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Laurent Fabius le disait en son temps (celui de l’ancien monde) en parlant du Front National : ce parti pose les bonnes questions, mais donne les mauvaises réponses. La formule vaut-elle aujourd’hui pour le Président de la République française ? Car force est de reconnaître qu’il ose toutes les questions, des moins contestables aux plus tabous, affichant par là sa volonté de bousculer la société jusqu’au plus profond de son contrat social.

Il le fait dans un style qui, dorénavant, a changé. Les mots choisis, ciselés à l’aune de la nuance ont fait place à des outrances de langage inhabituelles. Celles qui stigmatisent, celles qui culpabilisent. Tout le contraire de l’approche, formellement froide et distanciée, souvent reprochée au chef de l’État. Coup de fatigue à l’approche de l’été ? Voire ! Mais il y a trop de polémiques ces derniers temps pour que cela ne fut pas stratégiquement réfléchi. Ce serait même faire offense au titulaire de charge suprême que de penser qu’il perd pied.

Beaucoup de bruit pour rien comme aurait dit Shakespeare ? Non pas ! En politique le bruit de fond orchestré a toujours un intérêt. Il permet de détourner l’attention des foules des problèmes réels. Même si cela manque dorénavant d’efficacité dans un monde surmédiatisé. On ne masque en effet plus très longtemps l’absence de résultats tangibles d’une politique : une dette publique qui continue de filer ; des résultats à l’international qui ne cessent de se faire attendre ; l’incurie coupable d’une gestion sans humanité de la crise des migrants ; le retentissement médiatique de quelques décisions emblématiquement perverses, comme celle de la piscine à Brégançon ou de la vaisselle de l’Élysée, au moment où les classes moyennes se sentent étranglées.

Mais au-delà de la tactique politique, le Président dresse les vrais constats. « Les dépenses sociales, un pognon de dingue » ? : oui, cent fois oui ! Avec 700 milliards d’euros, la France représente, à elle seule, au plan mondial, 10% des dépenses sociales. Cela donnerait le tournis au plus expérimenté des derviches. Financé par l’impôt de ceux qui ne bénéficient, ni des cadeaux fiscaux, ni des minimas sociaux. Voilà le modèle français.

Cela dit, qu’importerait le montant, s’il produisait des résultats proportionnés. On a toutefois du mal à se convaincre, avec un chômage qui perdure depuis des décennies, un nombre des SDF qui ne cesse de croitre et celui des bénéficiaires du RSA d’exploser. En France, rien ne s’évapore dans la pauvreté et la précarité, si ce n’est les espèces sonnantes et trébuchantes qui financent par ailleurs des dizaines de milliers d’emplois. Il est vraiment temps d’évaluer la pertinence desCar, faut-il le rappeler, on ne vit pas avec des minimas sociaux. On survit, mal et sans perspectives d’existence. dispositifs mis en place.

À moins que les dépenses sociales aient l’objectif, inavoué et immoral, de maintenir des hommes, des femmes et des familles, dans la dépendance et toute une société en léthargie. Investir dans le social pour obtenir exclusivement la paix. Une forme d’anesthésie collective destinée à vider les éventuelles velléités revendicatrices de leur contenu. Maintenir dans l’assistance pour empêcher la volonté d’autonomisation individuelle. Car, faut-il le rappeler, on ne vit pas avec des minimas sociaux. On survit, mal et sans perspectives d’existence. Cynisme d’une politique de courte vue, menée depuis bien trop longtemps, qui vise maintenir les plus démunis dans une pauvreté grandissante. Comme l’ont fait trop longtemps les pays riches vis à vis des pays en voie de développement. Après avoir enfoncé le tiers-monde dans sa misère par l’assistance, veut-on continuer à faire de même avec le quart-monde ?

Car c’est ce que produisent les minimas sociaux, lorsque l’assistance est accaparée par les puissants. « Les dépenses sociales, un pognon de dingue », un sujet qui relève autant de l’économie que de la philosophie : pour lutter contre la pauvreté, faut-il choisir le chemin de la liberté ou de l’égalité ? L’histoire humaine a prouvé que le chemin de la liberté est plus efficace car il mène à la prospérité. Là où l’aspiration à les rendre tous égaux artificiellement les abaisse tous.

« La conception libérale de la liberté ne comporte manifestement pas la promesse de rendre tous les hommes également riches, également influents, également honorés et également sages. Au contraire, ce qu’elle promet, c’est que si les inégalités extrinsèques dues aux privilèges et aux prérogatives sont abolies, les supériorités intrinsèques pourront se manifester ». Le constat a été dressé, au temps du très vieux monde, au début du 20e siècle, par Walter Lippmann. Tout le contraire de la théorie du ruissellement !