout ça et de tout le reste, donc, l’application Radio France concentre les pépites d’Arte Radio (pionnière en matière de podcasts), les horizons de RFI, les archives de l’INA, et même des programmes audio de France Télévisions. C’est Byzance dans la poche, une caverne d’Ali Baba du divertissement et du savoir cachée sous un écran tactile. Si un service public se définit par sa capacité à rendre service au public, alors cette plateforme numérique en est l’exemple le plus emblématique. 

Bon, le problème, c’est le temps. En surfant sur cette application, le quadragénaire sémillant quoique surchargé par une vie professionnelle de dingue et une vie de famille à l’avenant se couche chaque soir (et se lève chaque matin) en se disant qu’il saura quoi faire de sa retraite. Mais lui revient alors une réplique tout à fait culte des Barbouzes, film de Georges Lautner dialogué par Michel Audiard. Au volant, Robert Dalban se félicite de son avenir : « Dans deux ans, au revoir messieurs dames ! Je serai à l’échelon 7, les mômes sont élevés, j’ai ma cabane en Dordogne : la retraite, faut la prendre jeune. »  Ce à quoi André Weber, coincé entre Dalban et Lino Ventura, répond : « Faut surtout la prendre vivant ! » Imparable.

Envisager, avec 20 ans d’avance, comment occuper son temps libre témoigne sans doute de l’attachement assez particulier que ressentent les auditeurs pour leur radio. Évidemment, s’il s’agit de France Inter, de FIP ou, pire, de France Culture, il se trouvera bien parmi le dernier quarteron de fidèles à Europe 1 quelqu’un pour dire que c’est surtout un truc de bobo, admettons, et passons, parce que ce qui suit risque de consolider le souverain poncif ou, s’agissant de radio, le stéréotype. N’empêche, à celles et ceux qui ne passent pas une journée sans écouter un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, une ou plusieurs chaînes de Radio France, permettons-nous de conseiller la lecture de Maison Ronde, Radio France de fond en comble, récit en bande dessinée d’une année passée par le Messin Charlie Zanello à arpenter les couloirs, les studios, les escaliers et autres lieux (auditorium, abri atomique, discothèque…) situés dans le fameux monument des bords de Seine, véritable ville dans la ville où œuvrent et se croisent quotidiennement environ 4 000 personnes.

Avec un sens de l’observation déjà éprouvé dans sa première BD éditée chez Dargaud, Dedans le centre Pompidou-Metz, Charlie Zanello y décrit les us et coutumes de la maison (ronde), rencontre quelques célébrités et beaucoup d’anonymes, dévoile petits et grands secrets, montre les coulisses à l’image d’une engueulade matutinale entre Thomas Legrand, journaliste politique, et Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation. Rien n’est éludé, et déjà pas le plan d’économies lancé en 2019, puis la grève qui a suivi. Car cet album n’est pas une commande passée par Radio France en vue d’assurer la gloire de l’institution : c’est plutôt une enquête en immersion, très instructive tout en étant formidablement drôle. Charlie Zanello y fait aussi preuve d’autodérision en se mettant en scène en visiteur ingénu, comme lorsqu’il s’installe dans la régie de la matinale de France Culture : « On a enchaîné les tuiles. On a même un type qui s’est pointé tout à l’heure, sans prévenir, un dessinateur je crois, qui a cru qu’il était chez lui. Est-ce que je débarque chez lui quand il dessine ses petits mickeys, moi ? ». 

 Application Radio France à télécharger gratuitement

sur AppStore ou Google Play

Maison Ronde, Radio France de fond en comble,

par Charlie Zanello, Éd. Dargaud, 22,50 euros

www.dargaud.com