Sur Canal+ Saison 1

Avec une toile de fond éminemment politique, Les sauvages mini-série réalisée par Rebecca Zlotowski et Sabri Louatah se lancent le défi de porter à l’écran les sujets houleux de la multiculturalité et de l’identité quand on est issu de l’immigration maghrébine en France. Une première dans l’histoire des séries françaises.

Et si le futur président de la Ve République Française était issu de l’immigration maghrébine ? C’est ce qu’a imaginé Sabri Louatah dans quatre romans publiés entre 2011 et 2016, et qui se trouvent aujourd’hui adaptés en série par Rebecca Zlotowski (Belle Épine, Grand Central, et plus récemment Une fille facile). En six épisodes, la série met en scène la crise que vont vivre deux familles françaises d’origine maghrébine, intrinsèquement liées l’une à l’autre. D’un côté, nous avons les Chaouch, famille bourgeoise dont le père Idder, incarné par Roschdy Zem, est élu nouveau Président de la République. Durant sa campagne pour un État socialement plus juste et égalitaire, il a pu compter sur le soutien modéré de sa femme Daria, célèbre cheffe d’orchestre, mais surtout sur les conseils de Jasmine, sa propre fille, alors directrice de campagne. Cette dernière est en couple avec un acteur de série télé, Fouad Nerrouche. Depuis qu’il connaît la célébrité, Fouad s’est sensiblement éloigné de sa propre famille, des prolétaires vivant à Saint-Etienne, et tout particulièrement de son frère Nazir, esprit intellectuel dont la radicalisation et les appels à la haine lui ont valu une peine de prison qu’il purge encore. Coup de théâtre : alors qu’il est à Paris pour une audition de piano, le jeune cousin de Fouad tire sur Idder Chaouch, tout juste élu. Ce que Rebecca Zlotowski nous montre alors, c’est la précarité, le mal-être et la fracture sociale vécus par ces oubliés de la République, conséquences directes d’une forme de racisme et d’islamophobie institutionnalisés. Les souvenirs traumatisants de la colonisation, des émeutes de 2005 ou des attentats terroristes récents émaillent ce thriller judiciaire frénétique. La série nous laisse tout de même sur une note d’espoir et de renouveau possible, si tant est que l’on accepte de reconnaître les imperfections de notre société.