Sur Canal+ Saison 1 à 3

Cabarets et cinéma expressionniste, complots et assassinats politiques, Babylon Berlin retrace l’effervescence de la capitale allemande à la fin des années 20. Si la vie politique est vacillante et les problèmes économiques toujours plus prégnants, la ville, elle, continue de rayonner de modernité.

Berlin, 1929. Quelques temps avant le krach boursier et la montée au pouvoir du parti nazi, Berlin est l’épicentre d’une vie politique, économique et culturelle des plus trépidantes. Babylon Berlin s’en fait la fresque soignée et grandiose, comme une déclaration d’amour à la grande métropole et son histoire : parmi les trois réalisateurs, on compte Achim von Borries, qui a été scénariste pour l’acclamé Good Bye Lenin (2003), portant alors sur la RDA et la chute du mur en 1989. Un féru d’histoire allemande donc. Babylon Berlin se penche sur la République de Weimar. Politiquement, le régime en place est fragile et de nombreux groupes clandestins cherchent à le renverser en fomentant des coups d’État : certains tentent de réarmer illégalement le pays, alors même que la signature du Traité de Versailles dix ans plus tôt a imposé une très grande restriction militaire à l’Allemagne. En parallèle, réactionnaires nostalgiques de l’Empire wilhelmien, factions d’extrême-droite, militants communistes, espions soviétiques et fervents défenseurs de la République s’affrontent violemment et jusqu’au sang. Et ce n’est pas sur la presse, alors corrompue jusqu’à l’os et avide de faits divers sordides, que le régime peut compter pour s’assurer un peu de stabilité. C’est aussi le quotidien des habitants de la capitale allemande que dépeint la série. Métropole industrielle et internationale, la vie n’y est pas la même pour tous et toutes. Il y a le Berlin de la haute bourgeoisie et des classes sociales aisées, celles qui jouissent d’une certaine opulence.Cette troisième saison de Babylon Berlin est un évident hommage au courant expressionniste qui a fait les grandes heures du cinéma allemand.Et il y a le Berlin de la petite bourgeoisie, des classes populaires et ouvrières : celles-ci vivent misérablement et s’entassent dans des immeubles surpeuplés, des blocs de cinq étages avec une petite cour intérieure, les fameux Mietskaserne. C’est dans cette atmosphère troublée et foisonnante que débarque de Cologne l’inspecteur de police Gereon Rath, vétéran de la Première Guerre mondiale, tourmenté par son passé et son présent. Il est chargé d’enquêter sur un réseau criminel de films pornographiques mettant en cause un homme politique colonais que l’on cherche à extorquer. Souffrant d’un trouble de stress post-traumatique, le détective est rongé par la culpabilité du survivant, son frère étant présumé mort au combat. Dans son enquête, il sera secondé par Bruno Wolter, commissaire aux méthodes douteuses et à l’éthique discutable. Il pourra aussi compter sur l’aide de Charlotte Ritter, surnommée « Lotte », jeune « flapper » et sténotypiste pour le Département des enquêtes criminelles. Cette dernière nourrit le rêve secret de devenir la première femme inspectrice dans l’histoire de la police berlinoise. Au-delà des multiples intrigues comportant leur lot de complots et de manigances, la série nous présente avec finesse tout le clinquant et l’exubérance de ces fameuses années folles. Haut lieu de la culture, Berlin brillait (et brille toujours) par sa vie nocturne : entre deux séances de spiritisme, le show fait la part belle aux boîtes de nuit tapageuses et cabarets décadents. Parmi ces derniers, le Moka Efti règne en maître, dirigé par un gangster connu sous le nom de L’Arménien : si cette boîte de nuit n’est plus aujourd’hui, elle a bel et bien existé. Comme dans la série, il s’agissait du dancing le plus en vogue à Berlin. Et si dans la réalité le Moka Efti n’était pas un lieu de contrebande ou de prostitution, il n’était pas rare que les cabarets berlinois le soient. Cette troisième saison de Babylon Berlin est un évident hommage au courant expressionniste qui a fait les grandes heures du cinéma allemand : l’inspecteur et Lotte ont pour mission de résoudre le mystérieux meurtre d’une actrice, survenu lors du tournage d’un des premiers films parlants. Le show est aujourd’hui l’un des plus exportés à l’étranger, mais aussi l’un des plus onéreux jamais réalisés : rien d’étonnant lorsque l’on voit les sublimes décors et costumes. Voilà qui devrait achever de nous convaincre de regarder Babylon Berlin.