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Puzzle, projet hybride initié par la Ville de Thionville, ouvrira ses portes le 1er octobre. Tourné vers le numérique, il est à la fois médiathèque, lieu de création, d’exposition et de partage des connaissances, autour du concept novateur de 3ème lieu.

À l’image de son architecture ouverte et moderne, Puzzle déploie dans ses 4 500 m² un important fond documentaire au sein de sa médiathèque, de nombreux matériels numériques et des expositions d’arts visuels organisés par le Centre Jacques Brel. Au sein d’espaces multiples pourront se développer divers usages : de la consultation des connaissances à leur mise en pratique, la notion de partage et d’échange est au centre de sa philosophie. « Puzzle est en quelque sorte un réseau social réel, où tout est en réseau, organique, définit sa directrice Sylvie Terrier. Il ne s’agit pas de superposer des lieux et des usages, mais de les croiser : ce que nous appelons notre Fil rouge numérique, entre contenus dématérialisés et création, essaime ici partout. »

Le concept de base de Puzzle est celui formulé par le sociologue Ray Oldenburg et baptisé 3ème lieu : le premier lieu étant la maison, le deuxième le travail, le troisième désigne un espace de sociabilité informelle, convivial et source de multiples expériences. « Un 3ème lieu propose un accompagnement culturel et artistique qu’on ne trouve pas sur Internet ». Pensé dans sa forme comme une toile donnant un accès naturel à tous ses espaces et aux pratiques qui y dont liées, ce 3ème lieu doit être une source vivante d’interactions. « Puzzle n’est pas un temple du savoir : il y aura une place pour chacun et chacun y trouvera sa place, ce sera un lieu de ressources que le public pourra s’approprier. » souligne la directrice.

Emprunter ou consulter un ouvrage, un roman ou une bande-dessinée, utiliser les ateliers de création numérique, venir voir un film, jouer à un jeu vidéo, admirer une exposition d’art numérique, venir présenter ou découvrir des innovations technologiques, profiter d’une boisson sur l’accueillant toit-terrasse… les possibilités sont nombreuses, peuvent se combiner, sans jamais se limiter à une simple consommation, grâce à un travail de médiation. 

« À la question : « à quoi sert une médiathèque à l’heure d’Internet et de la démocratisation des outils numériques ? », je réponds qu’un 3ème lieu propose un accompagnement culturel et artistique qu’on ne trouve pas sur Internet » explique Sylvie Terrier. Plus que la médiathèque de demain, Puzzle aspire à incarner une idée de communauté, en réseau avec les autres structures culturelles thionvilloises, et à devenir un véritable pôle d’attraction pour tous. 

1, place André Malraux à Thionville
www.thionville.fr/PUZZLE_la_piece_numerique


3 QUESTIONS À … JACKIE HELFGOTT, ADJOINT À LA CULTURE DE LA VILLE DE THIONVILLE

Jackie Helfgott (©DR)Comment va s’exprimer l’identité particulière de Puzzle, en plus de proposer de nombreux contenus ?

Il ne faut pas que Puzzle ne soit qu’une super-médiathèque. Conformément au concept de 3ème lieu, nous souhaitons que ce soit un lieu de vie, un élément actuel et moderne de la vie culturelle et un témoin de son évolution. Il y a un cheminement à faire pour le visiteur au sein de Puzzle : à travers les différentes « bulles » consacrées à la littérature, au cinéma, à la bande-dessinée, on pourra basculer vers le numérique… avec l’architecture comme une véritable invitation.

Une fois ce concept posé, comment comptez-vous faire vivre le lieu ?

Le principal challenge désormais est que les Thionvillois s’approprient Puzzle, ce sont eux qui le feront vivre. Ce bâtiment, lorsqu’on y circule, est très ouvert, notamment sur l’extérieur ; il faut que les usagers ressentent cela, qu’il aient envie de découverte, d’un véritable parcours initiatique. Les équipes qui animent le lieu auront un grand rôle à jouer.

Puzzle est aussi axé autour du numérique, avec des espaces dédiés à la création notamment. C’est le signe le plus distinctif du lieu en comparaison des autres structures culturelles locales ?

Il manquait un lieu dédié aux arts numériques, c’est certain. Mais Puzzle trouvera sa place au sein d’un réseau, celui tracé par LornTech dans le sillon lorrain, avec TCRM-Blida à Metz par exemple. Il a également vocation à lier le monde de la culture à celui de l’entreprise. Après cette naissance, il y a une éducation à faire, un concept à faire évoluer.


pièce puzzle (©dr)DANS VOTRE BULLE

Les Bulles, ces modules à la fois ouverts et constituant de petits mondes à part, sont particulièrement évocateurs de l’identité de Puzzle, organique et multifonctionnelle, car « il n’y a pas de barrières au sein de Puzzle » rappelle Sylvie Terrier, la directrice. La Bulle (re)Play invite à revisiter l’histoire des jeux vidéos comme à profiter des titres les plus récents et de la réalité virtuelle. La Bulle rose, douce et colorée, est destinée aux enfants, côtoyant les reliefs architecturaux de l’univers Jeunesse. Le Cortex, dédié aux ateliers, peut à défaut devenir votre salle de lecture ou de travail, à moins que vous ne préfériez le confort du Chalet, tapissé de liège et chauffé par une cheminée… enfin, descendez dans la Caverne, l’espace de projection de Puzzle qui sera animé en partenariat avec le cinéma La Scala.

UNE PIÈCE À EXPLORER

L’architecture de Puzzle, tout en courbes, en pleins et en déliés parcourus de larges baies vitrées constitue une invitation à l’exploration : l’attrait de la forme devait rejoindre celui du fonds. « Il s’agissait de proposer quelque chose de ludique, explique Dominique Coulon, architecte du projet. Nous avions envie que la ville et le bâtiment s’interpénètrent : c’est pour celui-ci devait être de plain-pied. Notre souci premier a été la fluidité, et l’idée de transparence entre les différents espaces. » L’environnement intérieur regroupe des entités aux personnalités distinctes mais avec un souci de cohérence et d’ouverture les unes sur les autres. « Les ergonomies y sont diverses, au niveau du confort, des conditions de travail, invitant à se rassembler, et où chacun pourra y trouver ses préférences » précise l’architecte.

ARTS INTÉGRÉS

Le Centre Jacques Brel, acteur thionvillois majeur dans le domaine des arts plastiques, prend ses quartiers à Puzzle et se tourne vers les arts visuels et numériques. Sa programmation, en lien avec la nouvelle structure, investira quatre espaces d’exposition aux caractéristiques distinctes, dont un “cube noir” de 300 m² modulable. Le Centre animera également un atelier d’arts plastiques, les savoir-faire socio-culturels de ses animateurs rejoignant ceux du personnel de Puzzle. En intégrant et en questionnant la dimension technologique présente dans l’art actuel, le Centre Jacques Brel, né en 1972, s’ouvre plus que jamais à la jeunesse et à la nouvelle création, poursuivant ainsi son développement dans la lignée d’une longue histoire de rencontres artistiques, de découvertes et de partage.

UN MONDE DE CONTENUS

Autour du Forum de Puzzle, dédié aux « usages rapides » (consultation de la presse papier et en ligne, jeux vidéos, café), la médiathèque regroupe sur 1500 m² des livres, revues, CD, DVD, vinyles en accès libre, contenus physiques côtoyant contenus dématérialisés pour une offre de plus de 100 000 documents. Elle est divisée en quatre univers (jeunesse, science et société, littérature, image et son) pour autant d’atmosphères différentes, parsemée de recoins invitant à se plonger dans les connaissances et les images, de “bulles” et de mobilier tout en courbes. La médiathèque propose aussi l’accès à des ressources d’apprentissage et à des magazines en ligne. Visionner un film installé dans un salon, s’attabler ensemble ou s’installer dans un fauteuil suspendu… un lieu ouvert et modulable selon les envies et les besoins.

PLACE À LA CRÉATION

Trois studios de création numérique proposent de nombreux équipements et un accompagnement aux visiteurs désireux d’y développer leurs projets. Equipés d’ordinateurs, de tablettes graphiques, de matériel dédié au mixage et à la production sonores, ils mettent aussi à disposition des créateurs des ordinateurs portables, des appareils photo numériques ou du matériel vidéo, son et lumière. Loin d’être des lieux fermés, ils pourront être utilisés pour des ateliers afin de sensibiliser les publics aux outils numériques et à leur utilisation, par exemple la protection des données personnelles ou l’usage des logiciels libres (gratuits, laissant la communauté libre d’en modifier le code) installés sur tous les ordinateurs de Puzzle. Un équipement en réseau qui n’a rien à envier aux plus grandes structures françaises tournées vers le numérique.

SAVOIR-FAIRE À EMPORTER

La médiation est un enjeu essentiel au sein de Puzzle : en plus des bibliothécaires formés aux nouveaux usages, des spécialistes du numérique doivent aider le public à progresser dans ces univers : « à Puzzle, on peut certes repartir chez soi avec un livre, mais aussi et surtout avec un savoir ! » note la directrice Sylvie Terrier. Des temps de rencontre, des formations, des ateliers hebdomadaires, master class et stages seront organisés, en direction des néophytes comme des initiés. Les thématiques sont amenées à changer souvent afin de varier les propositions et de répondre aux différents besoins des visiteurs. À l’image des studios de créations, le Cortex pourra servir d’atelier et accueillir ces moments de découverte. Autant d’étapes le long du « Fil rouge numérique » qui traverse Puzzle.

VISIONS ÉLARGIES

Outre les six expositions d’inauguration et l’espace permanent dédié à l’artiste thionvillois Claude Weisbuch, qui sera régulièrement renouvelé, Puzzle accueillera régulièrement expositions et événements liés aux arts visuels et au numérique. Lors de ce premier trimestre, vous pourrez découvrir les étonnants albums Pyjamarama, les estampes grand format de 24 artistes réunis par le collectif Modulab ou encore le Battle Print entre l’artiste et éditeur Charles Kalt et le plasticien Didier Kiefer. Le festival de films documentaires Le Réel en vue, organisé par le Centre Le Lierre, tiendra à Puzzle une partie de sa programmation parallèle Ouvertures du regard. Entre novembre et décembre, l’exposition Les autres, les écrans et moi tentera d’apporter à tous les publics un éclairage sur les questions que nous nous posons au quotidien à propos des écrans.