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Trente ans après la fermeture de la quincaillerie de ses parents, à Granges-sur-Vologne, Francine Page est revenue de Grenoble pour rouvrir le local commercial et en faire une galerie d’art. Une quarantaine d’artistes, photographes, peintres, graveurs, sculpteurs, a défilé depuis 2014, venant d’Alsace et de Lorraine et drainant un public nombreux et emballé par l’initiative.

C’est l’histoire d’une renaissance. Aussi d’une reconnaissance. Francine Page est née à Granges-sur-Vologne où ses parents, Simone et Roger Claude, tenaient une vaste quincaillerie face à l’église. Un commerce-caverne d’Ali Baba qui faisait aussi dans les matériels de chauffage, les jouets et les meubles… Le père de Francine était ébéniste, avant que la mode du meuble industriel emporte les artisans dans un tourbillon de portes-closes. « C’est surtout ma mère qui était au magasin », précise Francine Page. En 1984, la quincaillerie ferme, à la retraite de ses parents. S’achève une page de l’histoire de cette petite ville industrielle et touristique, posée sur l’une des plus belles vallées vosgiennes, celle de la rivière Vologne. Granges-sur-Vologne n’a jamais dû son salut au seul fait de vivre en voisine de la Perle des Vosges (Gérardmer est à 10 km). Elle a abrité quelques grands épisodes de l’histoire du textile, avec les filatures et tissages Walter-Seitz notamment. Granges est aussi le siège d’une saga qui dure, les Cafés Canton, maison de torréfacteurs rayonnant, depuis 1921, dans toute la région. Tant de médias, au cours de l’affaire Grégory, ont démoli à coups de poncifs l’image de cette ville. Si peu ont souligné son talent, et ce savoir-faire : mêler les ambiances campagnardes et citadines, les cultures ouvrières et paysannes. Des bastions, commerciaux et industriels, ont cédé à partir des années 80, mais l’humeur joviale et accueillante a survécu. Tous ne sont pas fatalistes et quand Francine Page consulte sur son projet de galerie d’art, on l’encourage. Quelques-uns, tout de même, lui touillent une soupe de « tout ça est un peu fou ». Francine Page : « Après la fermeture de la quincaillerie au milieu des années 80, il y a eu un cabinet de kiné quelques temps, et puis le local est resté vide. Il est situé en-dessous de l’appartement où nous venons en vacances. Nous est venue un jour l’idée de le faire revivre ». « Nous », c’est à dire Francine, Eric, la famille, qui décident en 2014 de cultiver l’audace dans les Vosges et d’aller y faire pousser un espace d’art contemporain. Francine et Eric sont restés Grenoblois et la galerie est ouverte épisodiquement mais en quatre ans le pari est devenu un lieu incontournable. En moyenne, trente visiteurs poussent chaque jour la porte de la Petite galerie. Quarante artistes, principalement lorrains et alsaciens, sont venus exposer depuis 2014, emmenant dans leur sillage un public nombreux, ravi, varié, amoureux des arts, bluffé par la qualité de l’offre. Francine Page : « Il y a un comité de sélection. Quand nous recevons une demande pour exposer, nous nous rendons chez l’artiste. Nous sélectionnons exclusivement les travaux contemporains et de qualité. Pour le moment, nous avons reçu des artistes lorrains et alsaciens, nous accueillerons à l’avenir des artistes venus de plus loin. Par exemple, nous organisons cet été une exposition baptisée Crépuscules, avec le photographe grenoblois Jean-Noël Duru ». La saison 2019 démarre en mars avec deux Nancéiennes : la « sculpteure de dysmorphismes » Valérie Cerutti installe sa troupe d’étonnants animaux faits de matériaux de récupération, la peintre Franc Volo, travaillant aussi sur des objets de récupération (affiches publicitaires, panneaux routiers, portières de voitures…), vient exposer ses géniales songeries. Suivront Claude et Daniel Semelet, revisitant à leur manière Georges de la Tour. A l’aventure artistique, Francine et son mari Eric – cardiologue dans le civil – ont ajouté la démarche solidaire. Les locations de la galerie, par les artistes, sont reversés à l’association Medic’Art. « Avec cette association gestionnaire de la Petite galerie, nous partons une à deux fois par an, pendant dix jours, pour organiser des consultations bénévoles de cardiologie au Maroc ».

La Petite Galerie, 5 rue Ancel-Seitz à Granges-sur-Vologne.
Contacts et infos : 06.72.81.50.01
www.facebook.com/lapetitegalerie88
Expositions de Valérie Cerutti et Franc Volo :
8 mars (14h30 à 21h), 9 et 10 mars (11h à 19h)
Exposition de Claude et Daniel Semelet,
Une année avec Georges :
du 15 au 24 mars (tous les jours de 14h30 à 18h30).