SORTIE LE 26 SEPTEMBRE

Sept ans après L’Exercice du pouvoir, Pierre Schoeller se penche à nouveau sur la politique en revenant aux origines de la Révolution française dans Un peuple et son roi. Servi par un casting alléchant, ce projet ambitieux est avant tout une fresque humaine qui place des gens ordinaires au cœur d’évènements plus grands que nature.

Bleu, blanc, rouge. Il y a quelques semaines, ces couleurs inondaient la France après le sacre des Bleus de Deschamps lors de la coupe du Monde en Russie. Cette ferveur sportive à peine retombée, une autre fièvre populaire s’apprête à déferler sur l’Hexagone, dans le confort capitonné des salles de cinéma. Une fièvre qui a signé la fin de la monarchie de droit divin et porté au pinacle trois valeurs cardinales qui ornent le portique de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 : liberté, égalité, fraternité. Et guillotine, serait-on tenté d’ajouter. Car cette époque – la Révolution française – synonyme de grand chambardement social et politique fut aussi celle de la terreur. On parle d’un temps où la justice se montrait expéditive, même avec les puissants. On tranchait dans le vif du sujet, disons… La boucherie, ce n’était pas seulement un commerce, c’était aussi un spectacle.

Le souffle épique et libertaire de cette période qui marquera la création de l’Assemblée nationale est au cœur du nouveau film de Pierre Schoeller. Avec Un peuple et son roi, ce dernier trouve matière à poursuivre sa réflexion sur la complexité de la politique, sept ans après L’Exercice du pouvoir, La boucherie, ce n’était pas seulement un commerce, c’était aussi un spectacle.qui réunissait devant sa caméra Olivier Gourmet et Michel Blanc. Pour ce projet scindé en deux parties (la partie débute en 1789 et s’achève en 1793 avec l’exécution du Roi), il fallait un casting ambitieux, et force est de constater que cinéaste a rempli son contrat. Louis Garrel, Denis Lavant et Laurent Lafitte campent ainsi Robespierre, Marat et Louis XVI, tandis que Gaspard Ulliel, Olivier Gourmet, Noémie Lvovsky, Izïa Higelin et Adèle Haenel incarnent des personnages issus du peuple dans cette œuvre très documentée, fruit de plusieurs années de travail, qui promet de « mettre en lumière des aspects de la Révolution française encore jamais vus dans un film de fiction », dixit le producteur Denis Freyd. Pour Pierre Schoeller, il était primordial de mettre l’accent sur les petites gens, qui croisent la route de figures historiques légendaires. Bref, de raconter une révolution à hauteur d’hommes, « loin des débats idéologiques ». « En mettant le peuple des faubourgs, surtout les femmes, au centre des évènements, je voulais redonner à la Révolution française son visage populaire et contemporain. J’ai été surpris de voir à quel point les révolutionnaires d’alors interpellent les générations futures. » Cette production ambitieuse était aussi l’occasion pour lui de faire revivre l’énergie créatrice de l’époque. « Elle infuse tout. Elle est dans les discours, dans les journées insurrectionnelles. Dans les chants. Dans les parcours des personnages qui ne cessent de se transformer au fil des événements. Elle est dans les grandes secousses révolutionnaires. »


LA RÉVOLUTION EN TROIS VERSIONS

Le cinéma s’est beaucoup nourri de la Révolution française. En voici trois facettes : documentée, dantesque… et fantaisiste !

La Révolution française, de Robert Enrico (1989) :

sorti dans le cadre du bicentenaire de la Révolution française, cette fresque diffusée en deux parties présente de manière très précise les principaux évènements de cette période. Sa longueur (6 heures !) explique sans doute son flop dans les salles.

Danton, d’Andrzej Wajda (1983) :

consacré à l’ascension et la chute d’une des figures les plus emblématiques de 1789, ce Danton met en vedette un Gérard Depardieu totalement habité par son rôle. Sans doute une de ses plus belles compositions avec Cyrano de Bergerac, sorti 7 ans plus tard.

Liberté, égalité, choucroute, de Jean Yanne (1985) : on navigue ici en plein délire. L’histoire d’un calife de Bagdad qui débarque à Paris pour faire l’acquisition d’une guillotine. De son côté, Louis XVI ne fuit pas à Varennes mais se réfugie en Perse, où il devient calife à la place du calife. Fallait oser, et Jean Yanne l’a fait !