mokaiesh-(©DR)Cyril Mokaiesh reprend les textes de paroliers méconnus, et pour la plupart disparus, tels que Bernard Dimey, Allain Leprest, Mano Solo, Pierre Vassiliu ou Jacques Debronckart dont Écoutez, vous ne m’écoutez pas ouvre un album où le piano de Giovanni Mirabassi constitue le seul accompagnement instrumental. C’est après sa rencontre avec ce dernier que l’ex-tennisman met ce projet sur les rails, séduit par son travail sur Avanti !, reprenant de célèbres chants révolutionnaires. Le texte est à nu ou presque, tant l’interprétation du pianiste de jazz sublime les chansons, en les entourant d’intensité, de ferveur parfois, de mélancolie toujours, avec un sens de la mélodie imparable. La démarche à elle seule est plus que louable : on (re)découvre des textes majeurs de la chanson française, parfois oubliés, dans des univers aussi différents que les alexandrins de Bernard Dimey sur J’aimerais tant savoir et les mots coups de poing de Mano Solo sur Les Enfants rouges, ou encore l’univers rock et sombre de Daniel Darc. L’interprétation de Mokaiesh ne manque pas d’enthousiasme et reste très réussie bien qu’étant un peu trop théâtrale. Il faut dire que l’exercice ne manque pas d’ambition pour un jeune chanteur de s’attaquer ainsi à tant de destins brisés, de textes à fleur de peau. On peut dire que Naufragés est un succès, ne serait-ce que par son aspect patrimonial, qui le rend en cela indispensable à tout amateur de ce que la chanson française a de meilleur, ainsi qu’aux simples curieux. Ceux-ci étant peut-être les plus chanceux, se voyant offrir l’occasion de découvrir un univers de virtuoses de l’émotion et de la langue, auxquels les deux artistes offrent un bel écrin.