Beau, troublant, malin, L’Éveil lance un appel : réveillez-vous. Même si l’illusion proposée par Vincent Zabus et Thomas Campi est plus que séduisante. Chez Delcourt.

Dès la première case, on ne peut pas le rater : il y a un monstre au-dessus de Bruxelles, à moins qu’il n’existe que dans l’esprit d’Arthur, angoissé permanent toujours persuadé qu’une catastrophe est imminente. Il n’empêche, ces traces de pas géantes, ces griffures sur les murs de la ville, il ne peut tout de même pas les avoir imaginées ? Pas comme ces inconnus, ces proches voire ces personnages de fiction qui apparaissent pour l’interpeller, ces phénomènes qui occupent l’espace et matérialisent ses interrogations… on est vite rassurés lorsque Arthur s’adresse directement à nous comme pour nous dire : ne vous inquiétez pas, ce n’est que de la bande dessinée.

Brisant régulièrement le quatrième mur, jouant avec les codes de la BD (par exemple ce lettrage qui s’invite, à chaque chapitre, dans le décor), L’Éveil débute comme une réjouissante expérience de lecture : l’écriture de Vincent Zabus et le dessin de Thomas Campi opèrent une union parfaite pour mieux nous captiver. L’album prend une nouvelle tournure dès qu’Arthur rencontre Sandrine, une jeune militante bien décidée à lui ouvrir les yeux sur le monde qui l’entoure ; à moins qu’elle ne soit elle aussi le fruit de son imagination. Drôle et grinçant, sans pitié pour son attachant personnage principal, magnifiquement colorisé et surprenant de bout en bout, L’Éveil nous fait, nous aussi, hésiter : préfère-t-on parcourir le labyrinthe de l’esprit d’Arthur ou tenter l’aventure du monde réel ? Que vous soyez séduit par le médium ou par le message, on vous conseille sans hésiter la lecture de l’un des albums les plus inventifs de la rentrée.