Daniel Clowes, l’un des maîtres de la bande-dessinée indépendante américaine, met fin à trois ans d’attente avec Patience, une aventure barrée à souhait entre drame amoureux et science-fiction. Chez Cornélius.

Daniel Clowes aime se réapproprier les codes de la culture populaire : David Boring et Comme un gant de velours pris dans la fonte empruntaient au thriller en lui injectant perversité et mystères tout droits sortis d’un film de David Lynch, tandis que Le Rayon de la mort revisitait l’univers des super-héros. Son successeur, Patience, revêt les atours de la science-fiction et du polar pour une nouvelle histoire génialement tordue.

Patience et Jack, jeune couple aimant bien que fauché, attend son premier enfant. Tout s’annonce pour le mieux avant que Jack ne retrouve Patience assassinée. Vingt ans plus tard, dans un futur kitsch qui semble issu de l’esprit d’un auteur de SF sous acides des années 60, il fait toujours chou blanc. Empli de rancœur et de désespoir, il découvre alors l’existence de la « sauce », une substance lui permettant de voyager dans le temps. Plongeant dans le passé de Patience, Jack traque quiconque serait susceptible de faire du mal à sa bien-aimée, quitte à interférer avec le cours des événements ; un ressort classique des histoires de voyage dans le temps que Clowes utilise ici avec brio, faisant une nouvelle fois la preuve de son talent de conteur.

Étrange et fiévreux, Patience complète à merveille la galerie Clowes, peuplée d’humains bizarres et pathétiques aux tronches tordues s’agitant dans l’arrière-boutique du rêve américain. La recherche d’équilibre et d’affection dans un monde hostile et incompréhensible reste le thème central de l’auteur, qu’il décline à nouveau ici avec son style graphique ample, dérangeant, où le diable se niche toujours dans les détails, aussi coloré que l’atmosphère est glaciale et absurde. Jack, ange gardien vengeur et tourmenté, constitue l’un de ses personnages les plus attachants, un loser de plus avançant toujours plus profondément dans le brouillard, et qui ne laisse personne indemne. Pas même le lecteur