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« Ainsi font, font, font, les petites marionnettes ; ainsi font, font, font, trois petits tours et puis s’en vont ». François Bayrou, n’aura même pas pu se payer ce luxe-là, puisque qu’il se sera contenté d’un seul petit et éphémère tour de manège gouvernemental.

Cela ne serait qu’anecdotique, si l’intéressé ne s’était posé en chantre d’un projet de loi sur la moralisation de la vie publique. Craignons qu’avec son départ et les démêlés judiciaires qui vont s’en suivre, le texte en question ne soit désormais mort-né, car aucune personnalité emblématique n’a, semble-t-il, dans le nouveau gouvernement, l’équation personnelle suffisante pour le porter avec force et vigueur. Au plan symbolique en tout cas. À moins, que ce soit l’Assemblée nationale elle-même, qui s’empare de la question sous la forme d’une proposition de loi.

Sacré caillou dans la chaussure du nouveau pouvoir, qui avait fait de cette idée un axe majeur de sa politique et un enjeu immédiat d’avenir. Un axe majeur, en ce que cette loi de moralisation devait avoir plusieurs buts concordants. En l’occurrence, redonner de la crédibilité à toute une classe politique déconsidérée et calomniée depuis des décennies d’affaires et inciter la population à retourner aux urnes.

Un enjeu immédiat d’avenir, en ce qu’il doit constituer un pare-feu contre une propension au « dégagisme » qui pourrait ne pas être simplement un phénomène conjoncturel de l’année électorale 2017. Le processus n’a certainement pas fait long feu et gageons que l’électeur sera prêt à réutiliser la méthode à la moindre désillusion.

Moraliser la vie publique en France, ici et maintenant, suppose qu’ait lieu une nouvelle nuit du 4 août, celle de l’abolition des privilèges exorbitants des élus nationaux d’abord, avant que de s’atteler à contenir les excès des potentats locaux. Car ils sont tous dans le viseur du citoyen sniper.Voilà qu’il faut maintenant tout recommencer. Sur quelle base et avec qui ? Parce que les questions essentielles demeurent. Le contenu de la loi n’a encore pas été clairement défini, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes pour un concept, la « moralisation », qui ne saurait être à géométrie variable ou un mot valise. Le gouvernement Philippe II aura-t-il l’audace d’une approche extensive ou se recroquevillera-t-il derrière une vision restrictive et a minima ?

En d’autres termes, une réglementation sur la moralisation conduira-t-elle à punir sévèrement tout usage de son statut public pour obtenir quelque avantage ou prébende ? Ou se contentera-t-elle d’instaurer des garde-fous destinés à prévenir et limiter les principaux excès constatés ?

On peut redouter que, dans le contexte actuel, le colosse de granit qui repose sur un socle électoral d’argile, du fait d’un exceptionnel taux d’abstention, n’ose aller jusqu’au bout d’une réforme qui doit avoir pour seul but de rappeler aux élus que leur fonction leur confère beaucoup de devoirs et très peu de droits.

La montagne va-t-elle accoucher d’une souris ? Le doute est permis. Parce que nos concitoyens attendent des mesures fortes et des garanties quant à leur application. Ils ont été trop échaudés par le passé, par des demi mesures ou les dispositions législatives qui, au final, se sont révélées être des expédients ou des placebos grugeant le malade tout en laissant progresser le mal.

Moraliser la vie publique en France, ici et maintenant, suppose qu’ait lieu une nouvelle nuit du 4 août, celle de l’abolition des privilèges exorbitants des élus nationaux d’abord, avant que de s’atteler à contenir les excès des potentats locaux. Car ils sont tous dans le viseur du citoyen sniper. Retrouver de la confiance, redonner de la confiance passe par là. Par un corpus législatif rénové, qui fasse désormais des parlementaires de la République des « gens normaux » dans leur statut et notamment dans celui de justiciable.

Ainsi, avant que d’aller aussi loin que le propose François Ruffin, de la France insoumise, de rémunérer les députés au SMIC, pour attester de la sincérité de leur engagement citoyen, pourquoi, ne pas oser mettre un terme immédiat à l’immunité parlementaire ? Ce serait, pour le moins, un signal fort qui aurait du sens. Le nouveau Président du puissant groupe La République en marche de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, osera-t-il une proposition de loi en ce sens ? Il s’en grandirait sûrement. Il tient là l’occasion rêvée de redonner, à peu de frais, du lustre à une représentation nationale par trop discréditée.