© Philippe Lorin

De Suzanne Lenglen à Martin Fourcade, trente portraits de sportifs français champions olympiques, réunis dans un album publié aux éditions de L’Archipel. Trente destins retracés par l’ancien journaliste de télévision Lionel Chamoulaud, trente figures dessinées au pastel par Philippe Lorin.

Illustrateur bien connu et apprécié des lecteurs de L’Estrade, Philippe Lorin compte à son actif un nombre incalculable de livres. Littéralement incalculable : lui-même ne sait pas et demande toujours à son éditeur de ne sélectionner que quelques titres pour ne pas encombrer la page consacrée à sa bibliographie, à chaque nouvelle parution ! De sa plume ou du bout de ses pinceaux, Philippe Lorin a immortalisé de nombreux artistes, des écrivains, des hommes politiques. La légitimité des années – il refuse de dévoiler son âge, effectivement introuvable ! – permet même un luxe rare à l’homme qui (selon nos estimations !) a illustré plus de 200 livres : « Un, je choisis toujours un sujet qui me plaît et deux, je choisis aussi l’auteur avec qui je vais travailler. »

Ainsi, dans une collection intitulée En tête à tête avec… éditée chez Gründ, Philippe Lorin a fait tandem avec Jean-Louis Debré pour évoquer De Gaulle puis les présidents de la République, avec Gonzague Saint-Bris au sujet de George Sand et de Victor Hugo, avec Macha Méril pour parler de Colette ou encore, avec William Leymergie à propos de Marcel Pagnol. Ailleurs, il est parti sur les pas de Chateaubriand avec Denis Tillinac, de Jean Ferrat avec Nelson Montfort, de Jacques Brel avec Michel Quint, de Georges Brassens et de Coluche avec Jean-Claude Lamy et de Louis-Ferdinand Céline avec Eugène Saccomano, homme de radio et de lettres récemment disparu. Il est même arrivé à Philippe Lorin de croquer les papes qui ont changé l’histoire ou les écrivains inspirés par le vin.

À cette galerie vaste et variée, il manquait une catégorie : les sportifs. Une matière qui ne lui était pas tout à fait étrangère : jadis directeur chez Denoël d’une collection destinée à la jeunesse, il avait traité de ski avec Jean-Claude Killy et d’athlétisme avec Guy Drut, au temps de leurs exploits olympiques. Photographe à ses heures, Philippe Lorin avait même été embarqué dans l’équipe Renault-Gitane sur les étapes de montagne du Tour de France, au tournant des années 1970-1980, quand Bernard Hinault voyait la vie en jaune. Et puis, tout récemment, en voyant les JO 2020 approcher, Philippe Lorin a eu l’idée d’un album sur les champions olympiques français. À son éditeur, L’Archipel, enchanté par le projet, il a soufflé le nom d’un auteur possible, dont il appréciait la justesse des commentaires en suivant les matches de tennis à la télévision : Lionel Chamoulaud. Et voilà un nouveau complice embarqué dans les aventures de l’insatiable dessinateur…

En 130 pages et 30 portraits parmi les quelque 250 médailles d’or de l’histoire de France, de Suzanne Lenglen (tennis, 1920) à Martin Fourcade (biathlon, 2014 et 2018), Champions en or est un concentré de souvenirs, d’émotions, de dates, d’exploits, une collecte de destins, de joies mais aussi de drames – d’où le choix de n’opérer la sélection que parmi les titres individuels, et non collectifs. « Le choix s’est porté sur des sportifs qui possédaient aussi une histoire humaine à même de toucher, d’émouvoir les gens, et des phénomènes de leur époque », explique Chamoulaud. Pour accompagner les textes précis et documentés du journaliste aidé par la science de Pierre Lagrue, Lorin a troqué l’aquarelle qui a habituellement sa préférence pour le pastel, « une matière riche qui permet plein de choses », dit-il. Quelques dessins à la plume, comme celui d’Alain Mimoun, le marathonien de Melbourne (1956), ou de Charles Rigoulot, l’haltérophile de Paris (1924), complètent et épatent la galerie. Alors que la photo est quasi systématiquement le moyen choisi pour illustrer tout ce qui s’écrit sur le sport (et il s’en écrit !), le recours au dessin donne à ce livre son originalité et même davantage : une âme. « Le même livre avec des photos aurait présenté un côté banal qui m’aurait beaucoup moins intéressé », reconnaît Lionel Chamoulaud. « La photo impose les choses, le dessin permet de rêver, notamment le pastel, estime Philippe Lorin. Je pars d’un grand panel d’images avant d’aboutir à ce que je veux montrer. Parfois, c’est en plein effort, comme pour Marie-José Pérec, ou avant, comme avec Jean Galfione dont la musculature m’a conduit à un travail qui peut s’apparenter à celui d’un sculpteur. Parfois aussi, c’est après l’effort ! » Ainsi de Jean-Claude Killy, le skieur aux trois médailles d’or des JO de Grenoble (1968), organisateur ensuite de ceux d’Albertville (1992), « de tous, précise Chamoulaud, celui pour lequel j’éprouve la plus grande admiration. » « La capacité de Philippe Lorin à capter un geste, un regard, un instant, est remarquable, ajoute-t-il. Son art donne toute sa force au livre ! » Le dessinateur confiant nourrir d’autres idées sur le terrain sportif, il ne serait pas étonnant de retrouver bientôt ces deux-là associés à la réalisation d’un nouveau livre.

Champions en or
par Lionel Chamoulaud et Philippe Lorin,
préface de Tony Estanguet.
Éditions de L’Archipel, 24,95 euros