(© Guy Reibmeister)

NOËLS DE MOSELLE : CENTRE INTERNATIONAL D’ART VERRIER (CIAV) DE MEISENTHAL

Ils ne sont que 107 Maîtres d’art en France, dont 78 en activité. Parmi les neuf nouvellement nommés, apparaît le Mosellan Jean-Marc Schilt, maître verrier à Meisenthal. Il recevra officiellement ce titre en décembre, des mains de la ministre de la Culture. Retour sur un parcours exceptionnel, qui démarre près d’un père tailleur de verre et d’un grand-père souffleur.

« Pour vous parler de Jean-Marc, j’aime utiliser une métaphore musicale. À Meisenthal, nous sommes comme un orchestre. Nous avons les compositeurs, ce sont les designers. Jean-Marc Schilt est notre premier violon, un maestro ! Évidemment, cela n’enlève rien aux qualités des autres. » C’est le chef d’orchestre qui parle, Yann Grienenberger, directeur du Centre International d’Art Verrier (CIAV) de Meisenthal. Et, pour tout dire, les débuts du maître flirtent avec le roman. Chez les Schilt, le verre en fusion n’est pas qu’une histoire de labeur, d’artisanat, d’art, de création, c’est une affaire de famille. Julien, son grand-père, fut souffleur à la cristallerie de Saint-Louis-lès-Bitche, « Pendant que les verriers faisaient leur pause, j’essayais de travailler le verre dans le four et ils s’en sont rendus compte. » celle qui succéda aux Verreries Royales de Saint-Louis, « parmi les premières sur le continent à mettre au point le cristal. » Quand au papa de Jean-Marc, il fut tailleur dans cette même cristallerie. « Dans les années 70, 80, la génération de mon père ne voulait pas que les enfants aillent à l’usine. J’étais donc un peu obligé d’aller passer mon bac », explique Jean-Marc Schilt. Discipliné, mais pas vraiment emballé, il passe son bachot, dans le domaine de la mécanique. Mais le hasard va filer un coup de main à la passion. Le voilà embauché à la cristallerie, à la maintenance. À l’heure de la pause, le jeune ouvrier chargé du montage des presses, pose les outils et vadrouille du côté des fours. « J’étais attiré par cette matière en fusion. Pendant que les verriers faisaient leur pause, j’essayais de travailler le verre dans le four et ils s’en sont rendus compte. » Il est, dès lors, embarqué dans l’aventure du verre, formé sur le tas par les verriers, devenant verrier lui-même, puis rapidement « chef de place », c’est-à-dire au poste de réalisateur des parties les plus délicates d’un objet. « Les qualités pour être verrier ? C’est d’abord la passion. Pour réussir il faut être passionné. Il faut de la dextérité et tout simplement aimer la chaleur. Et il faut aussi un esprit créatif. »Cet esprit créatif, celui qui le fait d’abord « dessiner dans sa tête »,  « Les qualités pour être verrier ? Il faut de la dextérité et tout simplement aimer la chaleur. »Jean-Marc Schilt peut l’exprimer dans toute sa splendeur, avec plus d’éclat encore, à partir de 2002. Cette année signe un tournant dans sa carrière de souffleur. Il l’ouvre sans renier son goût de l’audace, délaissant un poste de CDI pour un CDD de trois mois. Il entre au Centre International d’Art Verrier de Meisenthal, où la gestuelle, l’amour du travail bien fait, la tradition fusionnent avec la recherche et la création. Dans une liberté plus épanouie, aux côtés des designers, au sein d’une équipe. Il faut entendre Romain Diroux et Manon Leblanc, designers de la boule de noël Silex (lire par ailleurs) pour comprendre cette entente, cette communion, savoir qu’elle n’est pas feinte à Meisenthal : « La première fois qu’un silex est sorti du moule et que les chasseurs-cueilleurs de verre dressèrent Silex au bout de leur canne, nous avons tous ensemble tourné silencieusement autour du premier prototype. Nous avons tout de suite remarqué l’énorme soulagement de toute l’équipe de Meisenthal. Un beau et grand moment. Tout y était ! Les lignes de front qui se croisent, la lumière qui se diffracte différemment sous chacun des profils de la boule et la force des ondes de choc. » Les lignes de front qui se croisent… On dirait une définition de Meisenthal. Ou l’entrée en matière du roman de Monsieur Schilt, dont le fiston, Thomas, a bien l’intention d’écrire quelques nouveaux chapitres du livre. Il a treize ans et papa est « enchanté ».