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Il fut une époque, où l’ élection présidentielle consacrait la rencontre entre un Homme et un pays, entre un Homme et un peuple. Une belle expression, qui résumait parfaitement l’intimité de la relation de confiance requise, entre l’électeur et le candidat, pour un scrutin de cette nature. Mais, dans un monde de transparence et d’immédiateté, elle exige plus encore, en l’occurrence une probité totale et indiscutée. Nulle zone d’ombre ne peut subsister dans le passé de quiconque ambitionne de mener ses concitoyens vers l’avenir. Il faut l’accepter ou se démettre. Crier au complot n’y changera rien.

C’est pourquoi, aucun des candidats actuellement dans le collimateur de l’Institution judiciaire ne saurait refuser de se tenir à disposition du juge. Le plus obscur des justiciables admet cette règle, fondamentale à tout Etat de droit. Il doit en être de même pour tous ceux qui, sous la lumière des projecteurs, aspirent à la magistrature suprême. François Fillon en a accepté l’augure et l’a immédiatement affirmé. Il n’en est pas de même pour Marine Le Pen, dont la décision de ne pas répondre aux injonctions du juge, se doit d’être fermement condamnée. Plus qu’une rodomontade de cette dernière, c’est une atteinte au sacro-saint principe démocratique de la séparation des pouvoirs. Et, disons-le sans ambages, c’est un déni de démocratie qui montre le vrai visage du Front National.

Mais il faut maintenant que la justice passe et fasse son travail, en tenant compte de cette différence de comportement. Vite, pour être pleinement efficace. Pour sortir du soupçon et de la controverse, qui sont en train de gangréner toute la campagne électorale et chacun des candidats.Qu’attend-on pour délivrer les conclusions des enquêtes ? Pour qu’enfin, le processus électoral reprenne sereinement son cours. Pour que l’on ne laisse pas le pouvoir médiatique, fût-ce celui d’une institution française comme celle du Canard enchaîné, peser de manière disproportionnée sur l’actualité. Et surtout, pour limiter la désinformation qui prolifère sur les réseaux sociaux, chaque fois que le terreau de l’ambiguïté foisonne.

Car les démêlés judiciaires de François Fillon, comme ceux de Marine Le Pen, ne concernent pas qu’eux. Ils perturbent aussi grandement le parcours de tous les potentiels locataires de l’Élysée. En modifiant, aujourd’hui, l’état de l’opinion publique et, demain, le choix de l’électeur. En effet, lorsque le citoyen attend, à chaque jour qui passe, de nouvelles « révélations » de pratiques parfois légales mais illégitimes ou d’actes réellement délictueux, ce sont tous les programmes électoraux qui deviennent inaudibles. De même que cela jette l’opprobre sur toute la classe politique. La situation est devenue ubuesque d’atermoiements judiciaires et cela est pour le moins contreproductif, en discréditant, un peu plus encore, les institutions du pays.

Qu’attend-on pour délivrer les conclusions des enquêtes ? Pour qu’enfin, le processus électoral reprenne sereinement son cours. Pour que la démocratie ne se fragilise pas en même temps que les candidats eux-mêmes. Car lorsque le contrôle judiciaire se fait par trop attendre, il percute le déroulement du calendrier électoral et influence de facto la décision du plus grand nombre. Ce qui n’est pas son rôle. Une démocratie saine ne peut être ainsi plus longtemps suspendue.

Le système des 500 signatures, qu’il faut quémander auprès des édiles afin de s’ouvrir le droit à se présenter à l’élection, semble être devenu une bien inutile et dérisoire caution morale. À la lumière de l’expérience actuelle, il faudra prendre à l’avenir une pré-caution, nouvelle : s’assurer de la probité de chaque candidat. Cela pourrait se concrétiser par une attestation délivrée par une instance judiciaire, avant même le début de la campagne. Nous avons tous à y gagner, candidats et électeurs. Pour que nous ne puissions dire que nous ne savions pas. A fortiori lorsque nous savions depuis longtemps déjà…