Trois cent pages de mots et de dessin, mille nuances de couleurs c’est avec ce maigre bagage que Cyril Pedrosa nous parle de l’humanité dans Les Équinoxes, où lumière et obscurité s’équilibrent parfaitement. Chez Dupuis.

Peu d’albums parviennent à toucher du doigt l’aventure humaine sans perdre l’équilibre ou n’en livrer qu’une esquisse grossière. On songe à Daytripper de Gabriel Moon et Fabio Bà, que Cyril Pedrosa évoque en ces mots dans la préface de l’édition française : « être un père, être un fils, aimer, avoir peur, chercher encore et toujours le sens de la vie, le trouver parfois. Les regrets, les doutes, une forme de mélancolie joyeuse, nourrissent le récit sans jamais l’enfermer dans un pathos artificiel ». Des mots qui pourraient tout à fait décrire Les Équinoxes.
Nous y découvrons trois personnages aux prises avec leur passé : une trentenaire désorientée amatrice de photographie, un quinquagénaire désabusé au cynisme de façade et un amoureux des livres qui aborde le crépuscule de sa vie, entourés par une foule d’autres figures aux personnalités tracées avec soin. Sur une année, découpée en quatre saisons, défilent les expériences, les espoirs et les désillusions, les émotions, les humeurs. En plus d’une profonde sensibilité et de la grande tendresse qu’il témoigne à ses personnages, Pedrosa use d’une palette de couleurs qui change et ondule selon les atmosphères, et qui contribue à soutenir l’éloquence et la richesse de son récit. Le grand format de l’album, ses vastes cases dans lesquelles on se noie, rendent la lecture encore plus immersive et séduisante.
Le récit est également jalonné de longs textes où l’on plonge plus profondément dans l’esprit de personnages à peine évoqués par le dessin. L’ensemble est foisonnant et assez désorientant dans un premier temps. Ce n’est que lorsque nous achevons la lecture de ces Équinoxes que nous finissons par y saisir quelque chose de furtif et d’essentiel : une lumière qui fait reculer le désarroi et l’absurdité de l’existence, et nous invite à poursuivre la route.