© Illustration : Philippe Lorin

Christian Poncelet est décédé le 11 septembre 2020 à Remiremont, ville qu’il portait plus que tout dans son cœur, dans ses tripes. Né dans les Ardennes en 1928, il vit une enfance seul avec sa mère, femme de ménage, après que son père ait pris la poudre d’escampette. Il intègre les PTT en 1950 et milite à la CFTC. Il débarque dans les Vosges au début des années soixante, dans les pas d’Yvette, son épouse, native de Saulxures-sur-Moselotte et rencontrée à la Poste. Dans les Vosges, « Ponpon » allume une ascension ininterrompue et inédite dans la République. Aucun élu vosgien – pas même les ministres et promis aux grandes carrières, les Séguin, Pierret, Stoléru – ne parviendra à modérer son appétit d’alpinisme électoral. De 1962 à 2011, Christian Poncelet empoche tout, ne perd aucune élection, jouant des réseaux, maniant l’art du tutoiement et de la tape sur l’épaule, se taillant une statue de maître ès copinage. Habile aventureux, il multiplie les conquêtes, cumule les mandats : député, maire de Remiremont (1983-2001), conseiller général (1963-2015), président du Conseil général (1976-2015), conseiller régional, sénateur (1977-2014), président du Sénat (1998-2008), ministre (dans les gouvernements Messmer, Chirac et Barre) et même un peu eurodéputé. Son retrait de la vie politique en 2015 sonne la fin d’une ère. Avec Pierre Bérégovoy, l’ouvrier ajusteur-fraiseur devenu Premier ministre, Christian Poncelet incarnait la méritocratie, concept et époque préhistoriques… quand la fortune, le diplôme ou le bon sang ne suffisaient pas pour accoucher d’un ministre. « Il devait tout à son mérite, à son travail et à sa générosité et non à une petite cuiller en argent », relève Jean-Robert Pitte, Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques où siégeait Christian Poncelet. L’homme était un duel. Romanesque, ami de Mendès-France, on le disait à Paris « gaulliste de gauche ». Il était redoutablement RPR dans les Vosges.Il aimait moquer les énarques et arborer avec fierté son passage par l’École Nationale professionnelle des PTT. L’homme était un duel. Romanesque, ami de Mendès-France, on le disait à Paris « gaulliste de gauche ». Il était redoutablement RPR dans les Vosges : un Pasqua de l’Est, efficace, tenace et teigneux. Papy gâteau doué d’une géniale empathie, il aimait la rencontre et demeurait tout au long de sa carrière proche des gens. Tonton flingueur, il torpillait avec plaisir un opposant prenant de l’étoffe ou un affidé au penchant traître, tout ce qui embrumait sa ligne bleue. Rien n’était lisse chez Christian Poncelet, caractère en relief, comme les Vosges. Attachant, drôle et parfois brutal, trublion et père tranquille, gueule d’acteur et gouaille de camelot, le renard savait manier le verbe et redoutait qu’on le prenne de court. Il emmenait avec lui sa besace de petites phrases prêtes à partir. À celui quémandant un rabiot de subvention, il opposait l’indiscutable : « Même la plus belle femme du monde ne peut donner plus qu’elle n’a ». Rigolades, petits fours, blancass, même à la millième représentation, l’adage ponceletiste faisait mouche. Il emballait magistralement… jusqu’en 2011 où il perd la main. Usé, visé par une enquête du parquet de Paris pour « trafic d’influence », il frôle la sortie de route. Il est réélu président du Conseil général au bénéfice de l’âge, face à un de ses vice-présidents. Il assiste, groggy, à la renaissance de la guerre des droites, lâcheurs contre derniers fidèles. Quelle empreinte Christian Poncelet laissera-t-il ? À Remiremont, il est l’homme providentiel. À cette petite ville, charmante mais au bout du bout des Vosges, il a offert le TGV et des services à la hauteur d’une ville-préfecture. Il a désenclavé les Vosges, sans réussir vraiment à les rendre plus attractives. Arroseur arrosé en quelque sorte, son intransigeance vis à vis de maires opposants a freiné ses ambitions pour le Département. Au Sénat, on retient une plus grande ouverture de la Haute assemblée et la création de la chaîne Public Sénat (aujourd’hui LCP). Christian Poncelet lègue l’image d’un dernier des Mohicans, l’ultime d’une République démodée mais heureuse et bonhomme.