MICHEL LIEBGOTT, DÉPUTÉ-MAIRE DE FAMECK ET PRÉSIDENT DE LA COMMUNAUTÉ DE L’AGGLOMÉRATION DU VAL DE FENSCH.

Député-Maire de Fameck, ville de 14 000 habitants, Michel Liebgott est à la tête de l’exécutif de la Communauté d’Agglomération du Val de Fensch, territoire des aciéries de Florange mais aussi celui d’Hayange, sa ville-centre, qui a vu, lors des dernières élections municipales, la victoire du candidat Front National. Près d’un an plus tard, l’élu revient sur ce contexte et fait part de ses projets marqués par un désir fort de changer l’image de tout un bassin. Parlementaire et législateur, il évoque aussi la réforme territoriale, la Loi Macron et la lutte contre le terrorisme.
Michel Liebgott (© CAVF)

Michel Liebgott (© CAVF)

Élu socialiste, vous êtes à la tête de l’exécutif de l’agglomération du Val de Fensch depuis avril 2014. Quelle est la situation de vos relations avec la municipalité d’Hayange, ville principale, dirigée par un maire Front National ?

Le Hayange que j’ai connu ne ressemble plus en rien au Hayange auquel je suis confronté à l’heure actuelle. La présence du Front National y est un accident de l’Histoire et a été rendue possible par la division de la gauche mais aussi par la division de la droite. Alors, comment je vis cela ? Je l’ai dit déjà il y a quelques mois : M. Engelmann sera obligé de venir vers nous car nous redistribuons 6 millions d’euros dans le cadre de la dotation de compensation et, si l’on ajoute la dotation de solidarité communautaire, c’est encore bien plus…
Par ailleurs, comme les communes doivent faire face à des mesures d’économie, j’ai décidé de reverser ce que l’on appelle le fond de péréquation intercommunal. Pour la Ville d’Hayange cela représente environ 150 000 euros. Nous sommes de fait le premier financeur de la Ville. Bien sûr, nous le faisons pour la population car j’ai appris que le maire allait baisser les impôts pour faire un coup politique. Pour être clair, nous aidons Hayange de la même façon que n’importe quelle commune de l’agglomération.
Pour autant, j’y constate l’absence de politique municipale. La ville allait mal. Et bien, elle va encore plus mal aujourd’hui. Et si l’on ne retient que le bleu de l’œuf repeint de l’artiste Mila, les wagonnets bleu-blanc-rouge et le fait qu’il mette une navette à disposition des personnes âgées pour les emmener au centre-ville, ce n’est franchement pas ce que l’on peut appeler une politique ! Pour autant, j’ai rencontré Fabien Engelmann. Il fait comme si de rien n’était et me demande des choses comme tout maire le fait, toute chose qu’il pourrait discuter d’ailleurs en venant siéger à l’agglomération. Ce qui me paraît extraordinaire est qu’il me traite de Soviet en réunion alors qu’il me demande des rendez-vous particuliers pour me parler de la réfection d’une église ou d’une école. Il y a ici comme une contradiction dont il ne peut être dupe lui-même. Par la force des choses, lorsqu’il faudra élaborer des projets et des budgets, j’irai le revoir de ma propre initiative.

Dans un tel contexte, et en quelques mots, quels sont les grands projets du Val de Fensch à l’orée de votre mandat ?

D’abord tenir les finances. Certes, nous ne sommes pas les plus pauvres. Nous disposons de certaines richesses au regard du nombre d’entreprises présentes sur notre territoire. Il faut que l’on soit prudent pour l’avenir compte-tenu des réductions des dotations de l’État, de la Région et du Département. J’ai pris l’engagement de ne pas augmenter les impôts durant trois ans tout en redistribuant aux communes 1,5 million d’euros de plus en 2016 que ce que l’on redistribuait auparavant. Nous allons, par ailleurs, prendre des compétences nouvelles. Ce sont la petite enfance, le très-haut débit, cela pourra être aussi demain l’éclairage public. Le débat est ouvert. Cela favorisera l’augmentation de ressources de l’agglomération et je l’espère, fera faire des économies aux communes. Le second point, c’est de multiplier les services aux habitants et que nos administrés se rendent compte que l’on existe auprès d’eux. Car le vrai problème des communautés d’agglomération est de sortir de cette impression qu’elles ne sont que de vagues entités administratives. Sur les projets, n’oublions pas la Maison de la Justice et du Droit car la moitié des problèmes que les gens rencontrent dans les communes, ce sont des problèmes avec les autres. Et puis l’autre projet est de redonner une identité aux centres-villes de la vallée traversés par une même départementale. Nous disposons de près de 10 millions d’euros d’investissement par an. Il faut vraiment transformer les voiries en partenariat avec les communes dans une totale synergie.
Le reste est lié essentiellement au développement économique avec la plate-forme publique Metafensch et de préciser que la sidérurgie demeure le principal employeur avec 2000 salariés chez Arcelor Mittal et 500 chez Tata Steel, il faut donc que l’on continue à améliorer les produits.
Et bien sûr, il ne faut pas oublier le projet Europort où nous sommes dans une démarche multimodale avec le rail et la navigation. Le Val de Fensch y prend pleinement sa part dans la continuité de ce qui a déjà été amorcé par le passé.

(À propos d’Hayange) « j’y constate l’absence de politique municipale. La ville allait mal. Et bien, elle va encore plus mal aujourd’hui.»

On vous sait partisan de l’idée d’une grande agglomération. Quelle serait-elle ?

Initialement, j’étais plutôt en accord avec Jean-Marie Rausch, alors Maire de Metz dans les années 90, qui aurait souhaité une agglomération Metz-Thionville. Je pense que nous avons raté ce rendez-vous pour des raisons politiques et c’est dommage car nous serions aujourd’hui une grande métropole. On aurait pu imaginer le Mettis qui serait allé jusqu’à Thionville ! Cela aurait rejoint d’ailleurs l’idée de la Loi Macron qui dit que c’est quatre fois moins cher de circuler en bus qu’en train… Mais pour revenir à la notion de fusion, l’étape intermédiaire serait la grande agglomération thionvilloise qu’il ne faut surtout pas perdre de vue.

Quel est votre point de vue sur la réforme territoriale qui vient d’être adoptée fin 2014 ?

Ce qui est embêtant avec cette réforme, c’est que l’on n’a pas tout voté. Car il manque encore d’en définir les compétences. Je ressens tout de même un sentiment d’échec, partiel en tout cas car j’aurais souhaité que l’on aille au bout, c’est-à-dire la disparition des départements en 2020 tel que cela était prévu privilégiant l’émergence de grandes intercommunalités ou de grandes métropoles comme à Lyon quand c’est possible. Le président Weiten dit, et je suis d’accord avec lui, qu’il faut gérer la proximité. Mais quoi de plus proche qu’une intercommunalité ou une métropole ? C’est encore plus proche que le Département ! Donc pourquoi ne pas aller au bout de la logique et supprimer cette strate intermédiaire qui, de toute façon, va être déshabillée. On va y arriver mais dans la douleur. Puisque l’on va laisser le social aux départements, ce qui va les plomber financièrement. C’est un cadeau empoisonné. Il fallait nommer les choses plutôt que d’avoir peur d’assumer. Les gens ont besoin de savoir vers où on les conduit. Les grandes régions ne me posent aucun problème. J’ai d’ailleurs été particulièrement choqué par des propos alsaciens à l’Assemblée nationale…

Vous ne fantasmez donc pas forcément sur la notion d’identité régionale…

Cela me dépasse pour une raison toute simple : en droit local, la Moselle est rattachée au Haut-Rhin et au Bas-Rhin. Alors l’identité c’est quoi ? Nous serions donc Alsacien ou Lorrain ? Et on refuserait par ailleurs les Ardennes parce considérées comme pauvres ? Allons, on ne peut pas demander la solidarité pour soi et la refuser pour les autres. C’est bien de la République « une et indivisible » dont il est question ici. C’est tout à l’honneur du législateur de nous proposer de nous organiser autrement. Mais derrière ces questions d’identité régionale, ce sont trop souvent des luttes de pouvoir et d’hommes qui ne veulent pas disparaître. D’autre part, sur la question de la capitale de Région, je ne pense pas que ce soit si important que cela. La notion de capitale est essentielle pour un pays comme la France mais pas pour la nouvelle grande région où il y a aura de la place pour tout le monde.

« L’intégration ici on sait ce que cela veut dire. Je crois qu’il faut faire simplement confiance. »

Passons au vote de la Loi Macron qui semble plantée comme une écharde en plein cœur de la majorité parlementaire. Vous l’avez votée sans état d’âme. Elle vous a semblé utile  ?

Oui sans état d’âme car elle est nécessaire. Elle a le mérite de nommer les choses. Je ne crois pas aujourd’hui à des solutions situées plus à gauche. Cette réforme est un bloc, on la prend ou on ne la prend pas. Pour moi c’est une modernisation. Elle remet en cause certains privilèges afin que tout le monde ait accès au droit. Un certains nombre de mes collègues socialistes ont cru bon de se distinguer. Ils l’ont fait, bien entendu, en faisant un calcul sans risquer un choix qui aurait conduit à une défiance du gouvernement dangereuse pour leur maintien en poste. Autant dire que les débats au sein de notre groupe ont été violents. J’ai assisté à des comportements incohérents liés simplement à des stratégies personnelles. Car, ce qu’il ne faut pas perdre de vue, nous avons un Premier Ministre qui a fait clairement comprendre qu’il partirait s’il n’aboutissait pas. C’est un homme qui assume sa parole. Pour moi qui ait vécu Florange et le mirage d’Arnaud Montebourg sur le maintien des hauts-fourneaux… C’est encore heureux qu’au final, les choses se soient mieux arrangées que prévu car nous avons obtenu 240 millions d’euros au lieu des 180 initialement consentis.

Restons sur le plan national. Suite aux attentats de janvier et le contexte de menace terroriste, pensez-vous qu’il faille revisiter nos pratiques pour y faire face ?

D’abord, il convient de préciser que ces attentats étaient redoutés. Certains d’entre-eux avaient même déjà été déjoués. Mais ils ont tellement touché à nos symboles qu’ils nous ont fait revenir à l’essentiel. Il nous manque deux choses pour tenter de répondre efficacement à ces menaces. La première est de créer des postes dans la Police et à la Défense pour rectifier les suppressions de postes de l’ère Sarkozy. Je l’ai vécu en tant que maire de Fameck où des moyens de police ont été déployés (Zone de Sécurité Prioritaire). Laisser croire que l’on peut faire des heures supplémentaires dans la police sans embaucher, cela a été du n’importe quoi car la sécurité, l’éducation et la justice sont pour moi des priorités qui ne doivent souffrir d’aucune suppression de poste.
Second constat, il nous faut une vraie stratégie européenne de défense et lever les tabous qui nous empêchent de la mettre sur pied et qui nous donnerait plus de force sur les multiples théâtres d’opération où les forces françaises sont actuellement seules déployées. Le président Hollande, en nous faisant intervenir au Mali ou en Centrafrique, a eu une vision juste des enjeux mais cette vision revêt un coût très élevé pour notre pays. Nous sommes donc en guerre. Les Français en ont pris conscience

Que pensez-vous des propos de Manuel Valls faisant état de «ghettos» et «d’apartheid territorial, social et ethnique» ?

Je ne suis pas contre le terme d’ « apartheid » mais, bien entendu, on ne peut pas le transposer historiquement chez nous. Ceci dit, je pense que l’on a toujours intérêt à dire la vérité même si elle n’est pas plaisante à entendre. Je pense que le vrai enjeu, c’est l’intégration. On n’a pas échoué sur cette question. En Val de Fensch, on a accueilli les Italiens, les Polonais, les gens du Maghreb… L’intégration ici, on sait ce que cela veut dire. Je crois qu’il faut faire simplement confiance.
Ce sera bien quand les ghettos disparaîtront et qu’il n’y aura plus de « quartiers », c’est ce vers quoi tend ma politique municipale et les réussites en la matière, que ce soit dans la qualité du vivre-ensemble ou de celle du cadre de vie, sont ici bien réelles.

Pour finir, abordons les enjeux des élections départementales de mars prochain. Pensez-vous que l’on va assister à une percée du FN ? Quid du prochain score du PS ?

Ce seront des élections difficiles à coup sûr. Néanmoins j’ai souhaité être présent au titre de suppléant car il faut assumer ce que l’on fait. Je pense que nous gagnerons sur notre canton car nous ne délaissons pas le terrain et qu’il faut relativiser, en tout cas chez nous, le phénomène FN.

Propos recueillis par Aziz Mébarki