Représentant des Français de l’étranger au Benelux, cadre dirigeant dans l’industrie, créateur de différentes associations actives dans la culture ou l’humanitaire, Bruno Théret déborde d’énergie. Tant mieux, puisqu’il la met volontiers au service des autres.

Quelles sont vos missions comme conseiller au sein de l’AFE, pour le Benelux?

Conseiller consulaire élu au Luxembourg, j’ai été élu parmi les 18 conseillers du Benelux conseiller à l’Assemblée des Français de l’étranger au titre de la circonscription du Benelux (Belgique Pays-Bas, Luxembourg). Notre assemblée est consultative et notre mission consiste à être le porte-parole des 2,5 millions de Français résidant à l’étranger et de défendre leurs droits et intérêts. Nous sommes également l’interlocuteur du gouvernement sur la situation des Français hors de France et sur les politiques conduites à leur égard. Je préside une des 6 commissions celle du Commerce Extérieur Développement Durable Emploi Formation. Nous réalisons des études, organisons des auditions, adoptons des avis, des résolutions, et des motions.

Comment qualifieriez-vous le regard que la France pose sur le Luxembourg ? Et les relations entre les deux pays ?

Les relations sont amicales, nombreuses, fluctuantes, riches mais également complexes. Le regard et les préjugés de la France envers le Grand-Duché évoluent, tout particulièrement ces dernières années. Les résidents français ne sont pas des évadés fiscaux vivant dans un paradis fiscal. Le Luxembourg est également un état européen souverain qui est présent aux côtés de la France.

Dans une interview, vous avez notamment évoqué votre volonté de mieux intégrer les Français au Luxembourg ? Pourquoi ? Ils ne le sont pas ?

Les Français sont perçus comme étant un peu arrogants et faisant peu d’effort pour parler la langue luxembourgeoise. Il me semble plus que jamais nécessaire de respecter les spécificités de notre pays d’accueil.

« La Grande Région est une source d’enrichissement mutuel. C’est la première région transfrontalière d’Europe. »En juin dernier, les Luxembourgeois ont dit non à la réforme du droit de vote. Un commentaire ?

Ce n’est pas étonnant dans un pays qui compte plus de 46% d’étrangers. Le résultat aurait certainement été le même dans les autres pays de l’UE.

Quels sont les principaux dossiers sur lesquels vous travaillez actuellement ?

Ils sont nombreux et divers : l’enseignement du français, les bourses scolaires, l’implantation de nouvelles écoles et lycées pour faire face à la demande croissante.

Quel regard portez-vous sur la Grande Région ? Et comment, si c’est le cas, vous engagez-vous pour la « développer » ou « la consolider » ?

La Grande Région est une source d’enrichissement mutuel. C’est la première région transfrontalière d’Europe. 80 000 lorrains travaillent au Luxembourg. Le Luxembourg, c’est de l’emploi, des difficultés lié à la mobilité qu’il faut absolument résoudre, de la formation à promouvoir mais également à adapter aux nouveaux paradigmes économiques car la situation a beaucoup évolué en la matière.

La création de la nouvelle « grande région Grand Est » ou (Acal) aura-t-elle des conséquences, positives ou négatives, sur la Grande Région (transfrontalière). Et si oui, lesquelles ?

La Grande Région peine à avoir de la lisibilité mais après 20 ans d’existence elle a tout de même son Sommet et, depuis peu, sa maison à Esch-sur-Alzette. Cette dernière peut participer à lui donner un nouvel élan. Il importe donc, dans un premier temps, de consolider les relations existantes, qui doivent encore s’approfondir entre les anciens partenaires, puis d’échanger les bonnes pratiques avec les nouveaux arrivés. Cela représente un nouveau défi mais il n’a rien d’utopique.

L’emploi et le monde des affaires vous passionnent mais vous êtes également très impliqué dans de multiples associations culturelles et humanitaires. D’où vous viennent cette curiosité et cette envie d’être dans l’action ? C’est dans votre ADN ? Une question d’éducation ?

C’est un peu tout cela à la fois, j’imagine. Je rends hommage à mes parents, à mes amis, à mes éducateurs. Il est important, pour moi, d’exister en apportant ma modeste contribution à l’évolution de la société.

À l’école vous étiez « chef de classe »? Scout et forcément « toujours prêt » ?

« Le regard et les préjugés de la France envers le Grand-Duché évoluent, tout particulièrement ces dernières années. »« Servir toujours » ou « toujours prêt », ça pourrait être mes devises. Plus de 10 ans de pension chez les Jésuites, du scoutisme, le service militaire, une carrière dans l’industrie, tout cela a assurément contribué à construire et à structurer ma personnalité.

Vous êtes ingénieur dans l’industrie. Vous vous y « amusez » aussi ?

Mes études juridiques, économiques et de défense m’ont effectivement amené dans un monde un peu particulier, celui de l’industrie où des approches différentes et stimulantes se côtoient. Les responsabilités opérationnelles et de cadre dirigeant que j’ai exercées à la tête de la stratégie, du marketing et du développement, m’ont amené à contribuer à la construction de la sidérurgie moderne et mondiale que vous connaissez. Je continue maintenant d’exercer avec passion et enthousiasme mes fonctions de conseiller d’ArcelorMittal. Le fait d’être devenu Docteur Honoris Causa d’une école d’ingénieur (ENIM) puis lauréat du prix innovation « Excellence Awards » d’ArcelorMittal, sont des satisfactions.

Parmi les différentes structures (et « manifestations ») que vous avez créées ou initiées quelle est celle dont vous êtes aujourd’hui le plus fier ?

Celle que je créerai demain, forcément ! Mais s’il faut choisir parmi les réalisations existantes, je citerais l’Association Victor Hugo pour les échanges culturels et la francophonie, le Printemps des poètes ou bien encore le pôle IHEDN – Luxembourg (Institut des hautes études de Défense nationale). De la fierté, j’en ressens aussi sur le plan professionnel. La concrétisation d’accords stratégiques, la mise en place de solutions constructives et le fait d’avoir permis l’émergence de talents et de projets qui subsisteront, sont également des sources de fierté.

Donner et partager vous animent. Mais personnellement, qu’en retirez-vous ?

La satisfaction d’avoir accompli mon devoir. Je souhaite véritablement redonner confiance aux gens en la politique, en la transformant. J’ai le sens du bien commun et le sentiment que l’on n’a jamais fini de faire son devoir. C’est animé de cet état esprit que je me suis engagé en politique mais également au sein du CESEL, du CESGR (Conseil économique et social de la Grande Région) ou à l’IGR (Institut de la Grande Région), aux côtés du président Roger Cayzelle (président du Conseil économique social et environnemental de Lorraine), pour qui j’ai une profonde estime.

Dernière question : votre famille arrive-t-elle vous suivre ?

C’est grâce à leur amour, à leur indulgence et à leur soutien indéfectible que j’ai pu réaliser tous mes projets. Je la remercie pour tout cela surtout que l’aventure continue.