La soirée Live cinéma, orchestrée par la Philharmonie Luxembourg le 20 mars, sera l’occasion de replonger dans la première version cinématographique du Fantôme de l’opéra. L’adaptation de Rupert Julian est considérée, encore aujourd’hui, comme la plus réussie. Son ambiance visuelle et la performance de l’acteur principal y sont pour beaucoup.

Phantom-of-the-Opera (© DR)Le 20 mars prochain, le compositeur Carl Davis accompagnera en direct, à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Luxembourg, la toute première œuvre cinématographique du Fantôme de l’opéra, sortie en 1925. L’adaptation du roman éponyme de Gaston Leroux, publié en 1910, fut confiée au cinéaste Rupert Julian, dont le seul coup d’éclat se résume à cette production pleine d’action et de rebondissements. À l’époque, la firme Universal, alors spécialisée dans un genre (le fantastique) jugé mineur, avait su tenir le public en haleine avant le grand baptême. Un bon teaser, comme on dit aujourd’hui… Le distributeur avait en effet construit sa publicité sur l’aspect horrifique du long-métrage, en décidant de ne montrer aucune image du fantôme durant les bandes-annonces. On avait aussi prévu, en ébruitant la nouvelle, de quoi ranimer les personnes qui seraient prises de malaises en découvrant le visage difforme de la créature, dissimulé derrière un masque à tête de mort  !

Lon Chaney, surnommé « l’homme aux mille visages », domine cette fiction

Cette histoire d’un amour impossible entre une cantatrice et un être repoussant, qui a pour cadre l’opéra Garnier à Paris, dans des décors entièrement reconstitués en studio, doit son succès à ses qualités esthétiques, ainsi qu’au comédien qui interprète le monstre sanguinaire. Lon Chaney, surnommé « l’homme aux mille visages », domine cette fiction, lui qui avait été consacré pour son rôle de Quasimodo, deux ans plus tôt, dans le Notre-Dame de Paris signé Wallace Worley. L’acteur se révèle aussi convaincant dans les scènes de meurtre que les séquences intimistes. La belle intensité visuelle et le maquillage impeccable ont aussi contribué à la notoriété du Fantôme de l’opéra. Le réalisateur ira même jusqu’à coloriser la magnifique séquence du bal masqué, où apparaît le fantôme dans un costume rouge représentant la Mort. Sans doute une des plus belles scènes de ce mélodrame fantastique. Celle tournée sur le toit de l’opéra, où la cantatrice et son amant sont guettés par la créature, dégage la même beauté.

Bien que nonagénaire, le film de Julian, très expressionniste dans sa facture, a conservé son pouvoir de séduction. Il reste à ce jour la meilleure version d’une histoire aussi effrayante qu’émouvante, et qui a fait quelques émules depuis, dont le Phantom of the Paradise de Brian de Palma (1974), ou encore, dans la catégorie du navet imbattable, l’épouvantable livraison de Dario Argento, parue en 1998. Une bien pâle copie. Le public du vendredi 20 mars sera heureusement mieux servi !

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L’ARRANGEUR DU MUET

Carl-Davis-credit-Richard-HenselÀ la fois chef d’orchestre et compositeur, Carl Davis a surtout connu le succès avec sa seconde casquette. Il faut dire que dans le domaine de la création musicale, cet Américain né à New York possède un CV impressionnant ! Entre le cinéma, la radio, et surtout la télévision, on peut dire qu’il n’a pas chômé. Difficile de faire l’inventaire de son imposante production, mais on peut citer, à titre d’exemple, ses collaborations pour la saga documentaire The World at War, ou encore les séries télévisées Pride and Prejudice (pour la BBC) et Cranford (2007). Pour le cinéma, il a entre autres signé les musiques de La maîtresse du lieutenant français et Scandal. Dans un tout autre registre, il s’est attelé à la composition de 13 ballets. Carl Davis est également connu pour avoir composé et enregistré la trame sonore des douze films réalisés par Charlie Chaplin. Il est considéré comme l’un des pionniers de la redécouverte du cinéma muet en concert, avec ses nombreuses bandes-sons pour l’interprète des Temps modernes mais aussi pour Buster Keaton.