SORTIE LE 21 FÉVRIER 2018

Lion d’Or à la dernière Mostra de Venise, le 10e long-métrage du Mexicain Guillermo del Toro, La forme de l’eau, raconte l’idylle singulière, sur fond de guerre froide, entre une femme de ménage muette et un être amphibien. Un conte des temps modernes magistralement mis en scène qui pourrait rafler d’autres récompenses lors des prochains Oscars.

Le Lion d’Or à la Mostra de Venise, mais aussi, plus récemment, deux Golden Globes, pour la réalisation et la bande originale (qui porte la griffe du Français Alexandre Desplat). Le dernier monstre enfanté par le cinéaste mexicain Guillermo del Toro a décidément bel appétit. Et ce n’est sans doute pas fini pour ce prétendant sérieux aux Oscars, qui auront lieu le 4 mars prochain.

Douze ans après Le Labyrinthe de Pan, un de ses chefs-d’œuvre avec L’Échine du diable (2001), ce génie de la mise en scène renoue avec les salles obscures avec La forme de l’eau (Shape of Water en version originale), une romance fantastique visuellement alléchante, dont la créature amphibienne au cœur de cette love story n’est pas sans rappeler celle qui hantait un lac dans le film en noir et blanc de Jack Arnold, tourné en Amazonie (lire ci-dessous). Un projet terriblement contemporain, qui traite de la peur de l’inconnu. Une référence assumée par Guillermo del Toro, fervent partisan des séries B du studio Universal, dont le personnage mi-homme mi-poisson est interprété par Doug Jones, un habitué des rôles nécessitant de grosses transformations, lui qui fut par exemple Abe Sapien, le compagnon de Hellboy, ou encore le surfeur d’argent dans la suite des Quatre fantastiques.

Pour lui donner la réplique – si l’on peut dire – le cinéaste a fait appel à la comédienne britannique Sally Hawkins (Be Happy), formidable dans le rôle d’Eliza, une femme de ménage muette pétrie de compassion qui va s’enticher de cet être amphibien confiné dans une base secrète de l’armée américaine, au risque de mettre en péril le protocole de sécurité. Nous sommes alors en pleine guerre froide (1962) et le pays de l’Oncle Sam n’a guère envie de se faire chiper cette belle prise par les Russes, qui rodent dans les parages. La solitude et l’impossibilité à s’exprimer de cette créature aux écailles pailletées vont trouver une résonance intime chez celle qui vit chez son père, un obscur dessinateur de BD avec lequel elle partage le goût des comédies musicales.

Petit bijou du cinéma, cette fable poétique (et violente par moments) tournée à Toronto se lit avant tout comme un bel hymne à l’amour, celui qui est « plus fort que la peur et tous les cynismes », pour reprendre les mots du metteur en scène, qui signe ici son long-métrage le plus abouti, sur le plan technique et artistique. Un long-métrage avec une forte emprise sur l’actualité, dans une Amérique « trumpienne » populiste et repliée sur elle-même. Son compatriote et ami Alejandro Gonzalez Innaritu, oscarisé pour Birdman et The Revenant, opine dans ce sens, évoquant un projet terriblement contemporain, qui traite de la peur de l’inconnu. Un film « qui aime sans conditions les marginaux, les rejetés, ces êtres qui sont différents et sans voix ». Intemporel, en définitive.


SOUVENEZ-VOUS…

C’était le 17 octobre 1982. Ce jour-là, bien calés dans leur canapé, des millions de Français assistaient à la diffusion du film L’Étrange créature du lac noir, mis en scène par Jack Arnold et sorti en 1954, qui raconte la romance improbable entre un monstre aquatique aux yeux globuleux et une jolie demoiselle campée par Julie Adams. Ceux qui étaient assis devant leur poste de télévision se souviennent très bien des lunettes bicolores qui leur permettaient de visionner ce classique du cinéma fantastique en 3D.

Une grande première en France alors que ce procédé en était à ses balbutiements aux États-Unis. On doit cette soirée marquante à Eddy Mitchell, qui animait alors La Dernière séance, mythique émission consacrée au répertoire américain. Beaucoup s’étaient alors rués dans les kiosques à journaux pour se procurer ces fameuses montures flashy qui auraient fait fureur dans un défilé carnaval.

Pour la petite histoire, deux acteurs ont enfilé le costume de la bête, dont Ricou Browning, un champion olympique de natation capable de retenir sa respiration durant 4 minutes, ce qui donnait plus de crédibilité aux scènes tournées sous l’eau.