DOSSIER SPÉCIAL NAPOLÉON 1ER

Une des critiques récurrentes des détracteurs de Napoléon, concerne le fait que l’Empereur a rétabli l’esclavage. C’est une vérité qu’aucun historien digne de ce nom, ni aucun honnête homme, ne saurait nier. Parce que c’est une réalité factuelle. En effet, alors que la Convention avait, le 16 pluviôse an II (4 février 1794), décrété l’abolition de l’esclavage, Napoléon 1er est revenu sur cette décision par la loi du 30 floréal an X (20 mai 1802). Une loi en quatre articles, mûrement pensés par lui et gravés dans le marbre par Cambacérès. La lecture des dispositions juridiques adoptées sur ce sujet, après de vifs débats, par le Conseil d’État, le Tribunat et le Corps législatif, ne souffre d’aucune ambiguïté. Tout est clairement dit en quatre articles :

« Article 1 : Dans les colonies restituées à la France en exécution du traité d’Amiens du 6 germinal an X, l’esclavage sera maintenu conformément aux lois et règlements antérieurs à 1789 ». 

« Article 2 : Il en sera de même dans les autres colonies françaises au-delà du cap de Bonne-Espérance ».

« Article 3 : La traite des Noirs et leur importation dans lesdites colonies auront lieu conformément aux lois et règlements existants avant ladite époque de 1789 ». 

« Article 4 : Nonobstant toutes les lois antérieures, le régime des colonies est soumis pendant dix ans aux règlements qui seront faits par le gouvernement ». 

Bien sûr on peut ergoter sur le fait que Napoléon n’a pas à proprement parler rétabli l’esclavage et qu’il n’a fait que le maintenir là où, de facto, on n’avait jamais pu l’abolir. Mais l’argument manque de poids et peut être balayé d’un revers de la main.

On peut même reprocher à Napoléon Bonaparte d’avoir sans doute fait preuve d’une forme de cynisme inutile en la matière, dans la mesure où rien ne laissait présager qu’il allait agir de la sorte. En effet, dans ses premières déclarations sur la question en 1799, il affiche même l’inverse. Ainsi, le jour de Noël 1799, il n’hésite pas, face aux habitants de Saint-Domingue, à affirmer que : « Les consuls de la République, en vous annonçant le nouveau pacte social, vous déclarent que les principes sacrés de la liberté et l’égalité des Noirs n’éprouveront jamais parmi vous d’atteinte ni de modification ». Comme le reconnaît avec une grande honnêteté Thierry Lentz, dans son ouvrage Napoléon – Dictionnaire historique paru aux éditions Perrin en août 2020, « …le rétablissement de l’esclavage, même s’il n’émut pas les contemporains continentaux, reste une tache sur la postérité du régime consulaire ». Dans le droit d’inventaire des peuples sur leurs dirigeants passés ou présents, Napoléon doit, vis à vis d’eux, assumer cette salissure de Bonaparte. Une salissure doublée d’une forme de reniement.