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« Mon activité et ma structure d’audit fonctionnaient bien, je gagnais très bien ma vie mais je tournais en rond, je ne m’épanouissais pas ». Cédric Gouth entre en politique en 2014, à 33 ans. Il est conseiller municipal puis maire de Woippy, 9ème ville de Moselle (14 000 habitants) et 2ème vice-président de Metz Métropole (230 000 habitants) chargé du Développement économique. Il est un des hommes clés de la galaxie Grosdidier, fidèle à son mentor mais « pas pantin ». À Woippy, il a imposé son style et tente en douceur la même opération à la Métropole, sur l’air du petit à petit… « Avant de penser à l’international, consolidons nos bases. Quand elles ne sont pas solides, on ne fait rien d’efficace ».

Le pays de Bitche l’a vu naître et grandir, aller à l’école de Bettviller puis à l’Institution Sainte-Chrétienne de Sarreguemines où sa maman enseignait, quand elle ne s’occupait pas de son père, un Malgré-nous(1) blessé sur le front russe et paralysé. Quand d’autres, à la question des sources d’inspiration, étalent la moitié de la pléiade, Cédric Gouth fait simple, il cite ce grand-père maternel, Alfred Kneipp : « C’est la personne qui m’a le plus appris à relativiser les choses, il m’a appris à me poser les bonnes questions, à prendre de la hauteur. Il ne se plaignait jamais de rien, il disait que la vie est magnifique, bien qu’il soit en chaise roulante. Souvent, je pense à lui ». Certainement a-t-il puisé dans l’art de ce grand-père pour poser la pierre angulaire de sa façon de faire : « comprendre un problème, dialoguer, trouver les solutions ». En classe de première, il intègre le lycée Fabert de Metz. Comme à toutes les étapes de sa vie, les anecdotiques ou les essentielles, il colle des visages, martèle que le contact humain est son carburant. À Fabert, il associe « un professeur de mathématiques qui [l’a] beaucoup marqué », par ailleurs citoyen woippycien auquel il a récemment remis – avec fierté on imagine – un diplôme des maisons fleuries. Sa galerie de portraits s’ouvre ensuite sur le visage de son père. Pendant dix ans, ils font le même métier, dans le commerce de l’automobile. Cédric Gouth décrochait auparavant deux diplômes, ICN à Nancy et DESS en direction et gestion des ressources humaines. Il crée et codirige avec sa sœur une entreprise d’audit et conseil en entreprise quand arrivent 2013 et une conversation avec François Grosdidier, alors maire de Woippy : « À la fin de l’année 2013, il me propose d’entrer dans l’équipe municipale. Je dis non car j’étais un jeune papa. Il revient à la charge plus tard, en toute simplicité comme il sait le faire, et finalement j’accepte, à deux ou trois mois du dépôt de liste. Mais nous concluons un accord : si ça ne m’intéresse pas, je pars et si tu trouves que je ne suis pas à ma place, tu me le dis ». Le voilà conseiller municipal délégué Trois actions principales le mobilisent aujourd’hui en interaction avec Metz Métropole : les Halles de Woippy, intégrant à terme une piscine métropolitaine, « une voirie davantage en mode doux, avec notamment des pistes cyclables » et le monorail, projet colossal sur lequel il fait un pari et prend le risque de s’engager avec enthousiasme.aux sports : « Le contact humain est énorme dans ce milieu, il y a un côté très familial et fraternel que j’aime. Ce sont deux années où je me suis vraiment épanoui ». Rebelote en 2017. François Grosdidier s’apprête à rempiler au sénat, ne peut cumuler avec la fonction de maire et déboule avec sa question chez Cédric Gouth : « Est-ce que ça t’intéresserait de prendre la suite ? Tout le monde me cite ton nom ». Sa réponse est l’écho d’un choix familial : « J’en ai discuté avec mon épouse, qui exerce un métier contraignant, à l’hôpital de Mercy, je l’ai prévenue qu’on se verrait moins ». Un dimanche d’octobre 2017, il est élu maire(2). « Je me souviens du lundi, la première fois où je suis arrivé dans mon bureau, je ne me suis pas assis dans le fauteuil de François mais en face. C’est difficile de lui succéder ». Il apprend vite et s’installe : « Je me suis dit simplement : je vais faire à ma manière. Et ma façon de faire, ce sont les échanges et la proximité. J’adore le terrain et le contact avec les gens, je vais donc travailler à partir de là ». Pourtant, comme un chewing-gum sous la basket, l’image de maire-bis lui colle aux basques pendant trois ans. Il vogue habilement et sereinement, entre la fidélité sans faille et l’indépendance : « Toute cette histoire est très limpide et je n’ai jamais eu de crainte. J’ai d’ailleurs dit à François que je ne voulais pas être son pantin. Tout s’est passé normalement, il m’a donné les clés du bureau et remis ses archives. Lui et moi, c’est une histoire de confiance. Nous ne sommes pas forcément d’accord sur tout mais on échange beaucoup et chacun est suffisamment intelligent pour se dire que l’autre a peut-être raison. On se dit les choses les yeux dans les yeux, sans arrondir les angles. Cette franchise nourrit notre amitié et notre proximité ». Réélu en mars 2020, dès le premier tour avec 75% des voix et une équipe renouvelée, Cédric Gouth est le patron. Pas super fan des slogans éculés sur le changement, il roule sur une idée assez inhabituelle, presque villageoise et familiale, du développement de sa ville : « Mon idée n’est pas de développer Woippy en nombre d’habitants mais sur du service aux habitants. Il ne faut pas que la ville change trop. Nous sommes à près de 15 000 habitants, nous savons qu’avec les deux nouvelles zones d’habitat on atteindra les 17 000, mais il faut qu’on reste suffisamment proches les uns des autres, à moins de 20 000, avec une gestion familiale ». Trois actions principales le mobilisent aujourd’hui avec son équipe, en interaction avec Metz Métropole : les Halles de Woippy, intégrant à terme une piscine métropolitaine, « une voirie davantage en mode doux, avec notamment des pistes cyclables » et le monorail (lire par ailleurs), projet colossal sur lequel il fait un pari et prend le risque de s’engager avec enthousiasme. Sa capacité à en faire une réalité, ou une arlésienne, devrait peser dans le futur bilan de ce jeune et prometteur 2ème vice-président de la Métropole.

(1) Mosellans et Alsaciens incorporés de force dans l’armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale.
(2) François Grosdidier reste conseiller municipal de Woippy de 2017 à 2020, année de son élection à la mairie de Metz et à la présidence de la Métropole.

Le monorail, une arlésienne ? Pas si sûr !

Modeste et discret, Cédric Gouth sait être aussi mordant et détonnant. Deuxième vice-président de Metz Métropole, il entend d’abord « identifier et consolider nos bases et renforcer nos atouts » : « C’est une vision issue de mon vécu professionnel. Il faut se recentrer sur la proximité, n’allons pas trop loin en termes de vision, développons-nous d’abord à l’échelle Sarre-Lor-Lux, comme on le faisait dans le temps, c’était très efficace ». Une vision locale et mesurée qui ne semble pas l’enfermer : il ne s’interdit pas les projets d’ampleur, ceux qui auréolent une carrière, ou la dézinguent, et potentiellement bouleversent l’image d’une ville et d’une région. Le maire de Woippy et vice-président à l’Économie de la Métropole ne font plus qu’un. Il est celui qui a remis en haut de la pile le dossier Monorail (cher à Anne Grommerch, maire de Thionville disparue en 2016), ce train suspendu le long de l’A31 pour désengorger la route et le train, solution géniale pour les uns, envie fantaisiste pour les autres. Cédric Gouth y croit et se paye même l’audace d’étoffer l’idée originelle : « Ce n’est pas LA solution, c’est UNE solution. L’idée est de proposer d’aller au-delà de la ville de Luxembourg, plus au nord, car ils n’ont pas d’autoroute qui passe vraiment sur le nord-est. J’ai la même approche pour le sud, il faut aller plus loin que Nancy, vers les Vosges. Nous en sommes aujourd’hui à l’étape des mises en relation. Il va falloir qu’on se mette tous autour d’une table, présidents de la Région, du Département, de la Métropole, du Sillon lorrain… Il faut qu’on donne un même son, qu’on porte la même envie, la même vision. Ce n’est pas utopique, ça fonctionne déjà, nous avons deux exemples concrets en Chine et un au Brésil ». Mettre autour de la table et pêcher les bonnes idées forment un premier pilier de la méthode Gouth. Il compte l’appliquer à la Métropole. « Il ne faut pas se figer et se fixer une seule idée, et il faut aller puiser ailleurs. Moi, ça ne me dérange pas de copier. Si un projet fonctionne ailleurs et que ça peut marcher ici, je suis fan ». Prendre du champ, et de la hauteur, comme disait son grand-père…