Au sein de l’orchestre de Woippy, où il est tromboniste, comme dans sa vie professionnelle, Rachid Ouammar joue collectif. Très impliqué dans le monde associatif, le Woippycien a fait sienne cette pensée du philosophe Edgar Morin : « Il faut conjuguer optimisme et pessimisme. »
Rachid Ouammar (© Mensuel L'Estrade)

Rachid Ouammar (© Mensuel L’Estrade)

Deux partitions, et le même bonheur. La vie de Rachid Ouammar vagabonde entre la musique et le milieu associatif. Il pratique la première au sein de l’Orchestre de Woippy, et voue sa carrière professionnelle au second. Tromboniste ou citoyen engagé, cet homme porté vers la jeunesse est animé de la même passion. En milieu rural ou urbain, le natif de Metz a tracé son chemin en faisant allégeance au collectif. Le volley-ball, qu’il a pratiqué de nombreuses années à un niveau régional, lui a notamment appris à dépasser l’individualisme sans mépriser les individualités. « Le sport reste une belle école de la vie. Il enseigne notamment la quête de résultats, mais aussi l’acceptation de l’échec. » Il doit à Talange, où il a passé son enfance, d’avoir épousé le monde socio-éducatif. Il y a fait ses premières armes. Fidèle spectateur de la chaîne Arte, « une belle invitation au voyage et à la réflexion », le Woippycien cultive l’espoir dans un jardin de ronces. Il a fait sienne la pensée complexe du philosophe Edgar Morin : « Il faut conjuguer optimisme et pessimisme. » Ou, comme il le dit si joliment : « Je garde la tête dans les étoiles mais les pieds dans la boue. »

L’ART PRESQUE PERDU DE NE RIEN FAIRE de Dany Laferrière
«Philosophique et poétique !»

Il a découvert ce livre en écoutant une chronique sur France Inter, et a aussitôt été emporté par son contenu. « Je trouve que c’est une belle invitation philosophique et poétique. Ça nous fait réfléchir sur le temps et comment le monde actuel nous pousse à ne pas en profiter. On est toujours dans l’action et l’on oublie de prendre du plaisir », soupire Rachid Ouammar, avant de renchérir : « Ça s’inscrit dans une période où l’on parle beaucoup de chiffres, de rentabilité, de triple A. » S’il recommande ce « chouette bouquin », il salue aussi la personnalité de l’Académicien québécois originaire d’Haïti, au timbre de voix si familier. « J’aime beaucoup ce genre de personnages, ceux qui ont du savoir et qui ne se la pètent pas. ».

LA VIE DES AUTRES de Florian Henckel
«Un bijou d’humanité»

Rachid Ouammar parle encore avec émotion de La vie des autres. À sa sortie en 2007, ce drame allemand signé Florian Henckel avait connu un vif succès, publique et critique. Le tromboniste du Big Band Jazz de Woippy a été touché par le changement d’attitude de cet agent de la terrible Stasi, à l’égard d’un couple d’intellectuels placé sous sa surveillance, qu’il finira par protéger, fasciné et séduit par sa relation. « Il bascule vers le bien par humanité », résume celui qui penche plutôt du côté des films d’art et essai, ignorant totalement les complexes cinématographiques et leurs grosses productions. Une scène l’a beaucoup ému : « À la fin, après que le mur de Berlin est tombé et que cet agent secret se retrouve simple postier. Je la trouve bouleversante d’humilité ! »

THE TIDE IS TURNING de Roger Waters
«Un symbole fort»

Le mélomane a choisi une chanson qui doit être prise dans son contexte : The Tide is Turning. Cette pièce, issue de l’album de Roger Waters, K.A.O.S. (1986), a ponctué le monumental spectacle offert le 21 juillet 1990 pour célébrer la chute du mur de Berlin, quelques mois plus tôt. Ce jour-là, devant une foule immense (300 000 personnes), l’ex Pink Floyd avait joué l’intégralité de The Wall sur la Postdamer Platz, en compagnie d’une belle brochette d’artistes internationaux. « Elle est porteuse d’espoir et je la trouve très forte sur le plan symbolique », souligne Rachid Ouammar. Un titre qui, au passage, pourrait aussi s’appliquer à lui. L’intéressé acquiesce : « Étant actuellement actuellement en recherche d’emploi suite à un licenciement économique, je me dis la même chose, que le vent va tourner… »