Entre salles de concerts et théâtres, Emanuel Bémer façonne sa chanson au service d’une perpétuelle quête de sens. Avec Je est une autre, il livre un album assorti d’un spectacle musical sur la condition féminine, où sa poésie percutante constitue un vibrant appel à l’éveil des consciences.

Le dernier projet d’Emanuel Bémer voit le jour dans un contexte que l’on peut juger ou non favorable : l’actualité peut aussi bien mettre en lumière qu’éclipser Je est une autre. Il a écrit ses chansons, qui abordent les questions de l’image de la femme, du harcèlement, de la société patriarcale, durant ces trois dernières années. « Je pense que c’est plutôt une bonne chose d’avoir eu du recul par rapport au contexte médiatique actuel » remarque-t-il. Des sujets qui s’inscrivaient jusqu’à présent en filigrane de sa carrière sont au cœur de son troisième album, où il n’hésite pas à livrer des chansons longues et denses, hors des formats classiques arbitraires fixés autour de trois minutes. « Le cerveau humain ne s’arrête pas de fonctionner après le temps de cuisson d’un œuf à la coque » note-t-il avec un sourire.

Comment j’m’habille Maman ou T’es pas assez féminine parlent de ces fripes qui définissent une femme bien plus qu’un homme, Bouche bée des regards pesants, Au Swaggistan de l’hypocrisie ambiante, Honneur aux dames  de la violence physique subie partout dans le monde. « J’ai essayé de me mettre dans la peau d’une femme, à tâtons, prudemment, décrit Emanuel Bémer. Je parle surtout de toutes ces oppressions inconscientes que subissent les femmes, et que parfois elles s’infligent à elles-mêmes. » Il explique qu’en tant qu’homme, il lui a fallu effectuer sa propre quête de légitimité, s’interroger sur lui-même. Je est une autre aborde sur tous les tons l’oppression sous toutes ses formes.Dans Un mec qui en a, Emanuel a aussi choisi de parler de ces mâles qui cherchent leur place après une éternité de patriarcat absolu. « L’homme actuel navigue à vue. La figure virile n’a pas changé depuis l’Antiquité : comment tu fais quand tu as vu ton père et ton grand-père agir en patriarches ? » Ses textes sont affûtés, frontaux, violents parfois, jamais sentencieux ou moralisateurs ; la drôlerie y est souvent une arme. Emanuel Bémer balance. « Et derrière, ça envoie aussi » note-t-il au sujet de ses musiciens, dont une batteuse (« c’était important de choisir une femme à cet instrument viril par excellence »). Envolées au saxophone, à l’accordéon ou au piano, rock échevelé ou atmosphérique, ballades au ralenti… Je est une autre aborde sur tous les tons l’oppression sous toutes ses formes.

À mi-chemin entre musique et théâtre, Emanuel a travaillé en 2010 avec la metteur en scène Julia Vidit sur Bon gré mal gré et a exporté partout dans le monde L’Impossible Anthologie de la chanson française, spectacle musical présenté à Avignon en 2015 et qui lui a véritablement ouvert les portes des théâtres. C’est à nouveau cette identité qu’il revendique pour Je est une autre, dont il voit les chansons « comme de petites pièces », travaille des jeux de scène, crée des costumes… « J’aime travailler dans les théâtres, où tu peux passer une journée à bosser sur tes lumières. Ce n’est pas toujours évident de trouver sa place à la fois dans les programmations des théâtres et des salles de concert : on peut me trouver successivement « trop musical » ou « trop théâtral » mais mon idée a toujours été de proposer un projet global. » Il emprunte d’autres codes au spectacle vivant en échangeant en amont avec des femmes ayant voté pour la première fois après-guerre et en organisant des ateliers en milieu scolaire autour des thèmes de Je est une autre. Une idée de transmission qui est au cœur de ce nouvel album et d’un « tour de chant » où les mots dénoncent mais appellent avant tout, comme le clame l’un de ses titres, à La Grande réconciliation.  

Les 22 et 23 février au Théâtre Ici & Là à Mancieulles,
le 14 avril au Trait d’union à Neufchâteau.
www.emanuelbemer.com