Pour son tout premier album, l’auteure bruxelloise Alix Garin nous bouleverse. Dans Ne m’oublie pas, Clémence et sa grand-mère souffrant de la maladie d’Alzheimer se lancent dans une folle escapade pour briser la solitude de la vieille dame et revoir une dernière fois la maison de son enfance. Après des premiers contacts difficiles, cette dernière va retrouver des fragments de sa mémoire et de son identité, tout comme sa petite-fille dont les souvenirs d’enfant, d’adolescente et de femme émergent progressivement : ces instants constituant les passages les plus émouvants de l’album. On espère une fin heureuse, le bonheur, l’épanouissement, mais la forme du récit, construit autour d’une garde à vue lors de laquelle Clémence raconte leur virée aux policiers, entretient le doute.

Si son graphisme est tout en rondeurs, boucles et couleurs pastel, Ne m’oublie pas nous embarque dans un road-trip sensible à mille lieux de la mièvrerie et des bons sentiments, qui échappe à tout pathos. On s’attache immédiatement à ces deux personnages qui ne sont pas liées uniquement par une complicité filiale, bien difficile à retrouver d’ailleurs car le temps et la maladie ont fait leur œuvre. Leur véritable lien est ailleurs : elles sont tout aussi perdues l’une que l’autre. Tour à tour gamines butées, Thelma et Louise intergénérationnelles, couple face au danger et laissant derrière elle un monde qui les poursuit, nos héroïnes sont incroyablement touchantes. Et laissent le lecteur la gorge serrée jusqu’aux dernières pages, aussi émouvantes que poétiques.

Ne m’oublie pas

d’Alix Garin, Éditions Le Lombard

www.lelombard.com