Un voyage à travers les cimetières des morts de la Grande Guerre. Un pélerinage, hommage à la mémoire de ces hommes qui y ont laissé leur vie. Un compte-rendu émouvant de la reconnaissance que leur devait la Nation.

Post-mortem-14-18Publié par les éditions Vent d’est, l’ouvrage est beau : jaquette cartonnée et ornée d’une magnifique aquarelle. Le contenu, lui, est en écho avec son titre : une promenade sur les champs de bataille et les lieux de sépulture militaire, déambulation parmi les morts de la guerre de Quatorze. 1 365 000 combattants français tués dont 20% de disparus. Disparu, cela veut dire sans reconnaissance ni mémoire…
Or à tous ceux-là, combattants identifiés ou non, les Français veulent cette reconnaissance. C’est le phénomène nouveau de la Grande Guerre, engendré d’abord par le phénomène de masse. On ne veut plus d’hommages anonymes ou de tombes collectives. On entend que le sacrifice du soldat soit reconnu car ce soldat était aussi un homme, un fils, un époux, un père. La fosse commune est prise en horreur, on exige des cimetières et des tombes individuelles. La reconnaissance de la Nation passe donc par l’identification des corps, puis par leur mise en terre en un endroit sacré. Chaque fois que possible, sous la forme d’une sépulture individuelle.
Au lendemain de la bataille, l’éparpillement des tombes est la règle. Vite le nombre impose des regroupements : cimetières provisoires sur les routes du front, cimetières des hôpitaux, grands cimetières militaires en arrière des lignes. Reste l’identification : les corps sont broyés, impossibles à reconnaître. Quand ils sont reconnus, l’inscription de fortune sur le tumulus de terre n’a pas toujours résisté aux intempéries voire au vandalisme.
Viendra plus tard le temps du recueillement. Rites militaires, rites civils, rites religieux sont en théorie distincts. On aurait tort cependant de croire ces mondes hermétiques : ils sont, comme le souligne l’auteur, poreux. Tant et si bien qu’à la longue commémorations militaires, messes et pélerinages religieux, fêtes anniversaires des cérémonies privées se mêleront dans un tout qui donnera le résultat tant attendu : nos morts ne sont plus des anonymes. Ils sont morts pour la Patrie et si les familles ont enfin la possibilité de faire leur deuil en des lieux sacrés, la reconnaissance de l’ensemble de la Nation leur est de surcroît apportée.