L’écrivaine polonaise Agata Tuszynska signe un portrait tout en nuances de celle qui fut la fiancée « éphémère » du peintre Bruno Schulz dans La fiancée de Bruno Schulz. Paru aux éditions Grasset.

Un mot sur Bruno Schultz tout d’abord. Écrivain, dessinateur, graphiste et critique littéraire polonais, il est né en 1892 et mourra en novembre 1942, assassiné dans sa ville natale de Drohobytch (aujourd’hui en Ukraine). Si l’artiste est considéré comme un génie, l’homme est tourmenté, incapable d’aimer car ce qui importe à ses yeux, c’est son œuvre. Rien ni personne ne doit l’en détourner. Pas même Jozéfina Szelinska, dite Juna, qui fut sa « fiancée », sa compagne et sa muse, entre 1933 et 1937. Jusqu’à ce que l’artiste décide que l’heure était venue de s’éloigner de cette jeune professeur, à la fois cultivée et belle. Certes, c’est elle qui l’a quitté mais car elle savait cet amour sans avenir. Jamais elle ne revit Bruno Schultz mais elle passa toute sa vie en compagnie de son fantôme, jusqu’à son dernier souffle en 1991. C’est cette vie que raconte Agata Tuszynska. Pour ce faire, elle a rencontré ceux qui l’ont connue, a lu et relu des lettres envoyées par Juna au biographe Jerzy Ficowski, fait confiance à son instinct et à son imagination. « Juna a toujours été pour moi la plus mystérieuse des femmes de Bruno Schultz. Il faut de l’imagination pour la faire sortir de l’ombre. Pour s’infiltrer dans l’oubli auquel elle s’était elle-même condamnée », écrit l’auteur dans ses « remerciements ». Pour la « peindre », Agata Tuszynska a choisi de faire se mêler les dialogues et les voix, celles de Juna mais également la sienne. Force est d’avouer que ce « reportage littéraire » est une belle réussite. Née en 1957 à Varsovie, Agata Tuszynska est l’un des écrivains qui compte dans la littérature polonaise. Cinq de ses livres sont disponibles en langue française. La Fiancée de Bruno Schulz avait été retenu dans la sélection au prix Femina étranger ainsi que dans celle du Médicis étranger.