© Illustration : Philippe Lorin / Droits réservés

Comment les services du Département sont-ils tous assurés pendant la crise, notamment en direction des populations les plus fragiles ?

Être aux côtés des plus fragiles et les protéger relève de la compétence légale et première du Département. Il est l’acteur présent « du premier sourire au dernier soupir ». C’est pourquoi, avant toute chose, j’entends rendre hommage à tous les Mosellans impactés ainsi qu’aux soignants qui travaillent au péril de leur vie, aux personnels du Conseil départemental mobilisés, au SDIS et, pour l’accueil de patients mosellans sur leur territoire, à nos voisins européens Allemands, Luxembourgeois, Autrichiens, sans oublier Bruno Belin, Président du Conseil Départemental de la Vienne.

Durant cette crise, les services du Département de la Moselle sont assurés au mieux. Tout le monde est à la tâche, il y a une réelle continuité du service public.

Nous avons ainsi, dans le cadre de l’Aide Sociale à l’Enfance, la responsabilité de 1 850 enfants et majeurs accompagnés au Centre Départemental et dans les Maisons de l’Enfance  Caractère Social mais aussi la responsabilité de tous ceux placés en famille d’accueil. Tous les deux ou trois jours, je me tiens informé au téléphone de l’état des lieux et du bon fonctionnement de ces services. J’en profite d’ailleurs pour remercier les éducateurs et les travailleurs sociaux dont la mission est profondément méconnue.

Nous avons, pour atténuer auprès des enfants la pesanteur du confinement, fait appel aux outils numériques et impliqué plusieurs dizaines d’étudiants de l’IRTS, de retraités et des sportifs de haut-niveau en vue de leur fournir le meilleur service possible et leur apporter de bons moments et de belles choses.

À destination des personnes handicapées, nous avons assuré la continuité de l’accueil ainsi que la gestion et le suivi des aides.

Et pour les 30 000 bénéficiaires du RSA, nous avons maintenu l’accompagnement, le versement des allocations ainsi que l’aide alimentaire sous la forme d’un secours d’urgence facilitée par une procédure interne rapide afin que soient délivrés des bons qui permettent aux bénéficiaires de se rendre directement en magasin.

Et concernant les personnes âgées ?

La promiscuité dans les EHPAD a généré des drames. Les personnels de ces établissements, aux premières loges, font preuve d’un courage formidable. Nous nous efforçons de contribuer à augmenter la capacité à y tester toutes les personnes y séjournant et à isoler ceux touchés par la maladie. Par ailleurs, le Département, conjointement avec l’ARS, a lancé un appel à volontaires bénévoles concernant les soins infirmiers, l’aide à la personne, la cuisine, le ménage et l’entretien.

Toujours avec L’ARS, il a été possible de financer des tablettes numériques destinées à la télémédecine.

Qu’avez-vous mis en place pour garantir la sécurité du public et des personnels du Département ?

Dès le jeudi d’avant le confinement, nous avons organisé, de concert avec l’ensemble des Directeurs Généraux Adjoints, le télétravail pour tous : 1600 agents concernés, une sécurité pour tous. Ce virage a pu être amorcé grâce au déploiement récent de la fibre optique sur 2/3 du territoire mosellan. En raccourcissant les distances de travail, on redécouvre le service public de proximité. Ainsi, en une semaine, tout le monde au Département s’est mis à télétravailler en répondant par téléphone et mail.

Les collèges sont fermés. Vous entendez capitaliser sur le numérique pour assurer le lien entre les élèves, les familles et les professeurs. Quels outils sont déployés ?

Le Département s’est très vite assuré des bonnes conditions d’un accompagnement de l’enseignement à distance des collégiens mosellans afin de garantir la continuité pédagogique. Pour le primaire, l’Espace Numérique de Travail Ari@ne a démarré le 30 mars. Nous sommes pionniers en France dans cette mise en place. L’ENT Ari@ne concerne 600 écoles, 2500 classes 65000 élèves et 4200 enseignants.

Par ailleurs, 7 collèges accueillent les enfants de personnels «prioritaires » à raison de 10 élèves maximum par établissement. Durant les vacances scolaires, ces établissements sont ouverts aussi pour les enfants de soignants.

Les professionnels de la santé sont très sollicités. Qu’a mis en place le Département pour les soulager afin qu’ils puissent se concentrer sur leurs missions ?

Dès les premiers temps de la crise, nous avons mis à la disposition de l’ARS environ 80 000 masques que nous avions dans nos collèges auxquels sont venus s’ajouter 20 000 masques et 2 000 litres de gel hydro-alcoolique en provenance de la Sarre. Dans un second temps, ce sont 600 000 masques que nous avons distribué auprès de 210 sites (établissement médico-sociaux-révolutionnaires EHPAD) sous la coordination du SDIS et répartis sur les 5 territoires mosellans et des EPI (charlottes, tabliers, gants, gel, sur chaussures, etc.)

Les entreprises souffrent également. Avez-vous déjà de premières estimations quant à l’impact de la crise sanitaire sur l’économie départementale ?

Je ne dispose pas de chiffres précis à l’heure actuelle mais j’ai demandé à l’agence Moselle Attractivité de me fournir un état des lieux.

Comment soutenez-vous les entreprises ? Quelles sont les priorités ?

Tout d’abord, il importe de rappeler que le Département est et sera dans son rôle d’agent de proximité pour éviter que l’économie locale ne s’écroule. Ainsi, le Département de la Moselle participe à hauteur de 44 millions d’euros au Fonds résistance, disposition mise en place par la Région Grand Est. Mais aussi, nous garantissons la continuité de paiement de nos fournisseurs. Par ailleurs, nous nous engageons à honorer les projets suspendus par la crise. D’autre part et compte-tenu de la situation du secteur, la collecte des taxes hôtelières a été suspendue. Et pour soutenir nos producteurs, l’agence Moselle Attractivité est intervenue auprès de la grande distribution.

Travaillez-vous également sur « l’après Covid-19 » ? Sans entrer dans les détails car il est bien trop tôt, des priorités ou des nécessités se dégagent-elles déjà ?

Il est clair que nous sortirons profondément changés que ce soit sur le plan social, économique, sanitaire mais aussi humain et politique. Notre département aura plus que jamais besoin de développer une production de proximité. Nous disposions depuis longtemps des ressorts du numérique mais, à la vérité, on ne parlait plus à son voisin… Le numérique doit aussi se transformer en moyen de fixer l’emploi et les populations en zone rurale. Il est clair qu’il va falloir réfléchir à organiser autrement urbanisme et agriculture.

Mais surtout, ce que démontre aussi cette crise, c’est la forte réactivité liée à la totale maîtrise de son territoire qui est l’apanage du Département. Ce fameux millefeuille administratif que tout le monde rejetait il y a peu, s’est révélé salvateur tant nous connaissons nos territoires à la loupe. La suppression des Départements aurait eu de très sombres conséquences dans cette crise du Covid-19.


Tribune conjointe par Stephan Toscani, Président du Landtag de Sarre et Patrick Weiten, Président du Département de la Moselle

La crise du coronavirus met le bassin de vie sarro-mosellan à l’épreuve

Pâques a été différent cette année : les visites familiales chez des amis et des proches sont impossibles pour les Sarrois comme pour les Mosellans. Impossible par exemple de se rendre sur le marché du Vendredi Saint tant apprécié de Bouzonville. Dans la vie transfrontalière quotidienne, des frontières sont soudainement apparues. Cette crise du coronavirus est une épreuve pour l’idéal européen.

Depuis le 9 mai 1950, quand le Père fondateur de l’Europe et icône de notre région frontalière, Robert Schuman, fit sa déclaration sur l’avenir de l’Europe, notre espace s’est développé comme un bassin de vie commun marqué de l’empreinte européenne, où nous sommes parvenus à transformer les désavantages de la frontière en de réelles opportunités. Nous avons construit une Europe concrète en miniature. Vivre et travailler, consommer, étudier et se former des deux côtés de la frontière sont devenus des réflexes naturels pour les Sarrois et les Mosellans.

Mais aujourd’hui, ce sont de nouvelles frontières qui nous séparent. Les mesures vitales de distanciation sociale nous empêchent de nous rencontrer et d’être tout simplement ensemble, comme nous le souhaitons. Ces contraintes ne doivent pas nous empêcher de montrer de la compréhension et de la solidarité les uns envers les autres, de trouver des solutions ensemble. Elles aident les personnes touchées face aux inquiétudes liées à la santé et l’emploi.

C’est tout naturellement et logiquement que l’Eurodépartement de la Moselle et la Sarre agissent et réagissent ensemble de manière transfrontalière et européenne. C’est d’autant plus vrai en situation de crise.

La crise du coronavirus est une épreuve décisive pour nos valeurs communes et elle montre plus encore qu’il est indispensable d’agir de manière plus déterminée, en particulier à l’égard de Paris et de Berlin, quand les sujets concernent notre vivre ensemble dans la Grande Région. Et c’est justement ce que le Landtag de Sarre et le Département de la Moselle ont déjà unanimement souligné dans leurs résolutions adoptées le 16 janvier 2019 à Sarrebruck et le 9 mai 2019 à Metz.

La circulation du virus ne connaît pas de frontières nationales. N’est-il pas logique de la combattre ensemble et de manière transfrontalière ? Là où les cellules de crise et les établissements hospitaliers, les services de police et les forces de sécurité travaillent ensemble, il y a eu des résultats concrets. Le transfert et la prise en charge des patients les plus atteints dans les services de soins intensifs et de réanimation des régions voisines, la mise à disposition réciproque de matériel médical, des mesures communes pour faciliter le travail de nos très nombreux frontaliers, c’est ainsi que l’on combat ensemble le risque de division face à la crise.

Dans cette conscience, nous devons utiliser notre rôle au sein du Comité de Coopération Transfrontalière instauré par le Traité d’Aix-la-Chapelle et qui s’est récemment constitué. Cette crise nous impose d’inventer le monde de demain. Nous devons réfléchir, dans la construction de nos politiques, à l’impact de nos décisions pour nos voisins. C’est ainsi que nous créerons une plus-value européenne et la cohésion, qui caractérise notre espace transfrontalier sarro-mosellan et le rend si unique.