Au sein de Nos Tribus, leur société de films documentaires, Julia Richard et Florian Tonnon s’intéressent au monde du travail et à ceux qui tentent de faire concilier leurs valeurs avec le système en place. Un exercice de documentation mais aussi d’apprentissage pour ces jeunes vidéastes messins, qui cultivent l’art d’interroger mais aussi celui de se remettre en question.

« On voulait raconter de belles histoires, des histoires optimistes ». C’est sur cette phrase que s’ouvre le premier documentaire de Julia Richard et Florian Tonnon, sorti l’an dernier et aujourd’hui accessible librement sur leur site web. Baptisé Nos Tribus, il nous emmène à la rencontre d’artistes, d’agriculteurs, de militants, de commerçants, tous à la recherche d’une alternative pour vivre, au moins un peu, en dehors du système. Par la permaculture, la récupération ou tout simplement en cultivant une parole libérée, tous ces acteurs sont membres de « tribus post-modernes », terme qui a inspiré le nom du collectif : « Ce sont des gens qui ont des valeurs communes, qui vivent dans un monde ouvert et connecté mais finalement au sein de groupes fermés : on voulait rassembler ces gens qui devraient se rencontrer. » Sur ce premier essai, Julia et Florian portent un regard plutôt critique. Au sortir de leurs études, Beaux-arts pour elle, Information et communication pour lui, ils ont tout fait eux-mêmes : son, image, écriture, production, diffusion. « On a appris qu’il fallait une équipe pour faire un documentaire ! sourient-ils. Il a fallu également se familiariser avec le monde des producteurs, et on s’est rendu compte de nos lacunes techniques… c’est un peu un film d’étudiants, mais il nous a donné l’envie de continuer. »

S’ils avouent être désormais un peu moins convaincus par la possibilité de raconter des « histoires optimistes » (« on est devenus moins idéalistes » glissent-ils), Julia et Florian continuent à approfondir leur sujet avec leur propre société de production, baptisée du nom de leur première œuvre. Actuellement, ils travaillent à un nouveau projet, nom de code Work In Progress, une série d’interviews audio comme matière première et prélude à de futurs projets. C’est à nouveau le rapport au travail qui est questionné au sein des quelques épisodes déjà en ligne, premiers éléments d’une sorte de « saison-test » : le témoignage d’une serveuse et d’un manager, d’un scénariste-dessinateur, d’une militante communiste banquière au Luxembourg… « Nos Tribus évoquait un espoir, Work In Progress plutôt la question de comment concilier ses valeurs avec la réalité du monde du travail, décrivent Julia et Florian. Chacun a son histoire du milieu professionnel. »

Julia et Florian ont également la leur, d’histoire : leur activité les a amenés eux aussi à s’interroger sur leur place dans le monde du travail. Anciens militants des Jeunesses Communistes désormais peu convaincus par les dogmes et les certitudes, ils apprennent à faire des concessions afin de faire tourner leur jeune structure. « Indépendants, on a accepté de se battre pour faire un métier qui nous ressemble, mais il y a une pression énorme. Nous sommes en pleine phase de construction. » Le goût du dialogue, de l’écoute, l’ouverture d’esprit sont aisément perceptibles chez Julia et Florian : tout ce qu’il faut pour donner à leurs projets une réelle valeur documentaire et humaine. Ils ont aujourd’hui en tête un projet de documentaire autour de l’auteur et dessinateur Jean Chauvelot, l’un de leurs récents interlocuteurs pour leur série de témoignages audio. « Work In Progress permet de parler en profondeur du rapport que l’on entretient avec le travail, expliquent-ils. Les gens qui les écoutent peuvent se dire « je ne suis pas seul » : ce besoin de solidarité, de se parler, de se rassembler, on voit bien qu’il est indispensable dans nos sociétés actuelles. ».

www.nostribus.com