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Dans la vie comme sur scène, Jean-Luc Kockler est ce qu’on appelle un touche-à-tout. Auteur, compositeur et surtout musicien dans l’âme, le natif de Thionville récolte son bonheur dans l’instant béni du live. Comme sur sa page Facebook, où il a combattu le confinement imposé par le coronavirus en chantant ses textes, mais aussi ceux des autres.

Si la vie de Jean-Luc Kockler devait se résumer à une chanson, ce serait sans doute Tout pour la musique de France Gall. « Je crois que je suis avant tout un musicien », clame cet auteur-compositeur-interprète jovial, dont les racines sont solidement ancrées à Thionville, ville du Nord Mosellan à laquelle il a toujours – ou presque – été fidèle. Il vit d’ailleurs dans la maison de ses parents, et glisse, en souriant, qu’il dort dans la chambre où est mort son grand-père maternel, en 1975. Comme souvent chez les artistes, la famille lui a transmis une flamme, et la passion a fait le reste. Avec un père ténor, guitariste et trompettiste à ses heures, l’enfant qu’il était a vite emboîté le pas. « Il paraît que je n’arrêtais pas de chanter. » À 8 ans, il tâtait de son premier instrument. Un harmonica. « Je jouais à l’oreille. »

Viscéralement attaché aux notes et aux mélodies, Jean-Luc Kockler n’est pas du genre à formater son existence. La sienne déborde du cadre, comme cette chevelure désordonnée qui témoigne de sa nature profonde, de cette liberté revendiquée chevillée à ses boucles. « Je serai un éternel révolté jusqu’à mon dernier souffle. Faire le mouton, ça n’est pas mon truc. » Professionnellement, « Je serai un éternel révolté jusqu’à mon dernier souffle. Faire le mouton, ça n’est pas mon truc. »il a connu plusieurs vies, tantôt ingénieur, prof ou salarié du milieu hospitalier. Musicalement, c’est la même tendance. Son âme d’artiste volage le porte à métisser son répertoire, avec notamment une incursion dans le jazz, genre avec lequel il a chanté Nougaro, accompagné du pianiste messin Jean-Sébastien Grunfelder. Le tout en évitant l’ornière de la reprise brute, lui qui aime tant cuisiner à sa sauce la prose des autres.

Grand improvisateur, Jean-Luc Kockler est aussi un boulimique, lui qui compte plus de 150 compositions à son actif, pour l’essentiel inspirées de son propre vécu. Au fur et à mesure de son parcours, il a semé 8 albums, dont 6 sous son nom, à commencer par le premier, États d’Homme, bâti en 1995 sur des textes du poète algrangeois Alphonse Pensa. Le 10 mai dernier, il achevait une tournée un peu particulière, sous la contrainte d’un ennemi invisible et sournois qui allait taillader [mais pas seulement] le monde de la culture. Quand le COVID-19 est venu semer la pagaille, le guitariste et claviériste a dû comme beaucoup faire avec. Il en convient, le choc a été rude à encaisser, lui qui puise son adrénaline dans le contact avec le public. Pour compenser cette carence, il s’est lancé dans un marathon de chansons. Durant 45 jours, vers 18h, il a offert un mini live sur sa page Facebook, en proposant des chansons de son cru, mais aussi issues d’artistes qu’il aime beaucoup. Trente-neuf auteurs, de Brel à Barbara, en passant par Brassens, Yves Jamait ou encore Bashung (qui a inauguré sa saga sur les réseaux sociaux), se sont ainsi succédé durant ce tour de chant baptisé « Je suis en première partie de… ». De son propre aveu, l’expérience a été salutaire. « Ces concerts étaient ma seule activité, ça m’a permis de garder la tête hors de l’eau. » Elle lui a aussi donné des idées. « Je songe à proposer un rendez-vous hebdomadaire, peut-être sous une formule batterie-chant. » Plus tard, il projette de plancher sur un nouvel album avec l’aide d’un ami proche, qu’il a sollicité pour les textes, où il souhaite aborder des faits sociétaux comme le harcèlement moral.

Avec le déconfinement amorcé, Jean-Luc Kockler espère désormais rattraper le temps perdu. L’été sera propice à la création pour cet homme bien décidé à rebondir, impatient de remonter sur scène dès que cela sera possible. « J’ai très envie de me remettre à écrire et à recomposer des choses », conclut-il. Au nom de cette musique qui l’a contaminé il y a bien longtemps.

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