OPIUM-(©DR)Après vingt années à balader sa mélancolie et sa classe discrète sur une dizaine d’albums, le suédois Jay-Jay Johanson est devenu l’un des personnages les plus intéressants de la scène pop-folk européenne. Depuis l’album du jeune premier peroxydé de Whiskey, en 1997 et les deux qui suivirent, le sampler a été abandonné, les synthés sont arrivés, repartis, avant d’effectuer leur retour sur Cockroach, album annonciateur d’Opium, après la mise à nu sur le minimaliste Spellbound, inspiré par les bouts d’essai de John Lennon ou Nick Drake.

Opium intègre des arrangements soignés et des mélodies au clavier systématiquement superbes, souvent très sobres, parfois un peu arides ( I Love him so, I don’t know much about loving, Alone too long…). Quelques morceaux sont plus « tubesques », à l’image de Moonshine et sa guitare héroïque ou NDE avec cette présence surprenante du vocoder. S’il est, de l’avis même de son auteur, « plus groovy et plus positif » que ses prédécesseurs, Opium reste un album dont la douce beauté s’épanouit dans la grisaille. Point d’uniformité cependant : au fil des écoutes, la richesse de l’ensemble devient chaque fois plus évidente. Le talentueux et discret songwriter distille les sentiments comme les notes : avec retenue et pudeur.

On est peut-être face à l’un des tout meilleurs albums de Jay-Jay Johanson, qui semble avoir trouvé un son qui lui sied à merveille. Mais davantage que la découverte d’une formule, Opium semble tout simplement être la suite logique d’un parcours qui s’inscrit dans la durée. Ne s’arrêtant jamais d’écrire et d’enregistrer, Jay-Jay Johanson ne revient pas en studio avec un nouveau concept, mais avec le nouveau chapitre d’une belle histoire.