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« Si on interrogeait les Lorrains pour savoir qui est le plus connu des leurs, sans doute ce serait Stanislas qui viendrait en tête de ce sondage », affirme Frédéric Hoen, un Lorrain amoureux de la Pologne et fin connaisseur du parcours de Stanislas Leszczynski, un Polonais amoureux de la Lorraine. Qu’en pensent vraiment les Lorrains ? J’ai pris mes baskets et mon Bic et je suis allé tourner autour de la statue de Stanislas, à Nancy. Difficile de dire si Frédéric Hoen a raison, à raison d’une dizaine seulement de sondés. Mais le fait est que Stanislas Leszczynski est bel et bien dans le cœur des Lorrains, de leur patrimoine. Si je vous dis Stanislas, roi de Pologne, duc de Lorraine, vous pensez à… ? Ma question était simple. J’ai reçu ça en réponse. « La plus belle place du monde est à Nancy, elle est à lui. » « Beau-père du roi de France. » « Lunéville. » « Stanislas Leszczynski fut un bâtisseur et un embellisseur. Il a donné du rayonnement et pas qu’aux résidences royales. »Celui-ci, venant de la région d’Épinal est plus précis, avec les circonstances atténuantes, il est apprenti-érudit, étudiant en Histoire. Il me dit : « Les jardins du château de Lunéville, l’église N.D. de Bonsecours. » Un autre : « Un gros bonhomme avec le doigt bizarrement tendu. » Frédéric Hoen précise : « Il fut roi de Pologne et grand-Duc de Lituanie du temps de la République des Deux Nations issue de l’Union de Lublin. À cette époque, la monarchie n’était pas héréditaire : les rois étaient des nobles élus par leurs pairs, c’était une monarchie élective. » Et ses grands talents d’orateur auront d’autant plus d’influence dans son accession au pouvoir. Tout aussi peu connu, le Stanislas philosophe, à l’esprit philosophe, sage, quasi toujours de bonne humeur, heureux, joyeux. Il aimait dire : « Celui qui possède beaucoup n’est pas le plus heureux ; c’est celui qui désire peu et qui sait jouir de ce qu’il a. » Il a testé les deux États, riche et pauvre. Au début du XVIIIe siècle, il arrive une première fois à Lunéville – il n’est pas encore Duc de Lorraine et de Bar, il est juste fauché. « À Lunéville, dans la nécessité, il met ses bijoux en gage et malgré le nom d’emprunt de Comte de Cronstein, il est reconnu par M. de Beauvau qui lui laisse ses bijoux et avance le montant estimé. » Frédéric Hoen : « Stanislas Leszczynski fut un bâtisseur et un embellisseur. Il a donné du rayonnement et pas qu’aux résidences royales. Son règne est associé à une période faste pour la Lorraine et il n’a pas usurpé son qualificatif de bienfaisant. » « Il peut aussi être un symbole pour tous les immigrés venus travailler à l’essor industriel de la Lorraine »Si on lui doit la place Royale – aujourd’hui place Stanislas – créée en l’honneur de son gendre Louis XV, l’hôtel des Missions Royales, la reconstruction de la Ville de Saint-Dié, détruite en 1757, les châteaux de Commercy et de la Malgrange et tant d’autres réalisations, on lui doit aussi le baba au rhum (parce qu’il trouvait le kouglof trop sec et l’avait arrosé de rhum). Il était généreux, en cuisine et en politique. « Dans ses États, il mit en place des initiatives sociales en avance sur son temps, écoles, hôpitaux, bibliothèques publiques, secours aux plus démunis… » Il a aussi organisé une forme de Sécurité Sociale et initier la gratuité de certaines écoles. Il est l’esprit des Lumières, il est l’âme d’une Lorraine terre d’accueil. « Le fait que ce roi étranger, au nom quasiment imprononçable, et en même temps très français (qui incarne bien, avant même la Révolution, l’esprit des Lumières), soit l’une des incarnations de la Lorraine, est un beau symbole. Il est aussi, de manière intime, le prédécesseur glorieux de tous les Polonais qui sont venus en Lorraine travailler au fond des mines. Il peut aussi être un symbole pour tous les immigrés venus travailler à l’essor industriel de la Lorraine, pour tous leurs enfants, pour tous les enfants de la Lorraine, une terre de brassage qui se cherche dans notre époque compliquée » conclut Frédéric Hoen, Lorrain de naissance – son grand-père était comptable aux HBL à Saint-Avold – et Polonais « si ce n’est par les racines, du moins par les branches ».

 

(1)Sources : http://www.histoire-pour-tous