Souvent montrée du doigt pour son insalubrité et sa mafia, Naples vaut beaucoup mieux que ces raccourcis et autres clichés. De sa baie légendaire à son centre historique couvé par l’UNESCO, en passant par ses proverbiales pizzas et Sfogliatelles, l’ancienne colonie grecque ne manque pas de sex-appeal.
Naples-Pompéi-(©123RF)

Les vestiges de Pompéi (©123RF)

Voir Naples et mourir. Le dicton est gravé dans le marbre. Vue de la mer, la capitale de la Campanie ensorcelle. Peut-être pas au point de rendre l’âme, mais assez pour siroter l’instant de longues minutes. La vue imprenable sur son Golfe depuis le musée national San Martino vaut également le détour. Mais l’ancienne colonie grecque, celle qui se faisait appeler Néapolis au 5ème siècle avant Jésus-Christ, est aussi belle vécue de l’intérieur.
La 3ème ville d’Italie (après Rome et Milan) est riche culturellement, avec ses monuments à foison. Son centre historique, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, est là pour le rappeler. Il compte plus de 448 églises et des joyaux qui ont pour nom le Palais royal, le Castel Nuovo, ouvert sur le Vésuve, toujours menaçant (sa dernière éruption remonte à 1944), ou encore le Duomo, cette cathédrale dédiée à saint Janvier, le saint patron de la cité, dont le sang se liquéfie comme par miracle trois fois par an. Sans oublier la splendide Piazza del Plebiscito, avec ses faux airs de place Saint-Pierre de Rome. C’est aussi dans ce secteur que l’on peut arpenter deux des artères les plus typiques de Naples : la rue Spaccanapoli, très animée, située dans le quartier du même nom, et la pittoresque Via dei Tribunali. Concernant la première, il faut préciser qu’elle conduit à la Altarino di Maradona, véritable lieu de culte pour les Napolitains qui y célèbrent l’ancienne star du ballon rond d’origine argentine et icône de l’équipe de football locale dans les années 90. El Pibe de Oro est presque l’égal d’un dieu dans cette partie du globe.
Pour découvrir le berceau du ténor Enrico Caruso, mieux vaut privilégier la marche, en se laissant guider par le hasard et en faisant fi des apparences. C’est notamment vrai pour les pizzérias, très nombreuses dans cette patrie de la pizza, margherita bien sûr. Les plus belles enseignes ne sont pas forcément un gage de qualité. On peut toutefois conseiller sans se tromper le restaurant tenu par Gino Sorbillo, pizzaïolo connu dans toute l’Italie, au même titre que son établissement, le meilleur du monde dans le genre paraît-il. Rien que ça ! Ou encore la légendaire Starita, fondée en 1901 et intimement liée à l’histoire de cette agglomération frisant le million d’habitants, mais aussi l’endroit idoine pour se frotter à l’ambiance napolitaine. Et puisque l’on parle du patrimoine culinaire, on ne peut passer sous silence la très tentante Sfogliatelle, pâtisserie ancrée dans la ville et la région. Fourrée de ricotta, parfumée à la vanille ou à la cannelle, et de fruits confits. Un péché. Voir Naples, c’est parfois craquer !
C’est aussi pendre un bateau pour aller humer le parfum enivrant de ses îles, à commencer par Capri, la plus éloignée, et Ischia, la plus touristique. Ou encore s’émerveiller devant les vestiges archéologiques de Pompéi et Herculanum, témoins du mode de vie et de la culture de la Rome antique. Et puis, enfin, c’est prendre sa voiture et faire quelques dizaines de kilomètres pour aller se pâmer devant l’incommensurable beauté de la côte Amalfitaine, avec son enfilade de villes et de villages accrochés aux flans des montagnes. Histoire de conclure en beauté, en prenant le temps de savourer ces paysages de carte postale.


COURTISÉE PAR LE 7ÈME ART

Naples-le-facteur-Si elle fait le bonheur des photographes, la 3ème ville d’Italie inspire aussi les réalisateurs. Bon nombre de films y ont été tournés, à commencer par L’Or de Naples (1954), petit chef-d’œuvre signé Vittorio De Sica. Le réalisateur y raconte cette belle désordonnée à travers six petites histoires. Pour mieux en restituer la couleur, il a fait appel à des comédiens du cru, comme Toto, figure de la comédie italienne, ou encore la jeune Sophia Loren, qui campe une belle vendeuse de pizza. Dans un tout autre genre, La Bataille de Naples, sorti en 1962, retrace la libération de la cité par ses habitants avant l’arrivée des alliés, pendant la Deuxième Guerre mondiale. Autre incontournable : Gomorra. Adapté du livre du journaliste Roberto Saviano, ce film noir est à voir absolument. Loin de la représentation romanesque du Parrain de Coppola, cet uppercut servi par Matteo Garrone a obtenu le Grand Prix au Festival de Cannes en 2008. « Une plongée documentée dans la médiocrité et le sordide de la condition mafieuse », avait écrit le journal Le Monde à l’époque. Plus léger est le sujet du Facteur, qui retrace l’exil du poète chilien Pablo Neruda, incarné par Philippe Noiret (notre photo), sur l’île de Capri. Belle surprise de l’année 1995, au point où il sera nominé aux Oscars l’année suivante, ce petit film italien doit beaucoup à la présence de Massimo Troisi, dans le rôle du facteur Mario, qui décédera après le tournage. L’émotion considérable en Italie sera reportée sur cette production dont le succès retentira comme un hommage national.