DOSSIER SPÉCIAL NAPOLÉON 1ER

S’il y a bien un domaine où le règne de Napoléon perdure, c’est bien celui du cinéma. Un seul numéro de L’Estrade ne suffirait pas pour passer en revue les nombreuses productions que ce personnage autant haï qu’admiré a suscitées. Selon l’historien Jean Tulard, grand spécialiste de l’empereur, plus de 1000 films ou téléfilms lui auraient été consacrés. En voici un petit échantillon.

Comment ne pas commencer par celui qui a, en quelque sorte, allumé la mèche. On parle du Napoléon d’Abel Gance, projeté pour la première fois le 7 avril 1927 à l’Opéra Garnier. Sans doute le film le plus mythique, ne serait-ce que par sa longueur : 7h ! On raconte qu’à l’époque, lors de la première apparition de Bonaparte à l’écran, les 2 000 spectateurs se sont levés comme un seul homme pour entonner La Marseillaise. Pour la petite histoire, Abel Gance avait prévu de réaliser 6 longs-métrages sur le célèbre empereur, mais il avait dû abandonner ce projet pharaonique, faute de moyens. Il livrera toutefois Austerlitz en 1960, qui peut être considéré comme une suite, dans lequel on trouve Pierre Mondy dans la peau de Napoléon. Un casting improbable diront certains.

Sacha Guitry s’est aussi penché sur la vie du natif d’Ajaccio. L’épopée de Napoléon Bonaparte y est racontée à travers le regard de M. De Talleyrand, incarné par le cinéaste. Ce Napoléon datant de 1955 réunit un casting qui ferait pâlir d’envie aujourd’hui bien des metteurs en scène. Jugez plutôt : Michèle Morgan, Jean Gabin, Jean Marais, Orson Welles, Yves Montand, Serge Reggiani, Daniel Gélin ou encore Pierre Brasseur.

L’ancien animateur et tête d’affiche de Canal + Antoine de Caunes s’est pour sa part intéressé à l’exil forcé de l’empereur sur l’île Sainte-Hélène et à sa mort. Son Monsieur N (2003), traité sous l’angle de l’énigme policière, n’a pas rencontré le succès escompté, en dépit de la présence de Philippe Torreton dans le rôle-titre. Près de 20 ans plus tôt, une autre œuvre dédiée à Napoléon, Adieu Bonaparte, avait subi le même sort, certains la qualifiant même d’anti-française. Le film de Youssef Chahine, qui retrace la campagne d’Égypte, est davantage un portrait intime qu’une fresque historique. Celui du général Caffarelli, joué par Michel Piccoli, un amoureux des sciences et du peuple égyptien qui va s’opposer à la folie destructrice d’un Bonaparte (qui prend les traits de Patrice Chéreau), présenté comme austère et ambitieux. 

Comment parler de Napoléon sans évoquer Le Souper, qui fut d’abord une pièce de théâtre (signée Jean-Claude Brisville) avant de devenir un film, sous la direction d’Édouard Molinaro. Même si l’Empereur n’est pas présent à l’écran, son ombre flotte dans ce duel oratoire qui a valu à Claude Rich le César du Meilleur acteur en 1992, dans la peau de Talleyrand. Le récit se déroule après la défaite de Waterloo. La joute verbale met aux prises le chef de la diplomatie et celui de la police, Fouché, interprété par Claude Brasseur, lui aussi formidable. Alors que Talleyrand veut imposer Louis XVIII, Fouché lui oppose Napoléon II, Louis-Philippe ou la République. 

Terminons cette modeste liste avec un projet qui n’a jamais vu le jour, mais qui avait l’air alléchant sur le papier. On parle de celui qu’a tenté de mettre sur pied Stanley Kubrick en 1969, après avoir terminé son 2001 : l’Odyssée de l’espace. Pour cette fresque, prévue pour durer 3 heures, le cinéaste avait notamment pensé à Al Pacino dans le rôle de Napoléon et à Audrey Hepburn dans celui de Joséphine. Le réalisateur décidera finalement de se pencher sur Orange Mécanique, qui allait faire beaucoup parler de lui à sa sortie…


Bientôt… Un nouveau Napoléon

Il y aura un autre film consacré à Napoléon, et c’est Ridley Scott qui va s’y atteler. Pour l’anecdote, ce long-métrage baptisé Kitbag sera l’occasion pour le réalisateur de Blade Runner de renouer avec la période qu’il avait abordée dans Les Duellistes, sorti en 1977, qui lui avait valu le Prix de la première œuvre à Cannes. L’histoire se déroulait sous l’Empire, avec pour héros un hussard napoléonien, incarné par Harvey Keitel.

Le cinéaste retrouvera pour l’occasion Joaquin Phoenix, qui tenait le rôle de Commode dans Gladiator, qui a fêté ses 20 ans l’an passé. L’acteur, oscarisé pour son rôle sidérant dans Joker (2019), incarnera l’Empereur dans ce nouveau projet produit par Apple. Le scénario porte quant à lui la marque de David Scarpa, déjà à l’œuvre sur le film Tout l’argent du monde (2017).

Le biopic Kitbag sera centré sur les débuts du parcours du Corse le plus célèbre du monde et son ascension vers le pouvoir, à travers le prisme de sa relation avec Joséphine, qui deviendra son épouse en 1796. Le film devrait également faire la part belle aux grandes batailles du stratège et visionnaire.