Confronté à de nouvelles dissensions dans ses rangs, le gouvernement a choisi de faire passer en force la loi Macron. Un parti pris qui suscite l’ire de nombre de députés tous partis confondus. Si personne n’a cru que la motion de censure déposée par l’UMP pouvait passer, la décision du PS d’imposer des consignes de vote à ses députés, le 24 février dernier, illustre les inquiétudes qui agitent le parti. Si la plupart des députés socialistes lorrains suit le mouvement, subsistent encore quelques irréductibles.

assemblée-nationale (© DR)L’article 49.3 de la Constitution, brandi pour ne pas prendre le risque de voir la loi rejetée, donne l’image d’un exécutif affaibli jusque dans sa base. Voire ébranlé dans ses convictions puisque, rappelons-le, François Hollande lui-même dénonçait en 2006 cette forme de passage en force comme une « déni de démocratie ». Tandis que Manuel Valls martèle avec autorité son souci de faire avancer la France, le parti socialiste resserre les rangs en brandissant des sanctions d’évictions si les consignes de vote ne sont pas respectées à l’Assemblée. L’heure du débat semble révolue, l’union sacrée du 11 janvier, s’éloigne. Pourtant, parmi les députés socialistes lorrains, que l’on soit plus ou moins « frondeur » ou « légitimiste », le ton semble surtout s’adoucir. Aurélie Filippetti, ministre démissionnaire aux côtés de Benoît Hamon et Arnaud Montebourg, est en vadrouille aux États-Unis et personne ne semble l’avoir vue dans les couloirs de l’Assemblée depuis un moment. Laurent Kalinowski, Jean-Louis Dumont, Christian Franqueville, Chaynesse Khirouni, Jean-Yves le Déaut, Michel Liebgott semblent tous déterminés à faire front commun au sein du parti. Seul Hervé Féron continue d’organiser des réunions de « Vive la gauche », le mardi matin à l’Assemblée, auxquelles assistent une cinquantaine de députés, rejoints parfois par Paola Zanetti. Et bien que le désaccord soit marqué sur de nombreux sujets, on ne parle pas de « fronde » mais plutôt d’outils de consensus. Commentaires en famille.


MICHEL LIEBGOTT,  député-Maire de Fameck : « Pourquoi ne créent-ils pas leur propre parti ? »

Michel-Liebgott ( © CAVF)Je ne suis pas frondeur considérant que le débat a lieu au sein du parti. Quand 90% des élus socialistes sont d’accord avec la politique qui est menée, je ne vois pas ce qui pourrait justifier une quelconque fronde. Ce n’est pas ma conception de la démocratie. Et le pays ne serait plus géré si chacun votait en fonction de son humeur. Je ne suis pas d’accord avec toutes les lois, notamment certains des tenants de la loi Macron, toutefois nous avons été élus sur la foi d’un programme social démocrate auquel nous devons nous tenir. Si le 49.3 permet au gouvernement de débloquer une situation et de mettre en place ce programme, je ne vois pas où est le problème. Les frondeurs ne forment pas un groupe homogène, ils n’ont d’ailleurs pas d’alternative réelle à proposer : la preuve, ils n’ont pas voté la motion de censure ! C’est sortir des rangs pour sortir des rangs, s’ils sont si mécontents pourquoi, à l’instar de Mélenchon ne créent-ils pas leur propre parti ? Pour ma part, je crois au collectif : nous sommes efficaces que si nous sommes unis. 


PAOLA ZANETTI, députée de la Moselle : « Notre responsabilité, c’est la tenue des engagements. »

Paola Zanetti (© DR)Je n’aime par les termes de légitimiste ou de frondeur, cela voudrait dire que certains trahissent et que d’autres sont loyaux, or nous sommes tous loyaux quant au contrat qui nous lie aux Français. Notre responsabilité, c’est la tenue des engagements. Je faisais partie de ceux qui voulaient s’abstenir sur la loi Macron, je l’ai fait savoir car il faut être clair sur sa position. Après que Manuel Valls ait indiqué que le texte demeurait modifiable, j’ai décidé de changer mon vote, sachant que les choses étaient encore discutables. Si je participe aux réunions « Vive la gauche », c’est car je crois que les désaccords aussi doivent être exprimés. C’est le vœu de faire respecter les engagements qui motive ces rassemblements. Cela ne veut pas dire que j’estime que le gouvernement mène une politique de droite, ni que nous détenons la vérité sur ce qu’est une politique de gauche. Plus de 1000 amendements ont été adoptés dans la loi Macron, le 49.3 n’est donc pas un déni de démocratie. Toutefois cette loi revient sur certaines promesses de campagne, or nous devons être cohérents pour ne pas faire le jeu des extrêmes et continuer à débattre.


HERVÉ FÉRON, député-Maire de Tomblaine : « Je n’ai pas été élu par les notables parisiens du PS »

herve-feron (© DR)Je suis à l’origine de l’organisation des frondeurs dès le début, car je constate un décalage entre la politique pratiquée et le programme. Nous n’aimons pas être représentés comme des opposants, nous souhaitons seulement mettre la barre plus à gauche. Nous avons proposé nombre d’amendements à la loi Macron qui n’ont pas été acceptés. Notre politique ne peut être dictée par Merkel, la réduction des déficits ne peut se faire en ignorant la condition des gens ! La loi Macron est ultra-libérale, elle est plus susceptible à mon sens de détruire des emplois que d’en créer et j’ai tout de suite annoncé que je voterai contre, l’usage du 49.3 est inadmissible et antirépublicain, tout comme les leçons de Cambadélis qui n’a pas mis les pieds dans l’hémicycle de tous les débats ! Je n’ai pas été élu par les notables parisiens du PS, je sais quel mandat m’a été donné par les électeurs et je compte bien conserver ma liberté de vote garantie par la Constitution.