(© Vianney Huguenot)
Raoul Nèje est son nom de scène. Le Lorrain signe son premier roman Aveux mortuaires  et balade sa plume et son commissaire Coudrelier dans les rues de Metz et Maizières. Un polar bien gaulé qui flirte avec le récit historique, au temps du remembrement et des grèves de mineurs. 

Il aime bien ce nom d’emprunt, celui sous lequel il signe son polar : Raoul. « Il y a un côté un peu out of date dans ce prénom », un truc à l’ancienne, ringard et joliment kitch, attendrissant. Comme son commissaire Coudrelier, l’un des personnages centraux de son roman noir Aveux mortuaires 1. Nancéien de naissance, installé depuis une trentaine d’années dans la région messine, Raoul Nèje a déjà commis quelques bienfaits dans le registre littéraire : un recueil de nouvelles, Larmes de chérubins. Il y raconte des histoires d’enfants dans un centre psychologique. L’un de ceux-ci devient psy : « J’ai essayé de faire en sorte que ça se termine bien ». La nouvelle est moins appréciée en France – « les Français préfèrent peut-être les gros pavés » s’interroge Raoul – mais son envie de passer à un autre genre,Il avoue quelques influences. Celle de l’incontournable et maître Georges Simenon. le roman, bien noir, épais, truffé de portraits, trouve une explication ailleurs. Raoul Nèje – travaillant par ailleurs dans les secteurs de la santé et de l’éducation – aime écrire, raconter, bâtir des histoires, les relier à la vie. Et s’il est libre dans son style et dans la construction de ses intrigues, il avoue quelques influences. Celle de l’incontournable et maître Georges Simenon, « une vraie découverte », de Frédéric Dard, et son exquis duo Beru-San A, ou encore de Francis Ryck, un des piliers de l’espionnage, ex grand prix de la littérature policière. « Quand j’écris, je pars d’une idée et je déroule », explique Raoul. Modeste. Car avant de déplier ses fictions, fruits d’une imagination bien nourrie, l’auteur plonge dans l’univers réel et mène un travail colossal de documentation et de recherche. Ce qui donne à son polar quelques airs de récit historique. « Ce n’est pas qu’un travail d’imagination et j’ai la chance d’avoir à mes côtés un éditeur, Sébastien Wagner, par ailleurs historien ». Son polar démarre sur une scène bien bâtie, où les acteurs, jusque là planqués dans l’imaginaire de Raoul Nèje, se dévoilent.Le temps d’une cérémonie au cimetière de Maizières-lès-Metz, d’où la victime est originaire.« Les deux filles de cet homme sont d’ailleurs présentes. Elles se sont assises à l’église à côté de la mère, à la demande de celle-ci, qui les a longuement étreintes à leur arrivée. Coudrelier les a scrutées avec curiosité, et détaillées ; la plus âgée, vingt-trois ans tout au plus, est une belle brune assez grande, à l’allure garçonne, cheveux courts avec une frange qui balaie le front, visage aux traits fins malgré un nez un peu busqué. Ses yeux bleus ont fixé crânement le commissaire quand la jeune femme s’est aperçue qu’il la contemplait, et c’est lui qui a détourné le regard ». Un portrait parmi d’autres, relevant le polar et servant l’intrigue avec brio. L’auteur plonge dans l’univers réel et mène un travail colossal de documentation et de recherche.Son commissaire n’échappe pas à la description, brossé sous toutes les coutures. « Coudrelier n’est pas un personnage faible, mais je le voulais avec des faiblesses. J’aime les flics qui ont des faiblesses. Coudrelier est assez banal au final, il se fait plusieurs fois blouser dans l’affaire, par naïveté, il est attachant, il aime ses flics ». Raoul Nèje dresse aussi le portrait d’une région, la Lorraine, sur une époque qui marque encore bien des Lorrains, celle de la désindustrialisation ou celle du remembrement, assez méconnue. « Cette période a été très douloureuse et elle m’a touché. Je me remémore aussi, à travers ce roman, les fermetures d’usine, les grèves, je revois ces gens, quand j’ai débarqué à Metz, en retraite à 50 ans. Malgré tout ce qu’on leur proposait en termes de pré-retraite ou de rachat de leur maison, ils voulaient simplement continuer de travailler ». Au hasard de ces lieux désormais historiques, des rues de Metz ou de Maizières, on se laisse aller à suivre l’enquête de Coudrelier, qui ne pipe mot sur la fin de l’histoire. Raoul Nèje a-t-il réitéré le happy end de son premier livre ? Rien n’est moins sûr. Se rattrapera-t-il dans la suite des aventures du commissaire Coudrelier, programmées pour bientôt ? Seul son éditeur, pour l’heure, détient la clé de cet autre mystère.

1 Aveux mortuaires, éditions des Paraiges, 15€, 191 pages.