(© Luc Bertau)
Imaginez de Gaulle, Mondon, Ferré, Audiard, Brassens et Bobet faire la course ensemble et se pointer sur un même portrait. Voilà qui donne une première idée de l’itinéraire d’Angel Cossalter. Figure mosellane, gaulliste d’esprit, de cœur aussi. Longtemps avocat, bâtonnier du barreau de Metz, il continue de mettre son grain de sel, de regarder le monde qui roule sous ses yeux, de le commenter avec une plume tendre ou amère, juste et drôle.

Dans une France en mode panique cherchant un saint auquel se vouer, quelques havres de paix voguent en silence. Angel Cossalter est capitaine d’un de ceux-là. Le problème, c’est que de politique il ne veut pas parler, ou peu… Juste pour dire le bien qu’il pense de de Gaulle. Angel Cossalter est membre d’un petit club, fait de gens rares, vrais gaullistes, fidèles à l’esprit et attentifs à la lettre. Il est un admirateur de la vision gaullienne, mais aussi des mots, des propos, sculptés à la perfection, où chaque point final semble signer un hommage à la langue française.

C’est un souvenir littéraire autant que militaire qu’Angel Cossalter sert d’abord : « J’avais 16 ou 17 ans, je me souviens lorsqu’il a sorti ses Mémoires de guerre ». Et puis un autre, patriote : « C’était le 8 mai 1964, j’ai vu le général de Gaulle remonter les Champs-Élysées. Ça, c’est la France ! » Il cite aussi Malraux, le récite ensuite, « Entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège… ». Il conclut : « Si tu n’as pas les poils qui se hérissent en entendant cela, c’est que tu es un con ».

Drôle, parfois cinglant, la répartie au point, bon connaisseur du bestiaire politique, amoureux de Metz, dont il aurait fait un excellent maire dit-on dans le Landerneau…Des cons, Angel Cossalter s’en agace et s’en amuse. Il les aime, comme Audiard les aimait, avec le rire et une certaine tendresse. Comme de Gaulle, ou Brassens, les trouve-t-il trop nombreux(1) ? Peut-être les trouve-t-il d’abord utiles, pour une bonne mise en lumière des contraires, de ces humanités auxquelles il est profondément sensible. Drôle, parfois cinglant, la répartie au point, bon connaisseur du bestiaire politique, amoureux de Metz, dont il aurait fait un excellent maire dit-on dans le Landerneau… On peut ainsi commencer à résumer Me Cossalter.

Pour être complet, il faut enfourcher le vélo et enfiler la robe, la noire. Le métier d’avocat le poursuit aujourd’hui encore, quelques années après sa prise de retraite. C’est à Thionville, où il est né, qu’il a entamé sa carrière, après des études de droit et de sciences politiques à Paris. Principalement spécialiste en droit public, il a plaidé un peu au pénal, sur des sujets sensibles : « J’ai plaidé pour des femmes qui avortaient, c’était une des dernières grosses affaires avant la loi portant sur l’IVG ».

Il fut aussi engagé contre la peine de mort. Angel Cossalter n’est pas l’avocat plan-plan à la robe étroite. Il rayonne. Il gère ses affaires et se mêle de celles de la cité, de sa cité judiciaire d’abord. Pendant deux ans, il fut bâtonnier du barreau de Metz et créa la Maison de l’avocat et la Conférence du stage, un concours d’éloquence et de rhétorique judiciaire. Aujourd’hui il écrit, il a notamment publié La Justice en Moselle (2012, éditions des Paraiges), un livre éclairant.

À visiter aussi, les contours et détours de sa plume blogueuse(2), qui aligne de courtes chroniques aux sujets divers. Des coups de gueule s’invitent parfois à la une. L’un des derniers ciblait le désormais droit sacré de savoir. Une question à laquelle l’ancien bâtonnier répond en humaniste : « Est-ce en vertu de ce prétendu droit qu’on livre en pâture le nom du moindre suspect dans une affaire judiciaire ? Combien de vies brisées pour satisfaire une opinion avide de sang ? ». Voilà des choses qui le désolent, l’énervent. Globalement, pourtant, il juge que ça va mieux : « La justice a évolué dans le bon sens, elle n’a rien à voir avec celle que j’ai connue en arrivant ».

Toutes les arpètes, en fait, de la justice, du journalisme, de la vie publique, dénicheraient dans son expérience de quoi épaissir un monde frivole et inquisiteur.En partant, on vous prie d’éteindre la lumière et d’aller vous dorer la pilule ailleurs. Pas le genre de la maison. Angel est encore et toujours Maître Cossalter, posant un regard distancié sur la justice de son pays. Le regard et l’analyse sont aussi les objectifs de Thémisphère, association qu’il a fondée, réunissant des magistrats, des avocats et des professeurs de droit. Tous les apprentis avocats devraient lire du Cossalter.

Toutes les arpètes, en fait, de la justice, du journalisme, de la vie publique, qui dénicheraient dans son expérience de quoi épaissir un monde frivole et inquisiteur. Même les cyclistes pourraient trouver dans ses lignes de quoi agiter le pédalier avec plus de grâce. Car de vélo, il est aussi un spécialiste. De Tour de France, précisément. L’effet est surprenant quand il en parle : la nostalgie s’allume, un univers s’éveille. Sa tignasse à la Ferré peaufine le tableau. Et les souvenirs roulent sur la table… 1952, Metz-Nancy avec son père, « c’est là que j’ai vu Fausto Coppi ». Plus tard, il court aux côtés de Bobet, « j’étais môme, je disais « Vas-y Louison ! » Ils se rencontreront plus tard et échangeront souvent.

1977, il écrit à Lévitan pour que le Tour s’arrête à Metz. 1978, le Tour s’arrête à Metz, il suit Bernard Hinault, debout dans la voiture des commissaires. 1991, il est debout avec Bernard Hinault, qui roule désormais en voiture. Un peloton d’anecdotes qu’on retrouve dans un autre de ses livres(3). De la petite reine au grand Charles, Angel Cossalter sonde le passé, en quête de perles de l’histoire qui pourraient utilement nourrir le présent, et le cas échéant adoucir l’avenir. Mais ceci est une autre histoire, une autre paire de manches… 

(1) À quelqu’un qui lui criait « Mort aux cons » de Gaulle avait rétorqué « Vaste programme ! »
(2) lajusticeenmoselle.over-blog.com
(3) Le Tour de France à Metz, 2010, éditions Serpenoise, préface de Jean Bobet

LA BELLE ÉPOQUE QUE VOILÀ !

De A à Z, ou presque, de 1 à 30, Angel Cossalter décortique les Trente Glorieuses et la manière dont la Moselle les a embrassées. Ces années, belles et presque folles, où la France a changé de visage dans un bonheur grandissant. L’époque des bals, des pompistes, de l’industrie rayonnante, de l’agriculture conquérante, des Coop, des jardins ouvriers, des mistons, des michetons, des Mimile et des Gaston, des Reggiani interprétant le « 421 » des cafés à belote lumineux… « De 1946 à 1975, la France a changé plus que de 1846 à 1946 et, à certains points de vue, plus que de 1700 à 1946 ».

Propos signés Jean Fourastié et repris en avant-propos du prochain livre d’Angel Cossalter, Les Trente Glorieuses en Moselle. Le livre, à paraître aux Éditions des Paraiges, sera dans les rayons des libraires dans deux mois. L’avocat honoraire messin éclaire quelques grands bouleversements français et revient sur des épisodes propres à la Moselle : le rétablissement de la Cour d’appel de Metz, l’A31, l’A4, Raymond Mondon, « un parcours qui s’identifie parfaitement aux Trente Glorieuses, l’ère Mondon suscite une grande nostalgie chez les Mosellans », Radio Luxembourg, le Tour de France, les tours de Borny, les mines de fer, les ouvriers-paysans, de Wendel, le paternalisme…

et le buffet de la gare : « ouvert sans interruption, il voyait se côtoyer toutes les couches de la société, sans acrimonie et dans une ambiance festive. Au début de la nuit, le buffet de la gare, toujours bondé, avec sa caissière monumentale, voyait débarquer différentes strates de noctambules. Le bourgeois en smoking, qui sortait d’une soirée. Deux tables plus loin, une prostituée qui venait boire un verre entre deux passes, non loin de militaires en attente d’un train. Le steak, la gratinée ou les Francfort-frites étaient servis en quelques minutes, le temps de boire une bière. Pour les Messins, une sortie ne pouvait se terminer qu’au Buffet, qui était un véritable poumon de la vie messine. »